Par la rédaction de Globe infos
Dans son éditorial n°105 publié le 4 mars 2026, le journaliste et essayiste **Clay Martial Obame Akwe** pose une question qui, sous ses airs ironiques, révèle un malaise plus profond : *« fallait-il attendre que le plâtre vote une motion de censure ? »*
Derrière cette formule, c’est moins une querelle administrative qu’un débat sur la manière dont certains médias fabriquent la polémique à partir d’un acte de gestion publique pourtant banal : la réhabilitation d’un bâtiment administratif.
À la lecture attentive de cet éditorial, une conclusion s’impose : le véritable sujet n’est peut-être pas la facture de **500 millions de francs CFA** qui représente en réalité que les 1/3 de la facture globale des travaux, mais la manière dont l’information a été présentée, voire orientée dans l’espace médiatique.
Un bâtiment stratégique laissé à l’usure du temps
L’**Immeuble du 2 Décembre**, qui abrite la Primature ainsi que plusieurs services ministériels, constitue depuis plusieurs décennies l’un des centres névralgiques de l’administration gabonaise.
Comme beaucoup d’infrastructures publiques construites à une époque où la modernité administrative prenait forme, l’édifice a longtemps symbolisé l’organisation de l’État.
Mais le temps, lui, n’a pas été suspendu.
Ascenseurs défaillants, installations sanitaires vieillissantes, structures intérieures fatiguées : autant de signes d’une lente dégradation que les usagers du bâtiment constatent depuis des années.
Dans ce contexte, décider d’engager des travaux de réhabilitation ne relève ni d’un luxe ni d’un geste politique spectaculaire. Il s’agit d’un principe élémentaire de **gestion patrimoniale de l’État**.
Un État qui n’entretient pas ses infrastructures finit toujours par payer plus cher l’abandon que la rénovation.
Une controverse médiatique construite autour d’un mot : « immédiat »
La polémique est née d’un article publié le **5 février 2025** par un média en ligne, s’émouvant de ce que **Sosthène Nguema Nguema**, alors ministre du Pétrole et du Gaz, ait demandé le **paiement immédiat** d’une facture liée aux travaux.
Dans la rhétorique médiatique, le terme « immédiat » a servi de levier narratif.
Il suggère une pression, une précipitation, voire une tentative d’imposer une décision administrative.
Mais comme le rappelle l’éditorial de Clay Martial Obame Akwe, cette lecture omet un élément fondamental : la correspondance ministérielle faisait suite aux travaux de la **Commission Générale Paritaire (CPG)**, instance réunissant plusieurs acteurs institutionnels, dont la Présidence et les ministères concernés.
Autrement dit, la lettre ministérielle n’était pas l’origine de la décision, mais l’une des étapes administratives d’un processus collégial.
La nuance est essentielle. Et pourtant, elle disparaît dans la narration polémique.
L’angle médiatique : informer ou dramatiser ?
Dans toute enquête journalistique, l’angle choisi détermine la perception du lecteur.
Ici, la question posée par l’éditorialiste est simple : pourquoi transformer une procédure administrative classique en affaire d’État ?
Le média à l’origine de la polémique reconnaît lui-même que **le Conseil d’administration de l’entreprise concernée reste l’organe habilité à valider le paiement des factures**.
Ce détail est capital.
Car s’il existe un organe décisionnel indépendant, la lettre d’un ministre ne peut juridiquement se substituer à la procédure.
La narration médiatique semble alors reposer sur une hypothèse implicite : suggérer une intervention irrégulière sans démontrer qu’elle a réellement existé.
Dans le langage journalistique, cette pratique porte un nom : **l’insinuation narrative**.
Elle consiste à installer un doute sans produire les preuves permettant de l’étayer.
Quand la suspicion devient réflexe médiatique
L’un des points les plus pertinents soulevés dans l’éditorial concerne une dérive contemporaine du débat public : **la suspicion systématique de l’action publique**.
Dans certains espaces médiatiques, toute décision administrative est immédiatement interprétée sous l’angle de la collusion, du favoritisme ou de l’abus de pouvoir.
Or la critique du pouvoir, aussi légitime soit-elle, doit respecter deux principes fondamentaux du journalisme :
1. **la vérification des faits**
2. **la contextualisation des décisions**
Sans ces deux piliers, l’enquête se transforme en commentaire militant.
L’allusion faite dans l’article initial à une supposée proximité géographique entre les acteurs impliqués — notamment autour de la ville d’Oyem — illustre cette dérive.
Dans un État de droit, l’origine géographique d’un acteur public ne constitue ni un argument juridique ni une preuve de conflit d’intérêt.
L’éthique journalistique face à la tentation du soupçon
Le journalisme d’investigation, souvent cité comme modèle — notamment par des rédactions comme **Mediapart** ou **Le Canard enchaîné** repose sur une règle simple :
**l’accusation doit toujours être proportionnelle aux preuves disponibles.**
Autrement dit :
* dénoncer une irrégularité exige des documents solides ;
* mettre en cause un responsable public suppose d’établir clairement les faits.
Lorsque la démonstration repose davantage sur des insinuations que sur des éléments vérifiables, le débat se déplace du terrain de l’enquête vers celui de la polémique.
Ce glissement est dangereux.
Car il contribue à **affaiblir la confiance du public dans l’information**, tout en brouillant la frontière entre investigation et commentaire.
Restaurer l’État commence aussi par restaurer ses bâtiments
Au fond, l’éditorial de Clay Martial Obame Akwe renvoie à une question plus pragmatique :
faut-il laisser les infrastructures publiques se dégrader pour éviter toute critique ?
La réponse semble évidente.
Un bâtiment administratif en ruine n’est pas seulement un problème esthétique. Il devient :
* un risque pour la sécurité des agents,
* un obstacle à l’efficacité administrative,
* et un symbole de désorganisation institutionnelle.
La réhabilitation de l’Immeuble du 2 Décembre apparaît donc moins comme une controverse que comme **une décision de gestion publique attendue depuis longtemps**.
Au-delà de la polémique : la responsabilité des médias
Le rôle du journalisme n’est pas de protéger les pouvoirs publics. Mais il n’est pas non plus de construire des polémiques sur des bases fragiles.
Entre la complaisance et la suspicion permanente, il existe une troisième voie : **l’exigence professionnelle**.
Informer, c’est établir les faits.
Analyser, c’est les contextualiser.
Critiquer, c’est démontrer.
Dans cette affaire, l’éditorial de Clay Martial Obame Akwe rappelle opportunément qu’un débat public sain ne peut reposer sur des raccourcis narratifs.
Car parfois, derrière le bruit médiatique, il n’y a qu’une réalité simple : un bâtiment public qui avait besoin d’être réparé.
Et une décision administrative qui, loin d’être scandaleuse, relevait simplement du bon sens.

