AES-Cedeao : Les prémices d’une « Pax Africana » au Sahel ?

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Longtemps figées dans une confrontation stérile, les relations entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Cedeao évoluent. On observe aujourd’hui un frémissement diplomatique inédit. Entre pragmatisme économique et impératifs sécuritaires, voici l’analyse d’un virage stratégique majeur.

Par la Rédaction de Globe Infos

Le climat était pourtant polaire. En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger annonçaient leur retrait fracassant de la Cedeao. Dès lors, le dialogue semblait rompu, laissant place à une guerre des nerfs. Cependant, en ce printemps 2026, les lignes bougent enfin.

Le « canal ghanéen » : le dégel par Accra

La rencontre du 30 mars dernier à Accra marque un tournant symbolique. Émile Zerbo, ministre burkinabè, y a rencontré Larry Gbevlo-Lartey, envoyé spécial du Ghana. Cet échange n’est pas un incident isolé. Au contraire, il couronne une diplomatie souterraine très active.

Déjà, l’an dernier, l’ancien président John Dramani Mahama avait jeté les bases de ce rapprochement. En sillonnant Bamako, Niamey et Ouagadougou, il a agi en facilitateur de l’ombre. Pour le Ghana, l’enjeu est double :
Le levier économique : Accra propose aux pays de l’AES un accès privilégié au port de Tema. Ainsi, le Ghana mise sur l’interdépendance commerciale pour contourner l’impasse politique.

L’urgence sécuritaire : Les groupes armés progressent vers les pays côtiers. Par conséquent, coopérer avec le bloc sahélien devient une nécessité de survie pour le renseignement ghanéen.

[Image de la carte de l’Afrique de l’Ouest montrant les pays de l’AES et les pays côtiers de la Cedeao]

De la ligne dure au pragmatisme : le virage de la Cedeao
Pourquoi ce changement de doctrine au sein de l’organisation régionale ? Initialement, le Nigeria et le Bénin prônaient une ligne dure. Toutefois, cette stratégie s’est heurtée à la réalité du terrain. Les sanctions n’ont pas fait plier les transitions militaires. Elles ont plutôt renforcé le sentiment souverainiste et poussé l’AES vers des partenaires comme la Russie ou la Turquie.

Désormais, la Cedeao semble opter pour la « Realpolitik ». L’exigence d’un retour immédiat à l’ordre constitutionnel s’efface devant des intérêts plus pressants. En effet, la priorité est maintenant à la libre circulation des biens et à la lutte antiterroriste.

Une sous-région en quête d’équilibre

L’attitude des États membres reste cependant nuancée. Si la Côte d’Ivoire maintient une vigilance stricte, d’autres pays observent l’expérience ghanéenne avec intérêt. Par exemple, le Sénégal plaide aussi pour un dialogue inclusif. Cette approche vise à éviter une fracture définitive du bloc ouest-africain.
« On ne choisit pas ses voisins, on apprend à vivre avec eux. La géographie est plus forte que l’idéologie », confie un diplomate en poste à Abuja.

Les défis d’une normalisation complexe

Malgré ces signes d’apaisement, le chemin reste semé d’embûches. La question du calendrier électoral demeure un point de friction majeur. En outre, l’affirmation de l’AES comme entité concurrente complique l’architecture institutionnelle régionale.

Toutefois, la nomination d’envoyers spéciaux suggère une normalisation progressive. Certes, le retour des trois pays dans la « famille » Cedeao n’est pas pour demain. Mais le spectre d’une rupture totale s’éloigne au profit d’un modus vivendi pragmatique.

L’Œil de Globe Infos : Ce qu’il faut retenir

| Enjeu | Impact pour l’AES | Stratégie Cedeao |
| Économie| Désenclavement via le port de Tema. | Préservation du marché commun. |
| Sécurité| Partage de renseignements tactiques. | Endiguement de la menace terroriste. |
| Diplomatie | Reconnaissance de fait des transitions. | Passage de la sanction à la médiation. |

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