« Les dividendes sont une moquerie » : à Kigali, Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé le tournant industriel du Gabon

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Libreville, le 21 Mai 2026. Au Rwanda, devant un parterre d’investisseurs et de décideurs économiques réunis à Kigali, le président de la République gabonaise, chef de l’État et chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré l’un de ses discours les plus offensifs sur l’avenir du secteur minier gabonais. Dénonçant un modèle extractif où « les dividendes sont une moquerie », le chef de l’État a défendu une nouvelle doctrine économique fondée sur la transformation locale du manganèse, l’industrialisation et la souveraineté économique. À travers cette sortie remarquée, Libreville affiche désormais sa volonté de reprendre le contrôle de la valeur générée par ses ressources naturelles et d’imposer un nouveau rapport de force aux multinationales minières.

Kigali, théâtre d’un discours de rupture économique

C’est loin de Libreville, dans la capitale rwandaise, que Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de porter ce message fort devant des décideurs économiques africains et internationaux.

Face à un auditoire composé d’hommes d’affaires, d’investisseurs et d’acteurs du secteur économique, le chef de l’État gabonais a dénoncé avec une rare franchise le modèle historique d’exploitation des ressources naturelles africaines, particulièrement celui du manganèse gabonais.

« Cela fait 60 ans que nous produisons le manganèse. Jamais on ne l’a transformé chez nous », a-t-il déclaré, résumant en une phrase le sentiment de frustration qui traverse aujourd’hui une partie des dirigeants africains face aux modèles extractifs hérités des décennies passées.

Dans son intervention, le président gabonais a directement remis en cause le fonctionnement des partenariats miniers traditionnels, estimant que le Gabon ne bénéficie pas suffisamment des richesses tirées de son sous-sol.

« Les dividendes sont une moquerie »

Le passage le plus marquant de son allocution reste sans doute sa critique frontale des dividendes versés à l’État par certaines entreprises minières.

« Les dividendes sont une moquerie », a lancé Brice Clotaire Oligui Nguema devant l’assistance, dénonçant un système dans lequel les États producteurs restent souvent éloignés des véritables mécanismes de création de valeur.

Le président gabonais a regretté le manque de transparence entourant les revenus tirés de l’exploitation minière.

« On vous donne un chèque en fin d’année, mais vous ne savez pas ce qui a été vendu, ni à quelle valeur », a-t-il affirmé, tout en soulignant que le Gabon ne dispose pas toujours d’une présence décisionnelle suffisante au sein des structures stratégiques des sociétés exploitantes.

Au-delà de la formule choc, cette déclaration traduit une volonté politique claire : remettre en question les rapports économiques jugés déséquilibrés entre États africains et multinationales extractives.

Le manganèse au cœur de la nouvelle doctrine gabonaise

Le Gabon figure parmi les principaux producteurs mondiaux de manganèse, minerai essentiel à l’industrie sidérurgique et de plus en plus stratégique dans les chaînes de production liées aux batteries et à la transition énergétique.

Pour Libreville, continuer à exporter cette ressource à l’état brut revient à abandonner une partie essentielle de la richesse nationale.

Le président gabonais veut désormais faire de la transformation locale une condition centrale de la politique minière nationale.

« Nous partons vers la transformation. Et pour nous, c’est sans recul », a-t-il insisté devant les investisseurs présents à Kigali.

Cette stratégie vise plusieurs objectifs :

créer davantage d’emplois industriels au Gabon ;

développer une chaîne de valeur locale ;

accroître les recettes fiscales ;

renforcer les capacités industrielles nationales ;

et réduire la dépendance du pays aux simples revenus d’exportation.

Une échéance fixée à 2029

Le chef de l’État gabonais a également adressé un avertissement clair aux opérateurs miniers déjà implantés dans le pays.

Selon lui, une échéance a été fixée pour engager concrètement la transformation locale du manganèse. Faute de résultats d’ici 2029, d’autres investisseurs pourraient être sollicités.

« Si elle n’arrive pas à transformer en 2029, il y a d’autres ici présents qui peuvent venir transformer », a-t-il déclaré, dans une phrase qui a particulièrement retenu l’attention du public.

Ce message traduit un changement de paradigme profond : l’accès aux ressources gabonaises pourrait désormais être davantage conditionné à des engagements industriels concrets plutôt qu’à une simple logique d’extraction.

Entre ambition souverainiste et défis industriels

La vision portée par Brice Clotaire Oligui Nguema s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs pays africains, où les questions de souveraineté économique et de transformation locale des matières premières prennent une importance croissante.

Mais cette ambition implique aussi des défis considérables.

Transformer localement le manganèse nécessite des investissements lourds dans :

l’énergie ;

les infrastructures logistiques ;

les capacités industrielles ;

la formation technique ;

et l’environnement des affaires.

Le Gabon devra également rassurer les investisseurs sur la stabilité réglementaire et la rentabilité des projets industriels à long terme.

À Kigali, devant un parterre d’hommes d’affaires internationaux, des potentiels partenaires, Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas simplement défendu une réforme minière. Il a exposé une vision économique et politique : celle d’un Gabon qui refuse désormais d’être cantonné au rôle de fournisseur de matières premières.

Reste maintenant à savoir si cette volonté politique pourra se traduire, dans les prochaines années, par une véritable transformation industrielle capable de redéfinir la place du Gabon dans l’économie africaine et mondiale.

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