Par la rédaction de Globe infos
Interpellé le 2 juin à l’Assemblée nationale sur l’interdiction des exportations de manganèse brut, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a détaillé la stratégie de transformation locale portée par les autorités gabonaises. Face aux députés, il a défendu une réforme présentée comme un levier de souveraineté économique, d’industrialisation et de création d’emplois.
Une réforme inscrite dans la stratégie nationale
L’exercice était attendu. À l’Assemblée nationale, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, répondait à une question orale de l’honorable Alexandre Gilbert Awassi, député du deuxième siège de la commune de Moanda.
Au centre des échanges figurait la décision gouvernementale d’interdire l’exportation du manganèse à l’état brut. Adoptée en Conseil des ministres le 30 mai 2025, cette mesure constitue l’un des piliers de la nouvelle politique minière du Gabon.
Dès l’entame de son intervention, le ministre a replacé cette décision dans le cadre des orientations définies par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Selon lui, cette réforme répond à plusieurs objectifs stratégiques. Elle vise notamment à renforcer la transformation locale des ressources, à développer les compétences nationales et à accroître la valeur ajoutée produite sur le territoire.
Par ailleurs, le membre du gouvernement a rappelé que cette orientation s’inscrit pleinement dans les dispositions du Code minier ainsi que dans le Plan national de croissance et de développement (PNCD).
Passer de l’extraction à la création de valeur
Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse largement le seul secteur minier. Il s’agit avant tout d’opérer un changement de modèle économique.
Aujourd’hui, le Gabon figure parmi les principaux producteurs mondiaux de manganèse. En 2025, la production nationale a atteint près de neuf millions de tonnes. Pourtant, seule une faible part de cette ressource est transformée localement.
Le ministre a ainsi souligné que moins de 5 % de la production bénéficie actuellement d’une transformation industrielle sur place. L’ambition affichée est donc de porter ce taux à 100 % d’ici à 2029.
Cette évolution doit permettre de produire davantage de silicomanganèse, de ferromanganèse et de sulfate de manganèse. Ces matériaux sont utilisés dans la fabrication de l’acier, des batteries et de nombreux équipements industriels.
Ainsi, la transformation locale devrait générer davantage de revenus, tout en renforçant la compétitivité du pays dans les chaînes de valeur mondiales.
Des défis structurels encore à relever
Toutefois, cette ambition industrielle s’accompagne de plusieurs défis.
Le premier concerne l’énergie. La transformation du manganèse nécessite des capacités électriques importantes. Selon les données présentées devant les députés, la puissance installée du pays devrait passer de 758 mégawatts actuellement à 1 130 mégawatts d’ici 2030.
Le deuxième défi est logistique. Le gouvernement prévoit notamment la poursuite de la réhabilitation du Transgabonais. De nouvelles infrastructures ferroviaires et portuaires figurent également parmi les priorités.
Par ailleurs, la question du capital humain occupe une place centrale dans cette stratégie. Le ministre a insisté sur la nécessité de former davantage d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes du secteur minier.
Dans cette perspective, l’École des Mines et de la Métallurgie de Moanda est appelée à jouer un rôle majeur. De plus, des programmes de formation à l’international sont déjà mis en œuvre avec l’appui de la Société Équatoriale des Mines.
Un cadre réglementaire en préparation
Afin d’accompagner cette transformation, plusieurs instruments sont en cours d’élaboration.
Le ministre a annoncé la finalisation prochaine d’un décret encadrant la transformation locale des minerais. Ce texte devrait notamment instaurer un mécanisme de coordination interministérielle et fixer de nouvelles obligations aux opérateurs.
Parmi les mesures envisagées figurent la constitution de stocks stratégiques, la vente prioritaire du minerai aux usines locales et la contractualisation entre producteurs et transformateurs.
En outre, un Fonds stratégique pour la transformation des minerais de manganèse est actuellement en préparation. Piloté par le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques, il devrait bénéficier d’une dotation initiale d’un milliard de francs CFA.
Selon le gouvernement, cet outil aura pour mission de soutenir les investissements industriels, l’innovation technologique et la formation professionnelle.
Une audition maîtrisée sur un dossier sensible
Au-delà des annonces, cette séance parlementaire a permis au ministre d’exposer de manière détaillée la vision gouvernementale pour le secteur minier.
Pendant plusieurs dizaines de minutes, Sosthène Nguema Nguema a répondu point par point aux interrogations soulevées par la représentation nationale. Son argumentation s’est appuyée sur des données de production, des projections industrielles et un calendrier précis de mise en œuvre.
Néanmoins, la réussite de cette stratégie dépendra de nombreux facteurs. Le financement des infrastructures, la disponibilité énergétique, la mobilisation des investisseurs et l’évolution des marchés internationaux seront déterminants.
Une chose apparaît cependant certaine : avec l’objectif de transformer localement l’ensemble de sa production de manganèse d’ici 2029, le Gabon engage une mutation majeure de son modèle minier. Reste désormais à mesurer, dans les années à venir, la capacité de cette ambition à se traduire en résultats économiques durables pour le pays.
