À travers le projet Belinga et la transformation locale du manganèse, le gouvernement gabonais veut faire du secteur minier le nouveau pilier économique du pays.
Analyse de Thomas René pour Globe infos.
Dans une interview accordée au magazine économique de Jeune Afrique en marge de la conférence internationale Investing in African Mining Indaba organisée à Cape Town en février 2026, le ministre gabonais des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a exposé les contours d’une stratégie ambitieuse visant à repositionner durablement le secteur minier dans l’économie du Gabon. Derrière cette feuille de route se dessine une ambition claire : transformer un pays historiquement dépendant du pétrole en une économie extractive modernisée, fondée sur la valorisation industrielle de ses ressources naturelles vision chère au numéro un Gabonais Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA. Analyse d’une doctrine économique qui pourrait redéfinir les équilibres du modèle gabonais.
Le pari minier pour desserrer l’étau budgétaire
Depuis plusieurs décennies, la structure économique du Gabon repose principalement sur l’exploitation des hydrocarbures. Le pétrole constitue encore aujourd’hui une part déterminante des recettes publiques et des exportations nationales. Cette dépendance expose cependant le pays aux fluctuations des cours internationaux et à l’érosion progressive de la production.
Dans ce contexte, la stratégie défendue par Sosthène Nguema Nguema s’inscrit dans une dynamique de diversification économique devenue impérative. L’objectif affiché est de faire du secteur minier un pilier complémentaire à l’industrie pétrolière.
Le gouvernement gabonais vise ainsi une augmentation significative de la contribution des mines aux finances publiques. Aujourd’hui estimée à environ 6 % de l’assiette fiscale nationale, cette part devrait atteindre entre 15 % et 20 % dans les prochaines années, selon les projections du ministère des Mines.
Cette ambition s’appuie sur un constat largement partagé : le Gabon dispose d’un potentiel minier encore sous-exploité, notamment en manganèse, en fer et en minerais stratégiques.
Belinga, le projet structurant d’une nouvelle politique minière
Au cœur de cette stratégie figure le développement du gisement de fer de Belinga, considéré par les autorités comme un méga projet structurant pour l’économie nationale.
Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, ce gisement figure parmi les plus importants d’Afrique centrale. Longtemps resté à l’état de projet, Belinga pourrait devenir un levier majeur de croissance si son exploitation industrielle se concrétise.
Le calendrier évoqué par les autorités gabonaises fixe l’horizon 2030 pour les premières exportations de minerai de fer. Pour atteindre cet objectif, un vaste programme d’infrastructures est envisagé :
la construction d’un port minéralier à Kobe-Kobe ;
la réalisation d’une ligne ferroviaire reliant le gisement à la côte atlantique ;
le renforcement des capacités énergétiques à travers des barrages hydroélectriques et des centrales thermiques.
Cette stratégie rappelle, par certains aspects, le développement du projet de Simandou, souvent cité comme référence dans le domaine minier africain. Toutefois, le ministre gabonais insiste sur la singularité du projet national, affirmant que Belinga doit suivre une trajectoire propre adaptée aux réalités économiques du Gabon.
Une politique de souveraineté économique
Au-delà de l’exploitation des ressources minières, la politique actuelle traduit une volonté plus large de renforcer la souveraineté économique du pays.
Cette orientation s’est déjà illustrée dans le secteur pétrolier lorsque l’État gabonais a exercé son droit de préemption pour racheter Assala Energy, deuxième producteur pétrolier du pays.
Cette opération stratégique visait à empêcher une transaction internationale jugée défavorable aux intérêts nationaux et à consolider le contrôle public sur les ressources énergétiques.
Dans le même temps, les autorités cherchent à maintenir la confiance des investisseurs internationaux, un équilibre délicat dans un contexte marqué par des finances publiques sous pression et des discussions engagées avec le Fonds monétaire international en vue d’un nouveau programme économique.
La transformation locale au cœur de la stratégie
L’un des axes majeurs de la vision défendue par le ministère des Mines consiste à rompre avec le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes.
Pour le gouvernement gabonais, l’avenir du secteur minier repose sur la création de valeur ajoutée à l’intérieur du pays. Cette orientation est déjà visible dans la filière manganèse, dont la transformation locale est devenue obligatoire depuis 2009.
Les opérateurs miniers présents au Gabon se sont engagés à produire environ 200 000 tonnes d’alliages de manganèse à l’horizon 2028, avant une montée progressive des volumes.
À travers cette politique industrielle, l’État espère développer un tissu économique local capable de générer davantage d’emplois, de compétences techniques et de revenus fiscaux.
L’enjeu stratégique du contenu local
La question du contenu local occupe également une place centrale dans la réforme en cours du code minier.
Le gouvernement souhaite renforcer la participation des entreprises gabonaises dans les chaînes de valeur liées à l’exploitation minière, notamment dans les services techniques, la logistique et les activités de maintenance.
Selon la vision défendue par Sosthène Nguema Nguema, les investisseurs internationaux doivent bénéficier d’un retour sur investissement légitime, mais l’expertise nationale doit progressivement s’imposer comme un acteur clé du secteur.
Cette orientation s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs économies africaines riches en ressources naturelles, où les États cherchent à maximiser les retombées économiques domestiques.
Des défis structurels encore nombreux
Malgré l’ambition affichée, la réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs déterminants.
Le premier concerne le financement des infrastructures lourdes nécessaires à l’exploitation des grands gisements. Les projets ferroviaires et portuaires liés à Belinga représentent des investissements considérables qui nécessitent des partenariats internationaux solides.
Le second défi réside dans la disponibilité énergétique. Le développement d’une industrie de transformation minière exige un approvisionnement stable en électricité, ce qui implique d’importants investissements dans les barrages et les centrales thermiques.
Enfin, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et le renforcement de l’environnement industriel demeurent des conditions essentielles pour réussir la transition vers une économie extractive à forte valeur ajoutée.
Une transition vers l’après-pétrole
En filigrane de cette stratégie se profile une question fondamentale : celle de l’après-pétrole.
Comme de nombreux pays producteurs d’hydrocarbures, le Gabon doit anticiper l’évolution du marché énergétique mondial et la montée des exigences liées à la transition énergétique.
Dans ce contexte, la valorisation des ressources minières apparaît comme une opportunité majeure pour maintenir la croissance économique tout en diversifiant les sources de revenus de l’État.
Si les projets structurants annoncés par le gouvernement se concrétisent, le secteur minier pourrait progressivement devenir l’un des moteurs de la transformation économique gabonaise.
Une ambition économique à l’épreuve du temps
La vision portée par Sosthène Nguema Nguema reflète une volonté politique forte : celle de faire entrer le Gabon dans une nouvelle phase de son développement économique, où les ressources naturelles ne seraient plus seulement extraites, mais transformées et valorisées sur le territoire national.
La réussite de cette stratégie dépendra cependant de la capacité du pays à mobiliser des investissements, à moderniser ses infrastructures et à consolider un cadre de gouvernance stable et attractif.
Dans un contexte africain marqué par la compétition pour les ressources stratégiques, le pari du Gabon consiste désormais à démontrer qu’une exploitation minière plus souveraine, plus industrielle et plus inclusive peut devenir un moteur durable de développement.
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