Thomas René pour Globe infos.
À Libreville, l’ancien dirigeant du football gabonais et spécialiste de l’administration sportive romp avec plusieurs années de silence médiatique pour dresser un diagnostic critique de la gouvernance actuelle de la Fédération gabonaise de football et appeler à une réforme institutionnelle avant toute nouvelle élection.

Une prise de parole très attendue
Dans un hôtel de la capitale gabonaise, devant plusieurs journalistes sportifs et acteurs du monde du football, Christian Gabin Nzogho Mintsa a officiellement présenté sa vision pour l’avenir du ballon rond national.
Placée sous le thème « Horizon 2030 : mon ambition pour relancer efficacement et développer durablement le football gabonais au bénéfice de la 5ᵉ République », cette déclaration a pris la forme d’un diagnostic détaillé de la situation actuelle du football gabonais.
Avant d’entrer dans le fond de son propos, l’orateur a invité l’assistance à observer une minute de silence en mémoire des figures disparues du football national, évoquant notamment Jean Dieu Moukagni Iwangou.
Un acteur expérimenté de l’administration sportive
Dans son intervention, Christian Gabin Nzogho Mintsa a rappelé son parcours au sein des instances du football africain et national.
Ancien membre du comité exécutif de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), il a également exercé au sein de l’Union des Fédérations de Football d’Afrique Centrale (UNIFFAC), où il a contribué aux travaux de coordination du football sous-régional.

Son expérience comprend également des responsabilités administratives lors de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2017 au Gabon, ainsi que la gestion de structures locales de football et l’encadrement de jeunes joueurs.
Le souvenir d’une période faste
Dans son analyse, l’ancien dirigeant a rappelé ce qu’il considère comme une période particulièrement prometteuse pour le football gabonais au début des années 2010.
Le pays s’était notamment illustré en remportant la Coupe d’Afrique des Nations U23 2011 et en qualifiant plusieurs sélections nationales pour les phases finales continentales.
Parmi les moments marquants cités :
la participation des Panthères au tournoi olympique de football ;
le parcours jusqu’en quart de finale lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2012 ;
la consécration internationale de Pierre-Emerick Aubameyang, sacré Ballon d’Or africain.
Pour Christian Gabin Nzogho Mintsa, ces performances reposaient sur une organisation structurée du football national, notamment grâce à la régularité des compétitions et à l’existence d’une véritable politique de formation.
Un état des lieux critique du football gabonais
L’essentiel de son intervention a toutefois porté sur les dysfonctionnements qu’il estime observer dans la gouvernance actuelle du football national.
Il évoque notamment :
des statuts fédéraux jugés inéquitables dans le système électoral ;
l’exclusion de plusieurs organisations du football national du processus décisionnel ;
une division persistante des acteurs du football ;
la disparition ou l’irrégularité de certaines compétitions majeures ;
l’absence de structures dédiées au football amateur, au futsal et au beach soccer.
À cela s’ajoutent, selon lui, un manque de stratégie dans la formation des jeunes et une politique de détection des talents insuffisante, qui limiteraient l’émergence de joueurs issus du championnat local au sein de l’équipe nationale.
Des interrogations sur le processus électoral
Christian Gabin Nzogho Mintsa s’est également interrogé sur les conditions de préparation du prochain congrès électif de la Fédération Gabonaise de Football.
Parmi les points soulevés :
l’absence de communication détaillée sur les critères d’éligibilité ;
la difficulté d’accès aux textes statutaires ;
le mécanisme de parrainage des candidatures ;
le calendrier du processus électoral.
Autant d’éléments qui, selon lui, pourraient soulever des questions sur la transparence du processus.
L’option d’un comité de normalisation
Face à ces préoccupations, Christian Gabin Nzogho Mintsa estime que la mise en place d’un comité de normalisation sous l’égide de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) pourrait constituer une solution transitoire.
L’objectif serait, selon lui, de :
rétablir la légalité institutionnelle ;
revoir les textes statutaires ;
restructurer les organes du football ;
préparer des élections jugées transparentes et inclusives.
Il a également annoncé récuser la commission électorale actuellement chargée du processus, estimant que sa légitimité pourrait être contestée.
Un appel à l’unité du football gabonais
En définitive, l’ancien dirigeant a appelé l’ensemble des acteurs du football dirigeants, candidats et délégués du congrès fédéral à privilégier l’intérêt supérieur du sport national.
Selon lui, les décisions prises dans les prochains mois seront déterminantes pour l’avenir du football gabonais, alors que le pays cherche à redonner un nouvel élan à son sport le plus populaire.
Encadré Les principales critiques formulées contre la gouvernance actuelle
Selon Christian Gabin Nzogho Mintsa, plusieurs points fragilisent aujourd’hui le développement du football gabonais :
1. Des statuts fédéraux jugés inéquitables.
2. L’exclusion de certaines associations du football national.
3. Une division persistante entre les acteurs du secteur.
4. La disparition de certaines compétitions nationales.
5. L’absence de ligues structurées pour le football amateur et les disciplines associées.
6. Un déficit de formation des jeunes joueurs.
7. Une politique de détection des talents jugée insuffisante.
8. Le manque de promotion des cadres gabonais dans les instances internationales.
9. Des tensions régulières avec les autorités de tutelle.
10. Un processus électoral jugé insuffisamment transparent.

