Chemin de fer Cameroun-Tchad : le démenti de N’Djamena relance les débats sur le tracé du corridor ferroviaire à 6 000 milliards de FCFA

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Par Thomas René pour Globe infos 

Présenté comme l’un des projets d’infrastructures les plus ambitieux d’Afrique centrale, le futur chemin de fer reliant Ngaoundéré à N’Djamena entre dans une phase décisive, mais non sans divergences. Alors que des informations faisaient état de la validation par Yaoundé d’un tracé occidental passant par Garoua, Maroua et Kousseri, le gouvernement tchadien a démenti toute décision définitive. Au-delà de la controverse, ce corridor ferroviaire, estimé à plus de 6 000 milliards de FCFA, cristallise des enjeux économiques, diplomatiques et géostratégiques majeurs pour le Cameroun, le Tchad et la CEMAC.

Un projet structurant au cœur de l’intégration régionale

Depuis plusieurs décennies, le Cameroun et le Tchad travaillent à la création d’une liaison ferroviaire destinée à connecter N’Djamena au réseau ferroviaire camerounais et au port de Douala.

Pour le Tchad, pays enclavé, l’objectif est clair : réduire sa dépendance au transport routier et sécuriser son principal corridor d’approvisionnement. Aujourd’hui, l’essentiel des importations et des exportations tchadiennes transite par l’axe Douala-N’Djamena, long de près de 1 800 kilomètres.

Les études de faisabilité, financées par la Banque africaine de développement (BAD), évaluent le coût global du projet à plus de 6 000 milliards de FCFA, soit environ 9 milliards d’euros. Les projections officielles évoquent des retombées économiques significatives, avec près de 300 milliards de FCFA de recettes annuelles supplémentaires pour le Cameroun et une réduction substantielle des coûts logistiques pour les opérateurs économiques des deux pays.

Yaoundé avance, N’Djamena temporise

Le 10 juin, Africa Intelligence indiquait que la présidence camerounaise avait validé le tracé occidental reliant Ngaoundéré à N’Djamena via Garoua, Maroua et Kousseri. Selon cette même source, Yaoundé aurait également approuvé un protocole d’accord avec Etihad Rail, l’opérateur ferroviaire public des Émirats arabes unis, afin d’actualiser les études techniques et de structurer le financement du projet.

Mais dès le lendemain, le ministère tchadien des Transports, de l’Aviation civile et de la Météorologie nationale a opposé un démenti formel.

Dans un communiqué signé par son attaché de presse, Hassan Mbodou Semidjidda, le ministère affirme que « le tracé de la ligne ferroviaire Ngaoundéré-N’Djamena n’a fait l’objet d’aucune validation définitive ».

Selon les autorités tchadiennes, les différentes options demeurent à l’étude et la décision finale devra être prise d’un commun accord entre Yaoundé et N’Djamena, dans le cadre des mécanismes institutionnels bilatéraux.

Trois tracés, des intérêts stratégiques divergents

Au-delà de la question technique, le choix du tracé revêt une dimension hautement stratégique.

L’option occidentale, privilégiée par le Cameroun selon plusieurs sources concordantes, desservirait les principales villes du septentrion camerounais. Elle renforcerait le développement économique de Garoua, Maroua et Kousseri, tout en consolidant le rôle du port de Douala comme principal hub logistique de la sous-région.

D’autres scénarios restent toutefois sur la table, notamment un axe central via Figuil et Pala ou un corridor traversant Moundou et Bongor.

Pour le Tchad, l’enjeu consiste à maximiser les retombées économiques sur son territoire, à mieux connecter ses bassins de production et à réduire durablement ses coûts logistiques.

Chaque variante implique des arbitrages complexes en matière d’investissements, de création d’emplois et de développement territorial.

Les transporteurs entre attente et inquiétude

Sur le corridor Douala-N’Djamena, les acteurs du transport suivent l’évolution du dossier avec attention.

Philippe, transporteur camerounais effectuant plusieurs rotations annuelles entre les deux capitales économiques, voit dans le rail une réponse aux difficultés rencontrées sur cet axe stratégique.

« Entre les contrôles routiers, les risques d’insécurité, l’état des routes et les délais imprévisibles, chaque trajet est un défi. Le train pourrait réduire les coûts et fluidifier les échanges », confie-t-il.

Toutefois, l’arrivée du rail suscite également des interrogations sociales. Les experts estiment qu’une baisse du trafic routier pourrait affecter l’activité de nombreux chauffeurs et transporteurs indépendants. Pour éviter les effets négatifs de cette transition, plusieurs spécialistes plaident pour des dispositifs de reconversion professionnelle et le développement de nouvelles activités logistiques.

Un test pour la coopération régionale

À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) encourage l’intégration des marchés, le projet Ngaoundéré-N’Djamena dépasse le cadre d’une simple infrastructure de transport.

Sa réussite dépendra de la capacité du Cameroun et du Tchad à dépasser les logiques nationales pour construire une gouvernance commune, transparente et durable.

Le démenti de N’Djamena rappelle qu’au-delà des annonces, le consensus politique reste à bâtir. Car si les rails n’ont pas encore été posés, une certitude s’impose déjà : l’avenir économique de l’Afrique centrale se jouera aussi sur sa capacité à connecter ses territoires et à harmoniser ses intérêts stratégiques.

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