SOUVERAINETÉ ET TRANSFORMATION LOCALE
À la Zone Économique Spéciale de Nkok, le ministère des Mines, la Société Équatoriale des Mines (SEM) et la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) ont posé les bases d’une nouvelle organisation de la filière aurifère. Fin de l’exploitation individuelle, traçabilité par QR Code, interdiction des achats de gré à gré, raffinage local et constitution de réserves stratégiques : l’État veut désormais maîtriser davantage la chaîne de valeur de l’or gabonais.
Par Thomas René pour Globe Infos
ZES DE NKOK le 08 septembre 2026. À Nkok, l’or change de circuit. Dans l’enceinte ultra-sécurisée de la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO), les lingots ne sont plus seulement l’aboutissement d’un processus industriel. Ils deviennent les pièces maîtresses d’une nouvelle stratégie de souveraineté minière.
C’est dans cet environnement industriel que le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a engagé une nouvelle étape dans la réorganisation de la filière aurifère gabonaise.
Plus de deux mois après la suspension conservatoire de l’exploitation aurifère à petite échelle, décidée le 22 juin dernier, le ministre est venu présenter les conclusions des travaux conduits par ses services et préciser les nouvelles règles qui doivent encadrer la production, l’achat, la transformation et la commercialisation de l’or.
L’objectif affiché est désormais sans ambiguïté : faire davantage de la production aurifère une richesse transformée, tracée et valorisée au Gabon.
La RGO, une infrastructure appelée à changer d’échelle
Créée en 2022, la Raffinerie Gabonaise de l’Or constitue l’un des principaux outils industriels du pays dans sa volonté de transformer localement son métal précieux.
Pourtant, l’infrastructure est longtemps restée en deçà de son potentiel. Le dispositif d’approvisionnement, le contrôle des flux et l’encadrement de la petite exploitation limitaient son fonctionnement.
La situation doit désormais changer.
Au cours de la visite des installations, Sosthène Nguema Nguema a insisté sur la nécessité d’orienter la production nationale vers la RGO. L’infrastructure est capable de produire un or raffiné à 99,99 % de pureté, selon les responsables présents lors de la visite.
L’État détient par ailleurs 50 % des parts de la RGO depuis 2023, ce qui renforce son rôle dans la nouvelle architecture de la filière.
Le message du ministre est clair : le Gabon ne veut plus seulement extraire son or. Il veut également le transformer, en assurer la traçabilité et mieux maîtriser sa commercialisation.
Deux mois et demi d’audit pour établir un diagnostic
Avant d’engager cette nouvelle phase, les services techniques du ministère ont conduit un audit interne pendant environ deux mois et demi.
Le diagnostic présenté aux participants fait état de plusieurs dysfonctionnements : détention de permis sans activité effective, opacité de certains circuits financiers, non-respect du Code minier et fuite massive de devises.
Face à ces constats, le ministre assume le choix d’une réforme profonde.
« Il était nécessaire de prendre des décisions courageuses. On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs. Le diagnostic a révélé que ce qui se faisait sur le terrain n’était pas de nature à rendre sa souveraineté à l’État gabonais », a déclaré Sosthène Nguema Nguema.
L’audit a également permis d’identifier les opérateurs répondant aux exigences fixées par l’administration.
La Société Équatoriale des Mines (SEM) figure parmi les acteurs retenus. L’entreprise nationale a été présentée comme ayant obtenu une excellente appréciation sur les plans citoyen et technique.
Cette reconnaissance s’est concrétisée par la signature de trois conventions minières portant sur les permis de Mboumba, Bagnaca et Mebaga. Ces accords doivent permettre à la SEM de relancer rapidement ses activités aurifères.
Fin de l’exploitation individuelle
La réforme annoncée touche directement l’organisation de la petite exploitation aurifère.
Sosthène Nguema Nguema a annoncé la fin définitive de l’exploitation aurifère individuelle au Gabon.
Désormais, l’activité devra s’organiser autour de coopératives agréées.
Cette décision vise à mettre fin à la dispersion des producteurs et à donner à l’administration une meilleure visibilité sur les volumes extraits.
Le système doit également permettre de mieux identifier les acteurs, de formaliser les emplois et de renforcer le contrôle des transactions.
Pour le ministère, l’enjeu est donc double : structurer la petite mine et faire entrer sa production dans un circuit officiellement contrôlé.
Cette réorganisation constitue l’un des piliers de la nouvelle politique aurifère.
QR Code et fin des achats de gré à gré : les deux décisions majeures
La nouvelle architecture repose notamment sur deux décisions présentées comme majeures par le ministre.
La première concerne la traçabilité numérique de l’or.
Désormais, l’or gabonais devra être raffiné localement. L’exportation d’or brut ou de lingots artisanaux est interdite. Chaque lingot produit par la RGO sera identifié par un QR Code placé au dos du produit.
Ce marquage doit permettre de retracer son parcours et d’identifier son origine, depuis le site d’extraction jusqu’aux opérations de commercialisation et de contrôle douanier.
Le QR Code devient ainsi un outil de lutte contre la fraude et un instrument de transparence dans une filière où la maîtrise de l’origine du métal constitue un enjeu central.
La deuxième décision concerne les achats de gré à gré.
Le ministre a annoncé leur interdiction. Dans les prochains jours, l’achat d’or auprès de producteurs individuels ou de personnes non habilitées ne devra plus être autorisé.
Les opérations d’achat seront désormais centralisées autour de la SEM et de partenaires agréés.
L’objectif est de fermer les circuits parallèles et de faire converger la production vers le système officiel.
De Nkok à la BEAC, l’or devient un instrument de souveraineté
La logique de la réforme ne s’arrête pas aux portes de la RGO.
Une fois extrait et raffiné localement à un niveau de pureté de 99,99 %, l’or gabonais pourra également contribuer à la constitution de réserves stratégiques auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Cette perspective donne une dimension monétaire à la réforme minière.
Le Gabon ne cherche donc plus seulement à améliorer la valeur commerciale de son or. Il entend aussi utiliser une partie de cette richesse comme un levier de renforcement de ses réserves.
Avec une production mieux identifiée, un raffinage local et une qualité d’or répondant aux exigences internationales, le pays dispose désormais d’un actif davantage susceptible d’intégrer sa stratégie de réserves.
Cette orientation pourrait ainsi renforcer la capacité du Gabon à valoriser son patrimoine aurifère tout en donnant davantage de profondeur à sa stratégie de souveraineté monétaire.
La doctrine Oligui Nguema appliquée au secteur minier
Derrière la réforme de la filière aurifère se dessine une orientation économique plus large portée par le président de la République chef de l’État Chef du gouvernement Brice Clotaire Oligui Nguema : transformer davantage les ressources extraites du sous-sol gabonais avant leur commercialisation.
Dans cette logique, Nkok occupe une place stratégique.
La ZES concentre déjà plusieurs activités industrielles et offre au Gabon un outil pour rapprocher extraction, transformation et commercialisation.
Le choix de réactiver pleinement la RGO s’inscrit donc dans une volonté de rompre avec un modèle dans lequel la matière première quitte le territoire avec une faible transformation locale.
Le ministère des Mines entend désormais faire de la filière aurifère un exemple de cette nouvelle approche.
Les opérateurs sous surveillance
La réforme concerne également les opérateurs privés dont les activités avaient été suspendues le 22 juin.
Pour ceux-ci, les conclusions de l’audit externe conduit par le cabinet Talex doivent déterminer la suite de la procédure.
Le ministère prévient que les entreprises qui auraient poursuivi leurs activités malgré la suspension s’exposent à des sanctions.
Les services compétents s’appuient notamment sur le suivi satellitaire et les missions de contrôle de terrain pour identifier d’éventuelles exploitations clandestines.
La fermeté affichée par le ministre traduit une volonté de ne pas limiter la réforme à de nouvelles règles administratives. Le contrôle devra désormais accompagner chaque étape de la chaîne, depuis le permis jusqu’au produit raffiné.
Transformer l’or en valeur nationale
À Nkok, la réforme aurifère prend donc une dimension qui dépasse la seule question de l’exploitation minière.
Elle touche simultanément à la formalisation de la petite mine, à la traçabilité, au raffinage, à la lutte contre les circuits parallèles et à la constitution de réserves stratégiques.
Le défi sera désormais celui de l’exécution.
La réussite de cette nouvelle architecture se mesurera à la capacité du dispositif à intégrer les producteurs dans les coopératives, à faire respecter l’interdiction des achats de gré à gré, à orienter effectivement la production vers la RGO et à assurer la traçabilité de chaque lingot.
À Nkok, le Gabon dispose déjà de l’outil industriel. Avec la nouvelle doctrine portée par Sosthène Nguema Nguema sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, l’enjeu consiste désormais à faire de cet outil le cœur d’une filière aurifère mieux contrôlée, mieux transformée et davantage tournée vers la souveraineté économique nationale.
Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté à partir du Gabon »
