Avec 102 000 tonnes de capacité céréalière et un investissement prévisionnel de 50 milliards de FCFA, le futur terminal agro-logistique de Kribi vise une mise en service en 2029. Le financement reste un enjeu majeur.
Par Thomas René pour Globe Infos « le monde décrypté depuis le Gabon » 
Le Port autonome de Kribi et KOGT ont signé un mémorandum d’entente pour une plateforme intégrée de stockage et de logistique. Avec 102 000 tonnes de capacité céréalière annoncée, le projet ambitionne de renforcer l’offre portuaire camerounaise d’ici trois ans.
Le port de Kribi veut compléter ses quais par des infrastructures capables de stocker, de traiter et d’acheminer davantage de marchandises. Ce 09 octobre 2026, le Port autonome de Kribi (PAK) et Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.) ont signé un mémorandum d’entente pour développer une plateforme agro-logistique dont l’investissement prévisionnel est estimé à 50 milliards de FCFA.
Implanté sur 9,20 hectares dans le complexe industrialo-portuaire de Kribi, le projet réunit des entreprises camerounaises, suisses et turques au sein de KOGT S.A. Il prévoit un terminal céréalier, des entrepôts et plusieurs équipements destinés à soutenir les opérations de manutention et de transport.
L’ambition est de renforcer les capacités logistiques du port et de mieux organiser la circulation des produits agro-industriels. Mais l’enjeu ne se limite pas à construire de nouvelles installations : il faudra aussi sécuriser le financement, attirer des clients et garantir la compétitivité des services proposés.
17 silos et 102 000 tonnes de capacité céréalière
Le cœur du projet sera un terminal céréalier de 2,50 hectares comprenant 17 silos de 6 000 tonnes chacun, soit une capacité totale annoncée de 102 000 tonnes. L’installation intégrera un laboratoire de contrôle qualité et une tour de manutention.
Deux blocs d’entrepôts occuperont 3,20 hectares. Ils comprendront quatre espaces de 5 000 m² chacun, pour une capacité de stockage estimée entre 30 000 et 40 000 palettes.
Le programme prévoit également un parking pour poids lourds et un espace de vie sur deux hectares, une station-service logistique d’un hectare ainsi qu’un entrepôt d’exploitation de 0,50 hectare. La station doit notamment proposer du gasoil, de l’essence et de l’AdBlue, avec des services d’atelier, de lavage et de restauration. L’entrepôt d’exploitation sera consacré à la maintenance, au stockage des pièces détachées et au contrôle.
L’ensemble couvre les 9,20 hectares annoncés pour la plateforme.
L’accès aux infrastructures maritimes de Kribi constitue un autre atout du projet. Selon la fiche technique communiquée, les quais présentent un tirant d’eau de 16 à 18 mètres et peuvent accueillir des navires allant jusqu’à 50 000 tonnes.
En rapprochant les opérations de débarquement, de contrôle, de stockage et d’expédition, KOGT entend proposer une chaîne logistique intégrée. Pour les opérateurs, l’intérêt potentiel réside dans une meilleure organisation des flux et une gestion plus souple des stocks.
La capacité annoncée ne préjuge toutefois pas du niveau d’activité futur. La performance commerciale du terminal dépendra des volumes effectivement traités, des contrats conclus, de la fréquence des rotations et des tarifs pratiqués.
Kribi veut transformer son avantage maritime en compétitivité logistique
Opérationnel depuis le 2 mars 2018, le Port autonome de Kribi occupe une place croissante dans le dispositif portuaire camerounais. Son positionnement en eau profonde lui permet d’accueillir des navires de fort tonnage et de soutenir le développement des échanges maritimes du pays.
Mais la performance d’un port ne se mesure pas uniquement à la profondeur de ses quais ou au volume de marchandises qui y transitent. Elle dépend aussi de la rapidité de manutention, de la disponibilité des espaces de stockage, de la fluidité du transport terrestre et du coût global supporté par les clients.
C’est sur ce terrain que le projet KOGT entend se positionner. Le terminal céréalier et les entrepôts doivent compléter l’offre existante en apportant des capacités spécialisées dans la réception et la conservation des marchandises.
Le défi sera de convertir ces équipements en services compétitifs. Un importateur choisit une plateforme en fonction de l’ensemble de ses coûts : passage portuaire, manutention, entreposage et transport jusqu’à sa destination finale. La proximité des infrastructures maritimes constitue donc un avantage, mais elle ne suffit pas à garantir la rentabilité d’un investissement.
L’évolution de Kribi s’inscrit par ailleurs dans un mouvement de diversification des activités logistiques. Le développement de plateformes spécialisées répond à des besoins différents selon les marchandises, les opérateurs et les destinations. KOGT devra ainsi démontrer sa capacité à capter une clientèle régulière dans le segment des céréales et des produits agro-industriels.
Un investissement de 50 milliards FCFA, dont 40 milliards à mobiliser
Le financement représente l’un des principaux enjeux du projet. Sur les 50 milliards de FCFA annoncés, les promoteurs prévoient d’apporter 20 % de fonds propres, soit 10 milliards de FCFA. Les 40 milliards restants doivent être mobilisés auprès de partenaires financiers.
BGFIBank Cameroun est le partenaire bancaire exclusif pour la structuration financière et la coordination des financements. Son rôle est central dans la préparation du montage, mais cette désignation ne signifie pas que la totalité des fonds nécessaires est déjà disponible.
Le calendrier communiqué prévoit 24 mois pour la mise en place du financement, des travaux envisagés à partir de 2027 et une mise en service prévue en 2029.
Ces échéances appellent une précision. Si le délai de 24 mois commence à courir à compter de la signature du mémorandum, le 9 octobre 2026, son terme se situerait autour d’octobre 2028. Le démarrage des travaux en 2027 supposerait donc que les ressources nécessaires aux premières phases puissent être mobilisées avant la clôture de l’ensemble du financement, ou que le calendrier repose sur un autre mécanisme.
Les modalités précises de cette articulation ne sont pas détaillées dans la fiche technique. Elles devront être clarifiées pour apprécier la faisabilité du calendrier annoncé.
Le projet bénéficie d’une autorisation d’occupation temporaire de 20 ans, renouvelable, accordée par le Port autonome de Kribi. Cette durée constitue un paramètre important pour l’exploitation de la plateforme et l’amortissement des investissements. Elle ne dispense toutefois pas les promoteurs de réunir les financements, de finaliser les procédures requises et de franchir les étapes techniques préalables au chantier.
Les précédents de Kribi rappellent l’importance de l’exécution
Le projet KOGT s’inscrit dans une dynamique plus large de développement industriel et logistique autour du port. En février 2023, le PAK avait annoncé un mémorandum relatif à une zone industrielle intégrée de 1 500 hectares, estimée à environ 838 millions d’euros dans les informations alors communiquées.
En décembre 2025, le PAK, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et le consortium PARLYM/NEGRI ont également signé un protocole d’accord relatif au développement d’un terminal d’hydrocarbures. La phase préparatoire prévoyait notamment un délai de 12 mois pour consolider le concept technique avant les décisions d’investissement.
Ces précédents ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à l’échec ou à l’abandon des projets concernés. Ils rappellent néanmoins une réalité essentielle : un mémorandum ouvre une étape de coopération ou de préparation, tandis que la réalisation dépend des études, du financement, des autorisations et de l’engagement effectif des travaux.
Pour KOGT, les indicateurs à suivre sont désormais identifiables : confirmation des ressources financières, calendrier de construction, réalisation des équipements et préparation de l’exploitation commerciale. C’est à travers ces étapes que l’on pourra mesurer le passage de l’annonce à la réalisation.
Emplois et sécurité alimentaire : des retombées à mesurer
Les projections associées au projet font état de 600 à 800 emplois pendant la construction et de près de 200 emplois directs en phase d’exploitation. Des activités connexes dans le transport, la manutention, la maintenance et les services pourraient également générer des emplois indirects.
Ces estimations constituent une perspective pour l’économie locale. Leur portée dépendra des recrutements effectivement réalisés, des compétences mobilisées et de la participation des entreprises camerounaises aux travaux et aux prestations.
La plateforme pourrait aussi contribuer à améliorer les conditions de stockage et la circulation des céréales. Des infrastructures adaptées peuvent faciliter la conservation des marchandises et la gestion des approvisionnements. Elles ne garantissent cependant pas, à elles seules, une baisse des prix ou un meilleur accès des ménages aux denrées.
Ces effets dépendront également du coût des importations, des tarifs portuaires, du transport intérieur, des marges commerciales et du pouvoir d’achat. La contribution du terminal à la sécurité alimentaire devra donc être appréciée à partir de ses résultats réels et de son intégration dans les circuits de distribution.
Pour le Gabon et les autres marchés d’Afrique centrale, le développement de Kribi mérite également attention. Une offre logistique plus complète pourrait renforcer l’attractivité du port auprès de certains opérateurs régionaux. Mais les choix de transport dépendront du coût total, des itinéraires, des délais et des destinations desservies. Il serait prématuré d’en déduire un transfert automatique du trafic au détriment des autres ports de la région.
Du mémorandum à l’activité : le véritable test
Avec KOGT, Kribi affiche une ambition supplémentaire : renforcer ses capacités de stockage et développer une offre intégrée pour les produits céréaliers et agro-industriels. Les caractéristiques techniques annoncées donnent une première mesure de l’investissement, mais la portée économique du projet dépendra de sa réalisation et de sa performance commerciale.
Les prochaines étapes devront apporter des réponses concrètes : les 40 milliards de FCFA complémentaires seront-ils mobilisés dans les délais ? Les travaux pourront-ils commencer en 2027 ? Les installations entreront-elles en service en 2029 ? Et les opérateurs trouveront-ils dans cette plateforme une solution compétitive pour leurs approvisionnements ?
Les réponses se liront dans les actes, puis dans les résultats : chantier engagé, équipements livrés, volumes traités, emplois créés et coûts logistiques maîtrisés.
À Kribi, l’ambition est désormais formulée. Le prochain défi est de la traduire en infrastructure opérationnelle et en gains économiques mesurables.
Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
