Depuis la diffusion de séquences montrant une impressionnante cérémonie de treize mariages à Bamako, un chiffre s’est installé dans l’opinion : près d’un milliard de FCFA. À lui seul, ce montant aurait suffi à faire de Diallo Seydou Mara Mba le principal personnage de l’histoire. Mais à y regarder de près, il ressort qu’il y a les images ; et puis il y a ce qu’elles racontent réellement.
Parmi les treize couples célébrés, la vérité serait que seuls trois seraient liés directement à Diallo Seydou Mara Mba. Une donnée qui change considérablement la lecture de l’événement. Selon les éléments recueillis çà et là, les dépenses liées aux différentes cérémonies auraient été supportées par l’ensemble des familles concernées. La facture n’aurait donc pas été réglée par un seul homme. Autrement dit, le milliard évoqué dans certains commentaires ne saurait être mécaniquement présenté comme une dépense personnelle de Diallo Mba, en l’absence d’éléments permettant de l’établir.
L’homme discret derrière l’image du milliardaire
Le portrait de Diallo Seydou Mara Mba, dressé par ceux qui le connaissent, contraste avec celui qui circule aujourd’hui. L’homme serait bien un opérateur économique, mais en réalité dans l’importation. La création de sa propre entreprise de transit aurait constitué une manière de mieux suivre ses marchandises et de structurer ses activités.
Au lieu-dit Campagne, dans le 2e arrondissement de Libreville, l’homme vivrait dans un environnement populaire, dans un petit immeuble, loin des palais que pourraient laisser imaginer les chiffres circulant sur les réseaux sociaux. Une fortune dans les affaires, certes. Mais pas nécessairement le goût des extravagances.
Et si Oumou Sininta était la clé de compréhension ?
Le parcours de son épouse, Oumou Sininta, mérite également d’être pris en considération. En effet, à en croire des sources concordantes, cette femme est issue d’une famille malienne particulièrement aisée. Son grand-père est présenté par son entourage comme un homme ayant accumulé une immense fortune. Son père aurait, quant à lui, exercé les fonctions de procureur au Mali, plusieurs années durant. Dans certains milieux, Oumou Sininta est même présentée comme disposant d’un patrimoine et d’un réseau d’affaires– au Gabon, au Mali et à Doubaï notamment – qui n’auraient rien à envier à ceux de son époux. Dès lors, pourquoi faire systématiquement de Diallo Mba le seul responsable financier de la cérémonie ? Quelqu’un avait-il intérêt à l’exposer ainsi ?
Toutefois, il serait difficile d’ignorer le contexte social gabonais. Dans un pays où de nombreuses familles rencontrent des difficultés pour payer les loyers, scolariser leurs enfants ou simplement terminer le mois, l’exposition d’importantes sommes d’argent peut provoquer un sentiment de malaise. C’est précisément là que se situe la véritable controverse.
La question n’est peut-être pas seulement de savoir combien a coûté la cérémonie, mais pourquoi elle a donné l’impression qu’une seule personne aurait dépensé une fortune pour afficher son opulence. Entre la réalité des contributions familiales, les traditions maliennes et la réussite professionnelle d’un couple d’affaires, le récit mérite donc d’être rééquilibré.
Le griot, une tradition qui échappe parfois aux regards extérieurs
Il faut également comprendre le contexte malien. Dans la société traditionnelle malienne, le griot occupe une place particulière. Il accompagne les grandes étapes de la vie, célèbre les familles, porte la parole, transmet la mémoire et participe aux cérémonies. Les dons d’argent qui lui sont faits peuvent atteindre des montants importants. Mais leur signification ne se limite pas nécessairement à l’exhibition de la richesse. Ils peuvent être un geste de reconnaissance, de bénédiction ou d’accompagnement symbolique d’une nouvelle étape de la vie.
Ainsi, une liasse de billets brandie lors d’une cérémonie malienne ne possède donc pas nécessairement la même signification sociale qu’un étalage de richesse dans un autre environnement culturel.
Diallo Seydou Mara Mba peut-il être présenté comme un homme fortuné ? Sans doute, au regard de son parcours entrepreneurial tel qu’il est décrit par son entourage. Peut-il, pour autant, être présenté comme l’auteur d’une dépense personnelle d’un milliard de FCFA en quelques heures ? Rien ne permet, à ce stade, de l’affirmer avec certitude.
Dans cette affaire, la prudence commande donc de distinguer la fortune, la cérémonie et la rumeur. Car sur les réseaux sociaux, un chiffre spectaculaire peut rapidement devenir une vérité. Et parfois, derrière un milliard attribué à un seul homme, il y a simplement plusieurs familles, une tradition séculaire et une histoire que l’on n’a pas pris le temps de raconter.
Mbonda N. N.

