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Baromètre VIH-Sida au Gabon : derrière les chiffres en baisse, trois angles morts qui inquiètent

Par la rédaction de Globe infos 

Libreville, Ce vendredi 26 juin, l’Institut des maladies infectieuses Pr Daniel Gahouma a pris des allures de tribune nationale. Médecins, chercheurs et personnes vivant avec le VIH s’y sont retrouvés. Au programme : la présentation du deuxième Baromètre VIH-Sida au Gabon. Le thème donne d’emblée le ton : « Des données aux parcours réels : mieux comprendre, mieux suivre, mieux agir ».

L’événement a été coorganisé par Gabon Data Dialogues et l’AeSGabon. Le ministère de la Santé s’est associé au projet. L’objectif était clair dès le départ. Il fallait sortir les statistiques du VIH des cercles d’experts. Et les remettre entre les mains du grand public.

Une régression des chiffres, mais pas de quoi crier victoire

Le Pr Ondo a ouvert les travaux. Il préside le conseil d’administration de l’institut. D’abord, il a salué une initiative qu’il juge catalytique. Ensuite, il a souligné un net recul des chiffres par rapport à l’édition précédente. Toutefois, il a tempéré l’enthousiasme ambiant. Pour lui, cette baisse ne signifie pas une victoire acquise. Beaucoup de terrain reste encore à couvrir. Néanmoins, il a salué les efforts de toutes les parties prenantes.

Trois principes pour démocratiser la donnée

Le Dr Makita Makita a pris la parole ensuite. Il dirige Gabon Data Box. Selon lui, trois principes guident le baromètre. Rendre les données accessibles, d’abord. Les rendre compréhensibles, ensuite. Et enfin, leur donner une utilité concrète. Ainsi, l’ambition est claire : sortir l’information sanitaire du cercle restreint des spécialistes.

Le Gabon face à ses 52 000 patients

Les chiffres dressent un état des lieux précis. Le pays compte environ 52 000 personnes vivant avec le VIH. Chaque année, 1 200 nouvelles infections surviennent. Près de 1 500 décès liés au sida sont également déplorés annuellement.

Par ailleurs, 35 334 personnes suivent aujourd’hui un traitement antirétroviral. Cela représente une couverture de 68 %. C’est un chiffre encourageant. Mais il reste loin de l’objectif international. La communauté mondiale vise en effet 95 % de couverture d’ici 2030.

Des progrès chez les femmes enceintes

Côté transmission mère-enfant, les résultats progressent nettement. En effet, 73 % des femmes enceintes sont désormais dépistées. Parmi celles qui se révèlent séropositives, 72 % reçoivent un traitement. Ce sont de vraies avancées. Cependant, elles restent en deçà des standards de l’OMS.

Charge virale : l’angle mort le plus coûteux

Le baromètre pointe ce que ses auteurs appellent les « angles morts ». Le premier concerne la charge virale. Cet indicateur mesure l’efficacité réelle d’un traitement.
Or, seulement 26 % des patients sous traitement bénéficient d’un contrôle virologique. Pourtant, le résultat est probant chez ceux qui sont testés. En effet, 94 % d’entre eux atteignent une charge virale indétectable. Ce paradoxe a une explication simple.

Un test à 50 000 francs CFA
Le responsable du PNLS a représenté le ministère de la Santé. Il a été direct sur ce point. Le test de charge virale coûte environ 50 000 francs CFA. Or, les patients doivent souvent payer cette somme eux-mêmes. Par conséquent, l’examen reste largement sous-pratiqué. Pourtant, il joue un rôle central dans le suivi thérapeutique.

1 400 enfants séropositifs que le système ne voit pas

Le deuxième angle mort touche les plus vulnérables. Il s’agit des enfants. Le baromètre évoque environ 2 100 enfants vivant avec le VIH au Gabon. Or, le système n’en suit actuellement que 700.

Ainsi, près de 1 400 enfants resteraient non diagnostiqués. Le PNLS a rappelé l’urgence de la situation. Sans dépistage, ces enfants risquent de mourir tôt. Certains n’atteindront même pas leur troisième année de vie.

Trois leviers pour retrouver les enfants invisibles

Face à ce constat, les autorités appellent à une mobilisation générale. D’abord, il faut tester les partenaires des personnes déjà diagnostiquées. Ensuite, il faut dépister tous les enfants de moins de 15 ans issus de familles touchées. Et ce, qu’ils présentent des symptômes ou non. Enfin, les soignants doivent proposer le test à toute personne présentant des signes suspects.

Des inégalités territoriales persistantes

Le baromètre identifie une troisième priorité. Elle concerne les écarts entre provinces. L’Estuaire, qui abrite Libreville, affiche les meilleurs résultats. En revanche, d’autres régions accusent un retard considérable. Certains écarts atteignent même 50 à 60 % par rapport à la capitale.

Cette fracture révèle une limite structurelle. Le système de santé reste trop concentré sur certains bassins de population. Les zones reculées, elles, en paient le prix.

Le poids de la recherche et de la formation

Le Dr Chansi Ankely Junie a apporté un autre éclairage. Elle dirige la recherche et la formation à l’institut. Selon elle, l’information du patient change tout. En effet, une mauvaise réponse au traitement cache souvent une incompréhension du malade.
De plus, l’institut dispose désormais d’un laboratoire sur place. Celui-ci réalise les tests de charge virale directement. Il accueille déjà un nombre croissant de patients. Ainsi, une invitation a été lancée à tous les Gabonais séropositifs. Ils doivent se faire tester régulièrement. Ce geste simple permet de vérifier si le traitement fonctionne.

Témoigner à visage découvert pour briser le silence

Le moment le plus marquant est venu des malades eux-mêmes. Plusieurs femmes séropositives, venues de l’intérieur du pays, ont témoigné publiquement. Et surtout, elles l’ont fait à visage découvert. Cette démarche vise un objectif précis : démystifier une maladie encore stigmatisée.

Parmi elles, Laetitia Ogandaga a marqué les esprits. Elle préside l’ONG Espérance Vie et travaille comme autrice et coach. Son message portait l’espoir. Elle a dit croire en un avenir meilleur. Selon elle, le temps viendra où chaque personne séropositive pourra témoigner sans crainte. Elle a conclu avec une phrase forte. Sa vie, a-t-elle affirmé, vaut la peine d’être vécue.

De son côté, Ghislain Mefane Ango a rappelé un autre enjeu. Il préside l’AeSGabon. Selon lui, le numérique transforme déjà la gestion des données de santé publique au Gabon. C’est désormais un outil central pour affiner le suivi épidémiologique.

Au terme des échanges, les organisateurs ont tiré un bilan clair. Le baromètre constitue un véritable instrument de pilotage. Il doit permettre de mesurer les progrès chaque année. Et surtout, il doit accélérer la trajectoire du Gabon vers 2030.

La secrétaire générale du ministère de la Santé a clôturé la rencontre. Elle représentait le ministre, retenu par ailleurs. Ensuite, une séance de questions-réponses très animée a suivi. Elle a confirmé l’intérêt suscité par cette édition. Enfin, un cocktail a réuni les participants. Tous l’ont décrit comme un rendez-vous nécessaire et tourné vers l’action.

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