RUBRIQUE UN HOMME UN DESTIN : Par la rédaction de Globe infos 
« Ma désignation pour conduire les travaux au Sénat réconforte mon engagement à servir mon pays qui m’a tout donné. » Cette phrase, prononcée par le Dr Beyom Malo Adrien au lendemain de sa désignation à la tête de la cellule de réflexion du Sénat tchadien, résume à elle seule six décennies d’une vie. De Donia à N’Djamena, d’un séminaire de Haute-Volta aux allées du Parlement, ce métaphysicien devenu haut fonctionnaire puis sénateur a toujours fait précéder l’exercice du pouvoir par l’exigence de la pensée. Le 4 mai 2026, le Sénat lui a confié une mission à sa mesure : doter l’institution d’un Code d’éthique et de déontologie inédit.
Un enfant de Donia
Tout commence dans les années 1960, à Donia, dans le Logone oriental. Cette région du sud tchadien, qu’il représentera six décennies plus tard au Sénat. Mais pour l’instant, c’est un écolier parmi d’autres. À l’École primaire catholique Saint-Joseph de Donia, le jeune Beyom Malo Adrien apprend à lire et à compter. Il poursuit ensuite au Collège Joseph-Mukasa, puis au lycée Adoum-Dallah de Moundou, où il décroche son baccalauréat A4 à la fin des années 1970. Un cursus scolaire sans éclat particulier, mais régulier et rien à ce stade, ne laisse deviner la diversité des fonctions qu’il occupera plus tard.
La tentation du sacerdoce
Au tournant des années 1980, une autre voie s’ouvre à lui : celle de la vocation religieuse. De 1980 à 1984, il rejoint le Grand séminaire de Koumi, en Haute-Volta — l’actuel Burkina Faso. C’est là que se forment, à cette époque, nombre de futurs cadres tchadiens de sa génération. Il ne deviendra finalement pas prêtre. Mais cette parenthèse ecclésiastique laisse une empreinte durable sur sa pensée. C’est en philosophe, et non en théologien, qu’il choisira de poursuivre son cheminement intellectuel.
Les années estudiantines, entre Ouagadougou et Abidjan
Le choix de la philosophie s’affirme dès 1985, lorsqu’il intègre l’Université de Ouagadougou pour un Diplôme d’études universitaires générales. Le parcours universitaire se poursuit ensuite à l’Université de Cocody, à Abidjan, où il décroche une licence puis une maîtrise de philosophie à la fin des années 1980. Une décennie plus tard, il y revient pour un Diplôme d’études approfondies, avant de boucler son cursus académique par un doctorat de philosophie obtenu en 2008 à l’Université de Ouagadougou, avec la mention « Très honorable ». Ce doctorat consacre une trajectoire de chercheur attentif aux questions existentielles : sa thèse de prédilection, la pensée de la mort chez Martin Heidegger, deviendra du reste l’objet d’un ouvrage publié à Paris en 2016, après un article scientifique paru en 2011 dans la Revue internationale de philosophie.
Le journaliste du maquis et le militant de la révolution de 1990
Mais l’itinéraire de Beyom Malo Adrien ne se résume pas à une carrière académique linéaire. Dès le milieu des années 1980, il représente les Forces armées tchadiennes dans le Mouvement révolutionnaire du peuple tchadien au Burkina Faso, dans le sillage des mouvements qui préparent l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby Itno. En 1990, l’année du basculement, il est journaliste à La Voix du Salut, la radio du maquis, avant de devenir, au sein du Mouvement patriotique du salut naissant, commissaire à l’Information, à la Propagande et à l’Idéologie, puis secrétaire national aux Finances. Sa fibre journalistique s’exprime de nouveau entre 1991 et 1992, lorsqu’il dirige la publication du journal Le Patriote, tandis qu’il siège parallèlement au Conseil provisoire de la République, le Parlement de transition d’alors, comme rapporteur des commissions Politique générale puis Défense et sécurité.
Membre fondateur du MPS aux côtés du maréchal Idriss Déby Itno, il gravira par la suite les échelons du parti jusqu’à en devenir, entre 2012 et 2015, le secrétaire général national, tout en siégeant au Conseil permanent des fondateurs.
Du Conseil de la République à la haute administration de l’État
Après un bref passage comme professeur de philosophie au Collège protestant de Ouagadougou, puis comme assistant à l’Université de N’Djamena, Beyom Malo Adrien entame dans les années 1990 une carrière de conseiller au sommet de l’État, d’abord comme chargé de mission à la présidence (1993-1996). Il revient ensuite à l’enseignement supérieur, comme enseignant-chercheur puis chef de section philosophie à l’Institut supérieur des sciences de l’éducation, avant de prendre la direction générale, puis le secrétariat général, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, de 2000 à 2004.
S’ouvre alors une décennie de hautes responsabilités présidentielles et universitaires : secrétaire général de l’Université de Moundou (2010-2012), ministre-conseiller à la présidence (2013-2014), conseiller spécial du président de la République (2014-2016), puis conseiller technique chargé de l’Enseignement supérieur (2017), avant d’accéder, en décembre 2017, au rang de ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
Le grand commis de l’Assemblée nationale
En mai 2018 s’ouvre le chapitre le plus long de sa carrière de haut fonctionnaire : pendant près de sept années, jusqu’en mars 2025, il occupe les fonctions de secrétaire général de l’Assemblée nationale, puis du Conseil national de transition, l’organe qui a piloté la transition politique tchadienne. À ce poste charnière, au croisement de l’administration parlementaire et du pouvoir exécutif, il aura accompagné certaines des heures les plus délicates de la vie institutionnelle du pays.
Le sénateur et la mission de la vertu
Élu sénateur du Logone oriental en mars 2025, Beyom Malo Adrien préside aujourd’hui la commission Éducation, Recherche, Science et Technologie de la chambre haute. Le 4 mai 2026, ce lundi-là, le Sénat tchadien lui confie une mission singulière. À la tête d’un groupe de quatorze experts, il devra piloter l’élaboration d’un Code d’éthique et de déontologie destiné aux sénateurs comme au personnel administratif de l’institution. Le mandat est double : produire un guide de référence fixant les principes fondamentaux de l’exemplarité parlementaire, puis un guide pratique permettant son application au quotidien.
Au lendemain de sa désignation, le Dr Beyom Malo Adrien livre une réaction qui en dit long sur le sens qu’il donne à cette nouvelle charge : « Ma désignation pour conduire les travaux au Sénat réconforte mon engagement à servir mon pays qui m’a tout donné. » La formule est sobre. Elle l’est volontairement. Chez cet homme qui a traversé tous les étages de l’État tchadien, du maquis de 1990 au secrétariat général de l’Assemblée nationale, l’éthique n’est pas un exercice de communication. C’est une dette qu’il dit vouloir honorer.
Le choix de sa personne pour conduire ce chantier n’est sans doute pas anodin. Philosophe de formation, rompu depuis quatre décennies aux arcanes de l’État, ancien journaliste et ancien cadre dirigeant d’un grand parti politique, il réunit un profil rare, à la croisée de l’éthique théorique et de l’expérience administrative concrète. Reste à transformer le texte en pratique vivante. Le défi, en matière de déontologie, ne réside pas dans l’écriture des principes. Il réside dans leur application effective, au quotidien, au sein d’une institution.
Distinctions et reconnaissance
Cette longévité au service de l’État tchadien a valu à Beyom Malo Adrien une progression continue dans l’ordre national du Tchad : chevalier en 1991, officier en 2001, officier de l’Ordre du mérite civique en 2003, commandeur en 2012, puis grand officier de l’Ordre national du Tchad en 2024 — une distinction qui couronne symboliquement, à la veille de son entrée au Sénat, l’ensemble de ce parcours.
Un homme de pensée au service du pouvoir
Marié, père de six enfants, Beyom Malo Adrien demeure, derrière les titres et les fonctions, un philosophe qui n’a jamais renoncé à interroger le sens. De sa thèse sur la mort chez Heidegger à son essai de 1996 sur la social-démocratie comme socle idéologique du MPS, son œuvre écrite témoigne d’une constante. Aucune action publique, à ses yeux, ne saurait se dispenser d’un fondement réflexif.
« Mon pays m’a tout donné », a-t-il confié au sortir de sa nomination. La phrase pourrait sonner comme une formule convenue. Elle prend, à la lumière de son parcours, un autre relief : celui d’un homme qui, de Donia au Sénat, n’a cessé de rendre, fonction après fonction, ce que l’État tchadien lui a permis de devenir. C’est cette dette, plus que toute autre considération, qu’il porte aujourd’hui à la tête du groupe d’experts du Sénat, dans un pays qui cherche à faire de l’exemplarité de ses élus une norme, et non plus une exception.