À Rabat, le Gabon défend le choix de transformer davantage ses ressources minières
Par Lauritou pour globe infos
MAROC, le 07 octobre 2026. Le Gabon n’est pas venu à Rabat uniquement pour parler de ses ressources minières. Pays d’honneur de la 3e édition du Congrès international des mines au Maroc, le pays y défend une orientation désormais assumée : transformer davantage ses matières premières sur son propre territoire. À la tribune, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, a salué le « courage politique » du président Brice Clotaire Oligui Nguema à l’origine de cette orientation.
Le Congrès international des mines se tient du 6 au 8 octobre au Maroc autour d’une problématique qui dépasse l’exploitation des gisements : comment permettre à l’Afrique de mieux capter la valeur générée par ses ressources et de construire de véritables chaînes industrielles autour des minerais critiques et stratégiques ?
Pour le Gabon, la réponse passe notamment par la transformation locale. C’est le message porté à Rabat par Sosthène Nguema Nguema, dont la participation au panel ministériel est officiellement confirmée. Le ministre gabonais intervient aux côtés de la ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, du ministre sénégalais des Mines et de la Géologie, Cheikhou Oumar Seck, et d’Abdullah Al-Anzi, responsable saoudien du développement de la chaîne de valeur minière.
Une tribune internationale pour défendre la transformation locale
Sosthène Nguema Nguema a profité de cette tribune internationale pour mettre en avant le choix effectué par les autorités gabonaises en faveur d’une transformation accrue des matières premières.
Le ministre a notamment salué le « courage politique » du président Brice Clotaire Oligui Nguema, estimant que la décision de transformer localement les ressources constitue une orientation importante pour l’avenir économique du pays.
Selon Sosthène Nguema Nguema, ce choix dépasse désormais le seul débat national. Il serait également observé au-delà des frontières gabonaises, dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à mieux valoriser leurs ressources et à développer leurs propres capacités industrielles.
Le propos du ministre s’inscrit directement dans la thématique du rendez-vous marocain. La note conceptuelle du panel ministériel retient en effet comme fil conducteur : « Des ressources aux chaînes de valeur industrielles : Construire l’écosystème africain ». L’objectif est notamment de réfléchir aux moyens permettant aux pays africains de dépasser les stratégies strictement nationales et de développer des complémentarités industrielles.
Du minerai exporté à la valeur créée au Gabon
Derrière la transformation locale se trouve une question économique simple : quelle part de la valeur issue des ressources minières doit rester dans le pays producteur ?
C’est l’un des enjeux qui structurent aujourd’hui le débat africain sur les minerais critiques et stratégiques. Extraire une ressource constitue une première étape. La transformer, développer les infrastructures nécessaires, former les compétences, attirer les investissements industriels et créer des activités en aval permettent d’aller plus loin dans la création de valeur.
Le panel ministériel de Rabat doit précisément examiner cette évolution. Trois axes ont été retenus : la souveraineté industrielle et la sécurisation des besoins en minerais critiques, les interdépendances entre les écosystèmes miniers africains et, enfin, la compétitivité du continent dans les chaînes de valeur mondiales.
Le Gabon se retrouve donc au cœur d’une discussion qui correspond à l’évolution de sa propre stratégie minière. Avec son expérience dans l’exploitation du manganèse, le pays dispose d’un secteur déjà structuré. L’enjeu consiste désormais à approfondir la transformation et à élargir les retombées économiques associées aux ressources extraites.
Oligui Nguema au cœur du discours porté par le ministre
En mettant en avant le « courage politique » du chef de l’État, Sosthène Nguema Nguema a donné une dimension politique assumée à son intervention.
Le ministre présente la transformation locale comme une orientation directement liée à la volonté présidentielle de modifier progressivement le modèle de valorisation des ressources gabonaises.
Cette position avait déjà été exprimée par le ministre à l’occasion de déplacements sur des sites miniers au Gabon. À Mounana, notamment, il avait associé le développement d’une unité de transformation du manganèse à la volonté de renforcer la valeur ajoutée créée dans le pays.
À Rabat, cette orientation prend une autre dimension. Elle est exposée devant des responsables publics et des acteurs issus de plusieurs pays miniers, dans un environnement où les États cherchent à sécuriser leurs ressources stratégiques et à développer des capacités industrielles locales.
Le Gabon cherche à peser dans la nouvelle géographie minière africaine
La présence du ministre gabonais au Maroc intervient ainsi sur un terrain particulièrement stratégique.
La demande mondiale en minerais critiques accompagne les transitions énergétique, numérique et industrielle. Pour les pays producteurs africains, cette évolution représente à la fois une opportunité économique et un défi industriel.
La note conceptuelle du panel souligne d’ailleurs que la disponibilité des ressources ne suffit pas à garantir une place durable dans les chaînes de valeur mondiales. Le continent doit également renforcer sa compétitivité, accroître la valeur créée localement et améliorer sa capacité à connecter ses différents écosystèmes miniers.
C’est sur ce terrain que la participation du Gabon prend tout son intérêt. En tant que pays d’honneur, Libreville bénéficie d’une visibilité particulière dans un rendez-vous consacré précisément à la transformation des ressources minières en capacités industrielles.
Pour Sosthène Nguema Nguema, l’enjeu est aussi de présenter les orientations du Gabon à des partenaires potentiels et de faire connaître les possibilités offertes par le secteur minier national.
La séquence marocaine permet surtout au Gabon de porter un message cohérent avec les débats actuels sur l’avenir des industries extractives africaines : la richesse d’un sous-sol ne se mesure plus seulement au volume de minerais extrait, mais aussi à la capacité d’un pays à transformer cette ressource en valeur ajoutée, en emplois, en compétences et en activités industrielles.
À Rabat, Sosthène Nguema Nguema a choisi de défendre cette trajectoire tout en rendant hommage au choix politique du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Une manière pour le Gabon de présenter, devant ses partenaires africains et internationaux, les contours d’une ambition industrielle qui entend désormais dépasser le stade de l’extraction.
Lauritou pour Globe Infos
« Le monde décrypté depuis le Gabon »

