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Cour des comptes du Gabon : Pamphile Moussavou Ibouanga, un choix qui intervient au moment décisif

Nommé Premier président à Port-Gentil, le magistrat prend la tête d’une juridiction confrontée au vaste chantier du recouvrement des débets et amendes accumulés au fil des décennies.

Par Thomas René pour Globe Infos
« Le monde décrypté depuis le Gabon »

Il aurait été difficile d’imaginer une prise de fonction plus observée.

Le 16 septembre, à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature a nommé Pamphile Moussavou Ibouanga Premier président de la Cour des comptes. Quelques jours auparavant, son prédécesseur, Alex Euv Moutsiangou, avait placé au centre du débat public le dossier des quelque 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes prononcés au fil des décennies par la juridiction financière.

Le nouveau responsable de la Cour arrive donc à un moment où l’institution est particulièrement scrutée. Mais réduire sa nomination à ce seul dossier serait passer à côté de l’essentiel.

Car Pamphile Moussavou Ibouanga ne découvre pas la maison.

Un magistrat qui connaît déjà la Cour

La première donnée à retenir est institutionnelle.

La Cour des comptes indique elle-même que son Premier président est choisi parmi les magistrats de l’ordre financier ayant exercé des fonctions élevées. La nomination de Pamphile Moussavou Ibouanga s’inscrit dans ce cadre.

Ce détail compte.

La Cour des comptes n’est pas une administration comme les autres. Elle constitue la juridiction de l’ordre financier et exerce des missions de contrôle et de jugement qui exigent une maîtrise particulière des procédures, des finances publiques et du contentieux financier. Son organisation repose notamment sur des présidents de chambre, des conseillers-maîtres, des magistrats et un parquet général spécialisé.

L’arrivée d’un magistrat déjà familiarisé avec cet environnement donne ainsi à la transition une dimension de continuité professionnelle.

Le défi consiste désormais à passer de la connaissance de l’institution à sa conduite.

Le dossier des 1 700 milliards : une montagne, mais pas un dossier né hier

Le chiffre a frappé les esprits.

Il faut pourtant le regarder avec précision.

Les 1 700 milliards de FCFA évoqués par la Cour des comptes ne correspondent pas à de nouveaux détournements constatés en 2026. Selon les explications données par Alex Euv Moutsiangou à l’Agence gabonaise de presse, il s’agit du cumul de décisions de débets et d’amendes rendues depuis 1985, dont une partie a déjà été payée et une autre reste à recouvrer.

Cette précision change la lecture du dossier.

Pamphile Moussavou Ibouanga n’hérite donc pas d’un scandale financier apparu soudainement sur son bureau. Il prend en charge une situation historique, constituée au fil de nombreuses procédures.

Le véritable enjeu est désormais celui de l’exécution.

L’AGP relevait que certaines procédures pouvaient rester pendantes pendant quinze ou vingt ans, alors que la chaîne normale doit conduire du jugement au débet, puis au paiement, au quitus et enfin à la clôture du dossier.

C’est probablement là que se situe le chantier le plus structurant du nouveau Premier président.

Continuer le travail sans confondre vitesse et précipitation

La transition à la tête de la Cour intervient dans un contexte qui appelle autant de fermeté que de méthode.

Le départ d’Alex Euv Moutsiangou a alimenté de nombreuses interrogations en raison de sa proximité avec l’annonce du vaste plan de recouvrement. Mais aucun élément public ne permet, à ce stade, d’établir que son changement d’affectation constitue une sanction liée à ce dossier. Le communiqué relatif au mouvement des magistrats l’affecte au Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature.

Il serait donc prématuré de transformer une succession institutionnelle en rupture de politique judiciaire.

La question plus concrète est ailleurs : le chantier du recouvrement va-t-il se poursuivre avec la même détermination sous la nouvelle direction ?

La réponse appartient désormais à la Cour.

Une responsabilité qui dépasse un seul chiffre

Pamphile Moussavou Ibouanga aura surtout à inscrire son action dans la durée.

La Cour des comptes affiche officiellement une ambition claire : être une institution crédible et performante, contribuer à la bonne gouvernance et veiller au bon emploi des deniers et des biens publics. Ses valeurs affichées sont le professionnalisme, la responsabilité, l’intégrité et la solidarité.

Ces principes prennent aujourd’hui une dimension très concrète.

Le nouveau Premier président devra contribuer à accélérer le traitement des dossiers, renforcer le suivi des décisions et préserver les garanties attachées à toute procédure juridictionnelle. Le chiffre de 1 700 milliards constitue une partie visible du problème. La question plus profonde est celle de la capacité d’une institution financière à faire vivre ses décisions jusqu’à leur terme.

Dans cette perspective, l’expérience interne de Moussavou Ibouanga peut constituer un élément important de son entrée en fonction : il connaît l’environnement judiciaire dans lequel il est désormais appelé à exercer la première responsabilité.

Reste le plus difficile.

Transformer cette connaissance en résultats institutionnels.

Le temps des actes

La nomination du nouveau Premier président intervient ainsi à un moment où la Cour des comptes doit démontrer sa capacité à conjuguer autorité, célérité et rigueur juridique.

Le dossier des 1 700 milliards lui impose une première obligation : assurer la continuité du traitement des créances financières déjà établies, sans raccourci ni amalgame.

Mais son mandat ne se résumera pas à ce seul chiffre.

Il s’agira également de renforcer la place d’une juridiction dont la mission touche directement à la gestion des ressources publiques. La session du Conseil supérieur de la magistrature tenue à Port-Gentil a précisément été présentée par la présidence comme un moment consacré aux carrières des magistrats et à l’efficacité du service public de la justice.

Pamphile Moussavou Ibouanga arrive donc à la tête de la Cour avec un dossier lourd, une institution très observée et des attentes élevées.

Il possède au moins un avantage de départ : il n’entre pas dans un univers qu’il ignore.

Le reste se jouera désormais dans les décisions, dans leur exécution et dans la capacité de la Cour à rendre mesurables les effets de son action.

STR pour Globe Infos

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