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Dieudonné Ella Oyono : de l’Université Omar Bongo au gouvernement québécois

Formé au Gabon, l’économiste d’origine gabonaise a construit au Canada une carrière de près de vingt ans dans l’enseignement, l’administration économique et la politique. Sa nomination ministérielle interroge la capacité du Gabon à valoriser ses talents et à reconnaître les compétences venues d’ailleurs.

Par Thomas René pour Globe Infos

Certaines nominations dépassent le destin d’un homme. Celle de Dieudonné Ella Oyono, nommé le 21 octobre 2026 ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur du Québec, ainsi que ministre responsable de la région de Laval, en fait partie. Elle consacre un parcours construit dans la durée et ramène le Gabon à une question essentielle : que deviennent les compétences qu’un pays contribue à former lorsqu’elles poursuivent leur carrière ailleurs ?

L’histoire de cet économiste ne se résume pourtant pas à la réussite d’un Gabonais à l’étranger. Elle raconte aussi la rencontre entre une formation acquise à Libreville, des possibilités professionnelles offertes au Québec et une capacité individuelle à saisir les occasions.

De Libreville à Montréal, un projet qui évolue

Avant les responsabilités ministérielles, il y a l’Université Omar Bongo (UOB). Dieudonné Ella Oyono y obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) en sciences économiques. Cette formation constitue le socle gabonais de son parcours, avant son départ pour le Canada.

En septembre 2001, il arrive à Montréal pour poursuivre des études doctorales à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Son voyage a été perturbé par les attentats du 11-Septembre : son avion a dû retourner à Paris. Quelques jours plus tard, il rejoint finalement sa destination.

Dans un portrait publié par l’UQAM, il explique que son objectif initial était d’obtenir un doctorat, puis de rentrer au Gabon pour enseigner. Mais une possibilité professionnelle modifie progressivement ses projets.

En 2005, il commence à enseigner l’économie à l’UQAM. Il poursuit parallèlement ses recherches, sans achever son parcours doctoral. La précision est importante : les sources consultées attestent une scolarité doctorale, pas l’obtention d’un doctorat.

L’économie comme fil conducteur

En 2006, Dieudonné Ella Oyono rejoint le ministère québécois de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. Comme économiste, il contribue notamment à l’élaboration d’une stratégie de développement des exportations du secteur bioalimentaire.

De 2009 à 2016, il travaille au ministère chargé de l’Économie, comme adjoint au directeur régional de Montréal. Il y acquiert une expérience des politiques publiques et du développement économique.

En 2016, il rejoint la Ville de Montréal comme commissaire au développement économique. La suite témoigne d’une progression régulière : chef d’équipe, chef de division, puis directeur de la mise en valeur des pôles économiques. À l’automne 2024, il prend par intérim la direction du Service du développement économique, avant d’être confirmé dans ses fonctions en février 2025.

Cette responsabilité est loin d’être symbolique. Le service intervient sur les priorités économiques de la métropole, notamment le centre-ville, le développement de l’Est de Montréal et le soutien aux petites et moyennes entreprises.

La nomination ministérielle vient ainsi couronner une expérience acquise dans plusieurs institutions. Elle ne repose ni sur ses seules origines ni sur une ascension improvisée, mais sur un parcours professionnel auquel s’ajoute un engagement politique.

De l’administration à la politique

Dieudonné Ella Oyono s’investit au Parti québécois, formation politique souverainiste. En 2018, il se présente dans la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, à Montréal, sans être élu. L’année suivante, il devient président du parti, fonction qu’il exerce de 2019 à 2021.

En 2026, il est élu député dans la circonscription des Plaines, avant d’intégrer le gouvernement dirigé par Paul St-Pierre Plamondon.

Son portefeuille ministériel touche à des domaines stratégiques : les relations internationales, la francophonie et le commerce extérieur. Il place désormais au service du gouvernement une expérience qui associe analyse économique, gestion publique et engagement partisan.

Le présenter uniquement comme un Gabonais consacré à l’étranger serait réducteur. Mais oublier sa formation initiale au Gabon reviendrait à effacer une étape importante de son histoire.

Le Gabon face à ses talents

La trajectoire de Dieudonné Ella Oyono soulève une question qui dépasse son cas personnel : comment maintenir un lien utile avec les compétences formées au Gabon et établies à l’étranger ?

Selon un témoignage transmis à notre rédaction, il aurait souhaité rejoindre l’enseignement universitaire gabonais après sa formation doctorale, mais la lenteur des procédures l’aurait conduit à poursuivre sa carrière au Québec. Cet épisode n’ayant pas été corroboré indépendamment, il doit rester présenté comme un témoignage, et non comme un fait établi.

Le débat reste néanmoins pertinent. Un pays ne doit pas nécessairement faire revenir tous ses diplômés pour bénéficier de leur expérience. L’enseignement ponctuel, les partenariats de recherche, les missions d’expertise et les projets économiques permettent aussi de mobiliser une diaspora. Encore faut-il des procédures claires, des interlocuteurs identifiés et une administration capable de donner suite aux initiatives.

La réussite de Dieudonné Ella Oyono ne prouve pas que l’école gabonaise explique à elle seule son ascension. Son mérite personnel et les possibilités rencontrées au Canada comptent tout autant. Elle rappelle cependant que la formation nationale peut constituer un point de départ solide pour des carrières internationales.

Accueillir les compétences sans renoncer aux règles

Une autre leçon concerne les étrangers qui choisissent de s’installer au Gabon. Leur présence ne constitue pas automatiquement une menace pour les nationaux. Certains apportent des savoir-faire, investissent, entreprennent ou contribuent à la transmission des compétences.

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à encadrer l’immigration, à protéger les emplois nationaux ou à faire respecter les lois. Il s’agit plutôt de distinguer les situations, de répondre aux besoins du pays et d’évaluer les contributions réelles, sans considérer d’emblée les nouveaux arrivants comme des adversaires.

Le Québec a confié des responsabilités importantes à un homme né ailleurs, dont le parcours s’est construit dans ses institutions. Le Gabon peut, lui aussi, mieux organiser la contribution des compétences étrangères tout en créant des passerelles avec ses ressortissants établis à l’extérieur.

La nomination de Dieudonné Ella Oyono invite finalement à dépasser la seule fierté nationale. Former les talents est une première étape ; savoir les mobiliser, maintenir des liens avec ceux qui partent et reconnaître ceux qui viennent d’ailleurs en est une autre. Le véritable enjeu est de faire de la mobilité humaine un levier de développement, plutôt qu’une opposition permanente entre ceux qui restent, ceux qui partent et ceux qui arrivent.

Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon » 

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