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L’élection présidentielle de la FIFA se tiendra en mars prochain. À sept mois du scrutin, l’instance mondiale du football traverse une crise de gouvernance majeure sous la présidence de Gianni Infantino.
Une fronde européenne conteste désormais ouvertement sa gouvernance. Pourtant, le président sortant conserve un soutien déterminant : celui de l’Afrique.
Décryptage avec Vincent Chaudel, économiste du sport et fondateur de l’Observatoire du sport business, interrogé sur les ondes de la RSI.
Une opposition européenne qui sort de l’ombre
Depuis plusieurs mois, les relations entre la FIFA et l’UEFA se dégradent. La tension reste encore contenue, mais elle gagne progressivement l’espace public.
Selon Vincent Chaudel, cette crise repose d’abord sur un déséquilibre économique. L’Europe demeure le principal moteur financier du football mondial trois années sur quatre.
Sur cette période, l’UEFA génère même davantage de chiffre d’affaires que la FIFA. Pour l’économiste, cette puissance économique nourrit donc une revendication.
L’instance mondiale devrait, selon lui, utiliser ses ressources pour développer l’ensemble de ses membres. Elle ne devrait pas seulement renforcer son propre pouvoir.
Cette lecture explique en partie la contestation européenne. Mais l’UEFA reste prudente sur un point essentiel : elle ne présente pas encore de candidat alternatif issu de ses rangs.
Une bataille électorale loin d’être gagnée
La raison est avant tout arithmétique.
La FIFA compte 211 fédérations membres disposant d’un droit de vote. Il faut donc obtenir au moins 106 voix pour franchir la majorité absolue.
Chaque fédération dispose d’une voix. Le poids électoral ne dépend donc ni de la puissance économique du pays, ni de son niveau sportif.
Un candidat exclusivement européen aurait ainsi peu de chances de réunir une majorité. Il devrait convaincre des fédérations d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie.
La contestation européenne se heurte donc à une réalité simple : contrôler le football européen ne suffit pas pour contrôler la FIFA.
L’Afrique, principal socle d’Infantino
Dans cette équation, Gianni Infantino dispose d’un soutien particulièrement important : celui de l’Afrique.
Vincent Chaudel analyse ce soutien moins comme une adhésion politique que comme le résultat d’une relation économique.
De nombreuses fédérations africaines disposent de ressources limitées. Elles bénéficient donc de programmes de financement et d’accompagnement de la FIFA.
Cette dépendance crée un rapport de force favorable à la direction actuelle. Le soutien à Infantino peut ainsi répondre à des intérêts institutionnels très concrets.
L’exemple de la Fédération argentine montre d’ailleurs que cette logique ne concerne pas uniquement l’Afrique.
Confrontée à des difficultés fiscales et à un mécanisme de financement fédéral controversé, l’Argentine a publiquement réaffirmé son soutien au président sortant.
Afrique et Europe, deux blocs décisifs
La Confédération africaine de football pèse lourd dans cette bataille.
Selon les chiffres avancés par Vincent Chaudel en vue du scrutin, l’Europe dispose de 55 voix. L’Afrique en compte 54.
Les deux blocs apparaissent donc presque à égalité.
Cette proximité numérique donne à l’Afrique une importance stratégique considérable. Elle peut contribuer à maintenir Gianni Infantino au pouvoir.
Le président de la FIFA peut aussi mettre en avant plusieurs décisions favorables au football africain.
La Coupe du monde est ainsi passée de 32 à 48 équipes. Le Maroc accueillera également une partie du prochain Mondial.
Ces évolutions renforcent la représentation africaine dans les grandes compétitions internationales.
Vincent Chaudel nuance toutefois cette lecture. Il y voit aussi l’expression d’une stratégie d’influence de la FIFA.
Le football devient un terrain géopolitique
Pour Vincent Chaudel, la crise dépasse largement le cadre du football.
L’économiste, coauteur d’un livre blanc sur la géopolitique du sport avec l’École de guerre économique, décrit une véritable « tectonique des plaques ».
L’Europe et l’Afrique disposent de blocs électoraux importants. Pourtant, aucune des deux régions ne semble capable d’imposer seule son choix.
Le rapport de force pourrait donc se jouer ailleurs.
L’Amérique du Nord et l’Asie pourraient notamment devenir des arbitres décisifs dans cette élection.
Des chefs d’État désormais dans le jeu
La dimension politique du scrutin apparaît également à travers l’implication de plusieurs dirigeants.
Selon Vincent Chaudel, le président français Emmanuel Macron serait intervenu dans le dossier. Le Premier ministre canadien Mark Carney aurait également pris position.
Au Royaume-Uni, plusieurs prises de position ont aussi émergé.
Dans le même temps, la proximité entre Gianni Infantino et le président américain Donald Trump est régulièrement évoquée.
Ces interventions rappellent une réalité ancienne : le football n’évolue jamais complètement à l’écart de la politique.
L’histoire fournit plusieurs précédents.
En 1982, lors de la Coupe du monde organisée en Espagne, le frère de l’émir du Koweït avait fait irruption sur la pelouse.
Six ans plus tôt, la Coupe du monde 1978 s’était déroulée sous l’ombre de la dictature militaire argentine.
Une démission d’Infantino ? Un scénario peu probable
Malgré la pression, Vincent Chaudel juge improbable une démission de Gianni Infantino avant l’élection.
Le président de la FIFA devrait, selon lui, rester en fonction jusqu’au scrutin de mars.
Le véritable danger serait ailleurs : l’émergence d’un candidat alternatif capable de réunir une majorité internationale.
Sans candidature crédible, la contestation européenne risque de rester limitée à une fronde politique.
Vincent Chaudel rapproche cette situation de celle qui avait précédé la chute de Sepp Blatter.
Selon lui, la sortie de l’ancien président de la FIFA ne résultait pas seulement d’une opposition. Elle était aussi liée à l’absence d’alternative durable.
Le prochain président se jouera au-delà de l’Europe
L’élection de mars pourrait donc constituer un tournant majeur pour la gouvernance du football mondial.
L’Europe dispose d’une puissance économique considérable. L’Afrique possède, de son côté, un poids électoral déterminant.
Mais ni l’une ni l’autre ne semble en mesure de décider seule de l’issue du scrutin.
Le prochain rapport de force pourrait ainsi se construire autour de l’Asie et de l’Amérique du Nord.
Derrière la bataille pour la présidence de la FIFA se joue donc une question plus vaste : qui contrôlera demain les équilibres du football mondial ?
Le sport, longtemps présenté comme un espace séparé des rivalités économiques et politiques, démontre une nouvelle fois ses limites.
La FIFA apparaît désormais comme un véritable théâtre de puissance. Son élection présidentielle pourrait en révéler les nouveaux rapports de force.

