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France-Afrique : douze voix plaident pour passer de l’égalité des partenaires à la puissance des partenariats

DÉCRYPTAGE/ Libreville le 05 octobre 2026. Dans une tribune collective, élus, anciens responsables publics, diplomates, acteurs associatifs et représentants des diasporas défendent une nouvelle grammaire de la relation entre la France et les pays africains. Moins d’aide conçue comme une fin en soi, davantage d’investissement, de compétences, d’innovation et de projets capables de créer de la valeur sur les deux rives. Une orientation qui trouve un écho particulier dans la dynamique engagée avec Africa Forward à Nairobi.

Par Thomas René pour Globe Infos « le monde décrypté depuis le Gabon »

Il y a des moments où le changement d’une relation commence par un changement de vocabulaire.

Pendant longtemps, la relation entre la France et l’Afrique a été racontée à travers l’aide, la coopération, les sommets et les accords bilatéraux. Ces instruments restent utiles. Mais ils ne suffisent plus à décrire les attentes d’un continent dont les économies, les ambitions et les partenariats se transforment rapidement.

C’est précisément le déplacement proposé par une tribune intitulée « Dialogue entre la France et les Pays Africains : de l’égalité des partenaires à la puissance des partenariats ».

Douze signataires, issus d’horizons institutionnels, diplomatiques, associatifs et économiques différents, y défendent une idée qui mérite d’être regardée au-delà des formules diplomatiques : la relation franco-africaine doit désormais produire davantage de capacités, de projets et de valeur commune.

La question qu’ils posent est finalement très concrète : que peuvent construire ensemble la France et les pays africains que chacun ne pourrait pas réaliser avec la même efficacité de son côté ?

La réponse ne tient pas dans un nouveau slogan. Elle suppose de changer progressivement la manière de concevoir le partenariat.

De la coopération à la capacité d’agir

C’est le cœur de la tribune.

Les relations franco-africaines ne devraient plus être évaluées seulement au nombre d’accords signés ou de programmes lancés. Elles doivent aussi se mesurer à ce qu’elles permettent de faire naître : des entreprises, des infrastructures, des centres de recherche, des compétences, des chaînes de valeur et des emplois.

Le déplacement est important.

Coopérer, c’est travailler ensemble. Construire des capacités, c’est permettre à chacun de disposer des moyens de poursuivre, d’adapter et d’amplifier ce qui a été entrepris.

Une technologie transférée n’aura pas le même impact si elle reste dépendante d’une expertise extérieure que si elle peut être maîtrisée, adaptée et progressivement produite localement.

Une formation ne prend pas tout son sens au moment où un diplôme est remis. Elle devient réellement stratégique lorsqu’elle permet à un jeune diplômé d’intégrer une entreprise, de créer son activité, d’innover ou de transmettre à son tour ses compétences.

C’est cette logique que les auteurs appliquent à des secteurs aussi différents que la santé, l’énergie, l’agriculture, la pharmacie, le numérique, l’intelligence artificielle ou les services financiers.

Le message est donc moins celui d’un retrait de la coopération que celui de sa transformation.

Il ne s’agit plus seulement de financer des besoins. Il s’agit de renforcer les capacités qui permettront d’y répondre durablement.

Les territoires, là où le partenariat devient concret

Cette évolution ne peut pas rester cantonnée aux capitales.

L’eau, l’assainissement, les transports, les déchets, l’urbanisation, l’énergie ou encore l’accès aux services publics sont des réalités quotidiennes. Elles se vivent dans les villes, les communes et les régions.

La tribune propose donc de donner davantage de place à la coopération décentralisée.

L’idée mérite attention : passer du jumelage principalement symbolique au jumelage de projets. Faire de deux collectivités partenaires non plus seulement des interlocuteurs institutionnels, mais des acteurs capables de travailler ensemble sur un problème identifié et d’en mesurer les résultats.

Une collectivité française pourrait ainsi accompagner une ville africaine dans la modernisation de ses services publics. Une autre pourrait travailler sur la gestion des déchets, l’eau, la mobilité, l’aménagement urbain ou la formation des agents.

Le partenariat prend alors une autre dimension.

Il quitte les salles de réunion pour entrer dans la vie quotidienne.

La composition du collectif donne d’ailleurs du poids à cette proposition. Parmi les signataires figure Boubakar Ngouwa Guingo Mayaki, quatrième maire-adjoint de Port-Gentil chargé des relations internationales et de la coopération décentralisée. Tatiana Niamayoua, conseillère du 7e arrondissement de Lyon, apporte également une expérience territoriale.

À leurs côtés figurent d’anciens responsables publics, des diplomates, des acteurs associatifs et des représentants des diasporas.

Cette diversité est importante. Elle montre que la relation franco-africaine ne peut plus être pensée uniquement comme une affaire entre présidents, ministres et administrations centrales.

Les diasporas, un capital encore sous-exploité

Il existe entre la France et l’Afrique une infrastructure humaine que les politiques publiques ne mesurent pas toujours à sa juste valeur.

Des entrepreneurs connaissent les deux marchés. Des médecins exercent sur les deux rives. Des chercheurs collaborent avec plusieurs universités. Des ingénieurs, des cadres et des étudiants circulent entre les deux espaces.

Les diasporas constituent ainsi des passerelles naturelles.

La tribune invite à aller plus loin en facilitant la mobilité des compétences, la reconnaissance des qualifications, la création d’incubateurs communs ou encore la mise en place de mécanismes de co-investissement.

La proposition est particulièrement intéressante pour la jeunesse et les PME.

Car la prochaine étape de la relation franco-africaine ne se jouera pas uniquement autour des grands groupes et des États. Elle se jouera aussi dans les start-up, les laboratoires, les universités, les PME et les réseaux d’entrepreneurs.

C’est à ce niveau que les liens humains peuvent devenir un véritable avantage économique.

La France devra convaincre par la valeur de son offre

La tribune ne cherche pas à restaurer un quelconque tête-à-tête exclusif.

Elle reconnaît au contraire une réalité devenue incontournable : les pays africains diversifient leurs partenaires.

Europe, Asie, Amériques, monde arabe et pays du Golfe proposent aujourd’hui des financements, des technologies, des infrastructures et des marchés. Cette diversification traduit aussi une volonté croissante des États africains de choisir leurs partenariats en fonction de leurs intérêts.

Pour la France, ce nouvel environnement peut être vu comme une contrainte.

Il peut aussi devenir une opportunité.

Elle conserve des atouts importants : proximité historique et humaine, universités, centres de recherche, entreprises, réseaux culturels et espace linguistique partagé. Mais ces avantages ne peuvent plus être considérés comme acquis.

Le partenariat doit être compétitif.

Les auteurs le formulent avec une certaine franchise : l’histoire ne garantit pas un contrat, la langue ne garantit aucune préférence et l’amitié ne dispense pas de faire ses preuves.

C’est probablement l’une des idées les plus saines de la tribune.

Elle reconnaît aux partenaires africains une liberté de choix tout en invitant la France à améliorer son offre. La relation devient alors moins dépendante de l’héritage et davantage fondée sur la pertinence des projets.

Un pays africain plus autonome n’est pas nécessairement un pays plus éloigné de la France.

Il peut au contraire devenir un partenaire plus solide lorsqu’il dispose d’universités performantes, d’entreprises compétitives, d’ingénieurs qualifiés, d’une capacité industrielle et de moyens financiers pour investir.

L’autonomie ne détruit pas le partenariat. Elle peut lui donner des bases plus équilibrées.

Nairobi : le discours commence à rencontrer une nouvelle réalité

La démarche défendue par les douze signataires intervient dans un contexte où la France cherche elle aussi à faire évoluer son approche du continent.

Les 11 et 12 mai 2026, la France et le Kenya ont coorganisé à Nairobi le sommet Africa Forward, consacré notamment à l’innovation, à la croissance et aux investissements. Le choix du Kenya n’est pas anodin : il inscrit cette initiative dans un dialogue qui dépasse l’espace traditionnellement francophone.

Les annonces financières donnent une mesure de l’ambition affichée. 23 milliards d’euros d’investissements en Afrique ont été annoncés, dont 14 milliards d’investissements français et 9 milliards africains. Le forum économique organisé autour du sommet a réuni plus de 1 500 chefs d’entreprise, entrepreneurs et investisseurs.

Ces chiffres ne suffisent évidemment pas à mesurer les résultats d’une politique.

Mais ils témoignent d’une évolution intéressante du discours : l’investissement, l’innovation, l’entrepreneuriat et la création de valeur occupent désormais une place centrale dans le dialogue.

C’est précisément ce que défend la tribune.

Les deux démarches ne sont pas identiques. Elles se situent toutefois sur un terrain commun : celui d’une relation qui cherche davantage à produire qu’à simplement promettre.

Le plus difficile commence maintenant

C’est ici que la prudence journalistique s’impose.

Une tribune peut ouvrir une voie. Un sommet peut annoncer des milliards. Un accord peut fixer un cadre.

Mais rien de tout cela ne remplace l’exécution.

Un investissement annoncé doit devenir un projet financé. Un projet financé doit devenir une infrastructure, une entreprise ou un service opérationnel. Une formation doit déboucher sur des compétences réellement utilisables. Une coopération universitaire doit produire des chercheurs, des innovations ou des entreprises.

Le défi est donc moins de convaincre sur le principe que de démontrer dans les faits.

Sur ce terrain, plusieurs conditions seront déterminantes : la qualité du financement, la sécurité juridique, la capacité des administrations à conduire les projets, l’accès aux marchés, la formation technique et la possibilité pour les entreprises africaines de prendre une place réelle dans les chaînes de valeur.

C’est précisément pourquoi la démarche défendue par la tribune mérite d’être encouragée sans être sanctuarisée.

Elle propose un cap pertinent. Le débat doit désormais porter sur les moyens de le rendre opérationnel.

Faire de l’égalité une capacité commune

Le mérite principal de cette initiative est finalement de déplacer le regard.

La question n’est plus seulement : que peut faire la France pour l’Afrique ?

Elle devient : que peuvent faire ensemble des partenaires africains et français qui disposent chacun de leurs propres intérêts, de leurs compétences et de leurs ambitions ?

La nuance est considérable.

Elle suppose une Afrique capable de choisir, de négocier et d’investir. Elle suppose aussi une France qui accepte de convaincre par la qualité de ses projets plutôt que par le seul poids de son histoire.

Elle invite surtout à regarder la relation franco-africaine comme une relation économique, scientifique, technologique, territoriale et humaine, et plus seulement comme une relation diplomatique.

C’est peut-être là que la référence à Senghor prend tout son relief.

La langue commune peut faciliter le dialogue. Elle peut aussi devenir un outil de circulation des savoirs, des talents, des capitaux et des innovations.

À condition de la faire vivre.

L’égalité des partenaires ne prendra véritablement corps que lorsqu’elle produira des capacités communes à agir, à investir et à créer.

Les signataires ont posé une direction. La dynamique engagée entre la France et les pays africains montre que cette réflexion trouve déjà des prolongements dans l’agenda économique et diplomatique.

Le prochain rendez-vous sera celui du réel.

Une ville modernisée. Une PME financée. Une technologie maîtrisée. Un laboratoire partagé. Un jeune formé et employé. Une chaîne de valeur créée sur le continent.

C’est à cette échelle que se mesurera la réussite du nouveau partenariat.

Après l’égalité des partenaires, la puissance de l’action commune reste à construire. Mais, cette fois, le chantier semble clairement identifié.

Les signataires de la tribune

Gérard Andrialemirovason — Ancien directeur général de la Présidence de la République de Madagascar.

Yaye Awa Mbacké — Ancienne vice-consule du Sénégal à Paris ; ancienne ministre-conseillère auprès du président de la République Macky Sall.

Pierre-Emanuel Kentouri Bonod — Vice-président chargé des diasporas, United Nations Federation (UNF).

Betty Niangi Bikuidi — Chargée des alliances au sein de la cellule diplomatique du ministère délégué à la Francophonie.

Boubakar Ngouwa Guingo Mayaki — Quatrième maire-adjoint de Port-Gentil, chargé des relations internationales et de la coopération décentralisée.

Tatiana Niamayoua — Conseillère du 7e arrondissement de Lyon ; chevalière de l’Ordre du Mérite du Congo.

Théo Thibaut-Pinon — Secrétaire général de la délégation du Royaume Sanwi en Europe.

Amel Ayari — Présidente de l’Association française pour les échanges scientifiques, culturels et économiques.

Amar Dib — Juge-médiateur international et écrivain ; chevalier de la Légion d’honneur.

Nora Beni — Directrice de production.

Johnley Israël — Responsable de la cellule coopération de l’ambassade de la République d’Haïti près la République française.

Fatiha Chantal — Conférencière et journaliste.

Globe Infos présente les qualités des signataires telles qu’elles figurent dans la tribune consultée.

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