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Gabon : la continuité gouvernementale à l’épreuve des résultats

Cinq jours après le remaniement gouvernemental, Hermann Immongault a défendu sur Gabon 24 le choix de la continuité. Une stratégie qui ne vaudra que par ses résultats : de l’électricité aux soins de santé, en passant par l’eau et la crédibilité électorale, les urgences du Gabon ne peuvent plus attendre.

Décembre 2026. Le vice-président du gouvernement a fixé lui-même l’échéance, vendredi 16 octobre, sur le plateau de « 26 EN PLUS » : près de 125 mégawatts pour le Grand Libreville, 50 pour Port-Gentil. Il parlait cinq jours après un remaniement. Le calendrier n’a rien d’anodin. Il dit à quoi ce gouvernement accepte d’être jugé : des résultats datés.

Continuité gouvernementale : ce qui change, ce qui demeure

Le 11 octobre, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a retouché son équipe. Huit ministres entrent, cinq sortent, et le gouvernement compte désormais 32 membres, selon la presse gabonaise et l’AFP. L’Éducation nationale change de titulaire. Le Commerce et l’Industrie fusionnent sous l’autorité d’Emmanuel Eyeghe Nze, qui devient aussi porte-parole du gouvernement. Hermann Immongault, vice-président du gouvernement depuis le 1er janvier 2026, conserve son poste.

Cinq jours plus tard, il a donné la lecture officielle de ce mouvement. « Ce Gouvernement a pour mission de poursuivre et d’accélérer la mise en place de son projet de société », a-t-il déclaré. Il revendique une « continuité stratégique », car « l’essentiel des portefeuilles régaliens est en place ». Le mot compte : l’essentiel, pas la totalité.

Une cohérence qui se vérifie portefeuille par portefeuille

Pour juger ce remaniement, les déclarations ne suffisent pas : il faut confronter la nouvelle organisation à des faits vérifiables et à des résultats mesurables. Trois repères s’imposent.

D’abord, la stabilité là où se joue la crédibilité financière. L’équipe économique reste en place, et Thierry Minko conserve la charge d’un projet de budget 2027 en hausse de 727,9 milliards de FCFA par rapport à la loi de finances rectificative 2026, d’après la presse économique. Changer de pilote à ce stade aurait eu un coût. Le gouvernement a choisi de ne pas le payer. Le portefeuille de Thierry Minko porte d’ailleurs la mention « Lutte contre la vie chère », partagée avec son ministre délégué Marc Abeghe : le pouvoir d’achat reste une priorité affichée.

Ensuite, la réunion du Commerce, de l’Industrie et de la Transformation. Elle place une même chaîne de valeur sous une seule autorité. Cette lecture reste une analyse de notre rédaction : aucun texte officiel consulté ne l’énonce en ces termes.

Enfin, l’eau et l’énergie. Le Conseil des ministres du 8 octobre portait sur les difficultés d’approvisionnement en carburant, en eau et en électricité. Trois jours plus tard, le portefeuille de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie revient à Olivier Mouckocko. Le lien entre les deux dates est tentant. Pourtant, aucune source officielle ne l’établit.

Reste un point que l’honnêteté commande de souligner. Selon la presse, l’Intérieur change de mains : la composition publiée le confie à Edgard Moukoumbi, assisté d’un ministre délégué, Malcom Emery Djenno Ngomanda. Or ce ministère relève du noyau régalien. La formule d’Hermann Immongault tient donc, mais elle tient parce qu’elle dit « l’essentiel ». Sa feuille de route, elle, n’a pas été présentée.

Le test de décembre : l’électricité et la SEEG

Le vice-président s’est réjoui du lancement de cinq centrales. Selon lui, elles apporteront près de 125 MW au Grand Libreville et 50 MW à Port-Gentil. Leur mise en service est annoncée d’ici décembre 2026. Moins de trois mois séparent cette annonce de l’échéance.

L’annonce n’est pas encore un fait. C’est précisément ce qui la rend intéressante : elle expose son auteur. Si les mégawatts arrivent, la thèse de la continuité efficace sort renforcée. S’ils tardent, le gouvernement aura offert lui-même la mesure de son retard. Le respect de la date reste toutefois un indicateur, pas un verdict : encore faut-il que le courant atteigne les foyers, ce qui dépend aussi du réseau de distribution et de la maintenance.

Sur la SEEG, le ton change. « La scission de la SEEG se fera dans les normes », a promis Hermann Immongault. La société et ses partenaires examinent les obligations juridiques d’une transmission universelle de patrimoine, mécanisme qui fait passer un patrimoine en bloc d’une entité à une autre. Cette prudence rassure sur la forme. Elle ne dit rien encore du calendrier, ni de ce que les abonnés verront changer à leur compteur.

Santé, frontières, urnes : des chantiers sans raccourci

Sur la santé, le vice-président a annoncé 5 milliards de FCFA mis à la disposition de la CNAMGS pour soutenir les prestataires de soins. Puis il a ajouté une phrase rare dans la communication publique : « C’est une réponse urgente, mais cela ne règle pas toute la question. » Il plaide donc pour une réforme structurelle. L’aveu est utile, car il distingue la trésorerie du système.

Sur l’immigration, il décrit une réponse « à la fois sécuritaire et économique » : mieux contrôler les frontières, mieux gérer les secteurs d’activité, garantir l’emploi aux Gabonais. Le périmètre reste large. Les mesures concrètes, elles, n’ont pas été détaillées dans l’entretien.

Sur les urnes, enfin, il veut « remettre à plat le fichier électoral » et réfléchir à une loi rendant le vote obligatoire. L’idée ouvre un vrai débat, entre devoir civique et liberté de choix. À ce stade, l’entretien ne mentionne aucun projet de texte.

Ce que l’opinion est en droit d’exiger

Le contrepoint existe, et il est sobre. Dès le 12 octobre, le site Infos Gabon écrivait que la réussite de la nouvelle séquence dépendrait moins des intitulés ministériels que de la capacité à transformer les orientations en réalisations mesurables. Nous partageons ce critère. Il vaut pour le gouvernement comme pour ceux qui le commentent.

Sur le terrain, la lecture est plus nuancée que celle du pouvoir comme celle de ses critiques. François Bibang, enseignant retraité du quartier Cocotier, dans le 2e arrondissement de Libreville, interrogé par un reporter de Globe Infos juste après l’annonce du remaniement, voit dans le remaniement un ajustement, et dans chaque ajustement une volonté d’améliorer. Il émet pourtant une réserve : « on aurait dû laisser l’éducation nationale tranquille », estime-t-il, car un changement en pleine année scolaire peut provoquer des bouleversements. Chaque ministre arrive avec son équipe, rappelle-t-il, ce qui complique des ministères déjà complexes. Mais il s’en remet au chef de l’État : « c’est le chef de l’État qui décide et qui connaît son équipe. Nous, on observe tout simplement. »

L’objection touche un point sensible. L’Éducation nationale change de titulaire, et la continuité promise ne s’y applique donc pas. Le gouvernement devra montrer que l’année scolaire en cours ne s’en ressent pas.

Globe Infos n’a pas encore recueilli de réaction de l’opposition ni d’organisations de la société civile. Nous publierons celles qui nous parviendront, ainsi que toute demande de droit de réponse.

La grille d’évaluation est simple : les mégawatts effectivement injectés sur le réseau, le calendrier publié de la scission de la SEEG, le sort du vote obligatoire (projet de loi ou simple idée) et l’usage réel des 5 milliards de FCFA destinés à la CNAMGS. Ces quatre indicateurs permettront de distinguer les annonces des résultats.

Le 31 décembre, le Gabon comptera ses mégawatts. Que répondra-t-on alors à celui qui compte encore ses coupures ?

Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon » 

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