Libreville, le 27 septembre 2026. 209,22 milliards de FCFA de manque à gagner au premier semestre 2026.
Par STR pour Globe Infos
Le chiffre impose d’abord de mesurer l’enjeu. En six mois, l’État estime à 209,22 milliards de FCFA les recettes non perçues au titre des exonérations et autres abattements douaniers. Une somme considérable pour les finances publiques, alors que le Gabon cherche à renforcer ses recettes et à mieux maîtriser ses dépenses.
Mais ce montant, aussi spectaculaire soit-il, ne permet pas encore de tirer toutes les conclusions.
Des exonérations qui répondent à des objectifs économiques
Le recours aux régimes douaniers dérogatoires ne constitue pas une nouveauté au Gabon. Les pouvoirs publics les utilisent notamment pour accompagner certaines politiques économiques et sociales.
La lutte contre la vie chère a ainsi conduit l’État à accorder des avantages sur certains produits de première nécessité. L’objectif consiste à réduire leur coût à l’importation et, en principe, à favoriser une baisse ou une limitation des prix sur le marché intérieur.
Les grands projets d’infrastructures peuvent également bénéficier de dispositifs spécifiques. Une entreprise engagée dans un chantier peut, sous certaines conditions, importer des équipements, des machines ou des engins avec des allègements douaniers.
Le mécanisme repose donc sur un arbitrage : l’État renonce à une recette immédiate en échange d’un bénéfice économique ou social attendu.
La question posée par les 209,22 milliards est différente. Elle concerne désormais la maîtrise du dispositif et son efficacité réelle.
Que recouvrent les 209,22 milliards de FCFA ?
Le montant global ne suffit pas à comprendre la situation.
L’audit annoncé par le gouvernement devra notamment identifier les bénéficiaires, les secteurs concernés, les marchandises importées et les régimes juridiques utilisés. Il devra aussi distinguer les avantages accordés aux grands projets, ceux liés aux produits de première nécessité et les autres dispositifs préférentiels.
Cette ventilation sera déterminante.
Le contexte de 2026 mérite également d’être pris en compte. La multiplication des chantiers et des projets d’infrastructures peut entraîner davantage d’importations de matériels et, mécaniquement, accroître le volume des exonérations.
Selon une source proche du ministère de l’Économie, cette dynamique peut expliquer une partie de la progression observée. Elle ne permettrait toutefois pas, à elle seule, d’expliquer l’écart relevé entre les exercices précédents et le premier semestre 2026.
C’est précisément ce différentiel que l’audit devra documenter.
Sans ventilation détaillée, le chiffre alerte. Il ne permet cependant pas encore de distinguer le coût normal des politiques publiques d’éventuelles irrégularités.
Qui décide et qui contrôle ?
L’autre enjeu concerne la chaîne de décision.
L’attribution des avantages fiscaux et douaniers obéit à des règles qui varient selon les régimes concernés. Plusieurs niveaux de responsabilité peuvent donc intervenir dans le processus, notamment au sein du ministère de l’Économie et de l’administration des Douanes.
La période 2023-2026 conduira ainsi les auditeurs à examiner les décisions prises sous plusieurs responsables successifs.
Les conventions, autorisations, déclarations d’importation, montants exonérés et contrôles effectués devront être confrontés.
Une série de questions s’impose : qui a demandé l’avantage ? Qui l’a instruit ? Qui l’a autorisé ? Pour quelle durée ? Et quels contrôles ont suivi ?
Cette méthode permettrait d’éviter de rechercher trop rapidement un responsable unique. Une éventuelle irrégularité peut intervenir à plusieurs étapes : lors de la demande, de l’autorisation, du dédouanement ou encore du contrôle de l’utilisation des marchandises.
Le véritable risque : un avantage utilisé hors de son objet
Le principe d’une exonération n’est donc pas nécessairement contestable. Le problème apparaît lorsque l’avantage accordé ne correspond plus à sa finalité.
Un régime destiné aux équipements d’un chantier doit pouvoir être rapproché des besoins réels de ce projet. De même, un dispositif conçu pour les produits de première nécessité doit concerner les marchandises effectivement éligibles.
L’audit devra donc confronter les conventions aux opérations douanières. Les volumes importés, la nature des marchandises, les montants exonérés et les conditions d’utilisation devront être vérifiés.
Certaines pratiques de contournement peuvent être envisagées : marchandises ne correspondant pas à l’objet d’une convention, avantages prolongés au-delà de leur durée ou produits bénéficiant indûment d’un régime préférentiel.
Mais à ce stade, ces hypothèses restent des pistes de contrôle. Elles ne peuvent devenir des faits qu’après vérification.
Après la suspension, le temps de la transparence
En suspendant l’octroi de nouveaux avantages depuis le 9 septembre et en lançant un audit sur 2023-2026, le gouvernement ouvre une nouvelle séquence : celle de l’évaluation du coût réel des régimes dérogatoires.
Pour l’opinion publique l’enjeu dépasse le seul montant de 209,22 milliards de FCFA. Celui-ci ouvre la voie à une panoplie de questions :
– dans cet exercice qui a droit à la décision ?
– le ministre n’est là que depuis janvier 2026 et le DG de la douane depuis 3 ans ou presque qui des deux peut mieux éclairer les lanternes ?
À la question de savoir où est réellement passé ce reliquat que s’est-il passé ces trois dernières années ?
« Des deux personnalités et au regard de la période ciblée, le DG serait la personne idéale si l’on veut mieux comprendre. » Confie une source
Car, il s’agit de savoir à quoi l’État a renoncé, au bénéfice de quels opérateurs, sur quelle base juridique et avec quelles contreparties économiques ou sociales.
L’audit devra donc aller au-delà de la confirmation du chiffre. Il devra établir le nombre de bénéficiaires, retracer les décisions, identifier les conventions concernées et évaluer les contrôles exercés.
C’est à cette condition que les 209,22 milliards cesseront d’être un simple montant comptable pour devenir un véritable outil de lecture de la politique douanière gabonaise.
Lauritou pour Globe Infos
« Le monde décrypté depuis le Gabon »
