Gabon : Les 100 jours de Sosthène Nguema Nguema, l’architecte de la nouvelle souveraineté minière

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Grand oral réussi pour le patron des Mines. À l’occasion de l’émission spéciale dressant le bilan des 100 premiers jours du gouvernement de la Cinquième République, ce jeudi 4 juin 2026, Sosthène Nguema Nguema, sous l’impulsion du président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA, a exposé sa stratégie pour le secteur extractif. Entre la révision globale du Code minier, une diplomatie offensive et l’obsession de la transformation locale, Libreville se repositionne au centre de l’échiquier mondial.

Par Thomas René / Globe infos Libreville, Gabon

À Libreville, le débat sur les ressources naturelles a changé de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’extraire la roche pour l’envoyer au loin, mais de bâtir une véritable souveraineté économique. Invité ce jeudi 4 juin 2026 sur le plateau de l’émission spéciale dédiée aux 100 premiers jours du gouvernement de la Cinquième République, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a choisi de bousculer les codes de l’exercice pour livrer un plaidoyer sans concession. Face aux journalistes, l’homme a exposé la transformation d’une vieille rente passive en un outil de puissance géopolitique. Porté par la vision du président Brice Clotaire Oligui Nguema, ce grand oral a permis de mesurer le chemin parcouru à marche forcée, mais aussi de confronter les ambitions ministérielles aux réalités quotidiennes des Gabonais.

La méthode du choc et de la rigueur administrative

Pour comprendre ce début de mandat, il faut analyser la méthode de travail imposée au sommet. Sosthène Nguema Nguema a immédiatement instauré une discipline rigoureuse au sein de ses équipes. Finis les dossiers stratégiques qui s’empilent et dorment des mois sur les bureaux de l’administration. Le ministre a fait le choix d’une centralisation des décisions pour briser les lourdeurs bureaucratiques traditionnelles, estimant que chaque heure perdue équivaut à une parcelle de souveraineté concédée.

Cette reprise en main montre déjà des résultats visibles sur le terrain. Les circuits d’attribution des permis d’exploitation sont désormais passés au crible et la traçabilité de la production gagne en clarté. Le Gabon n’attend plus passivement qu’on vienne lui dicter sa conduite, il fixe ses propres exigences face aux géants industriels. Reste que ce rythme effréné bouscule l’appareil administratif et pose le défi du contrôle continu, indispensable pour que l’urgence économique n’éclipse pas les normes environnementales.

Un texte modernisé pour rebattre les cartes

Le véritable coup de force de ce premier trimestre reste sans conteste le grand ménage législatif entrepris par l’exécutif. L’ancien Code minier, devenu obsolète face aux mutations du marché international, vit ses dernières heures. Le gouvernement a d’ailleurs déjà validé plus de la moitié des quatorze projets de lois mis sur la table par le ministère. Devant les caméras, Sosthène Nguema Nguema a affiché une confiance totale quant aux retombées de ce chantier :
« Les jalons ont été posés. Dès cette fin d’année, nous allons ressentir les effets des réformes engagées sur le plan juridique et organisationnel », a-t-il martelé durant l’émission.

Cette refonte ne cherche pas à cosmétiquer le secteur, elle change sa philosophie de fond. D’un côté, elle offre une visibilité fiscale indispensable pour rassurer les capitaux étrangers sur le long terme. De l’autre, elle impose un patriotisme économique strict : l’État revoit ses participations à la hausse et oblige les multinationales à faire travailler en priorité le tissu d’entreprises locales.

Une diplomatie décomplexée sur la scène internationale

Cette fermeté intérieure se prolonge tout naturellement à l’international. Profitant d’un contexte national apaisé, le ministre mène une diplomatie minière particulièrement offensive. Le temps où le Gabon attendait sagement l’investisseur dans ses bureaux est révolu. Sosthène Nguema Nguema voyage, présente le nouveau Cadastre minier national et discute d’égal à égal avec les grandes puissances industrielles. En exigeant que chaque contrat s’accompagne d’investissements concrets dans les infrastructures du pays, Libreville fait désormais de son sous-sol une arme diplomatique majeure.

L’impératif industriel : l’or, le fer et le manganèse

Au cœur de la doctrine ministérielle se trouve un mot d’ordre absolu : industrialiser la production. Dans le secteur de l’or, la traque des réseaux d’orpaillage clandestins s’est intensifiée. L’objectif est de regrouper les artisans locaux au sein de coopératives encadrées et de tracer chaque gramme de métal jaune pour réinjecter ces flux financiers dans l’économie formelle.
Pour le manganèse et le fer, le message envoyé aux exploitants est encore plus direct : le temps de l’exportation brute est terminé. Les opérateurs doivent maintenant traiter et transformer la matière sur place. C’est le seul moyen de capter la valeur ajoutée qui échappait autrefois au pays et de protéger le budget national des tempêtes sur les marchés mondiaux.

Cette ambition se heurte pourtant à un défi de taille, celui des compétences nationales. Pour transformer le Gabon en usine, il faut des bras et des cerveaux qualifiés. Le ministère multiplie donc les recrutements techniques et s’appuie sur les structures académiques du pays. L’École de métallurgie de Moanda et l’Université de Masuku se préparent à doubler leurs effectifs pour former cette nouvelle génération d’ingénieurs et de techniciens gabonais.

Du chiffre au quotidien : l’épreuve du social

Mais pour le grand public, la réussite d’une politique ne se mesure pas au nombre de décrets adoptés, elle se lit sur le marché de l’emploi. Conscient de cette immense attente populaire, le ministre a profité de sa tribune médiatique ce jeudi pour jouer la carte des engagements chiffrés. Selon ses prévisions, la seule transformation locale du manganèse est capable de générer 16 000 emplois directs et indirects.

Même le gigantesque projet de fer de Belinga, qui n’en est pourtant qu’à sa phase d’évaluation technique, fait déjà travailler près de 900 personnes. Sosthène Nguema Nguema a appelé la jeunesse à la patience tout en l’invitant à faire des choix d’études utiles, résolument orientés vers ces métiers techniques. L’économie se diversifie pas à pas, avec l’ambition assumée de porter à terme la contribution du secteur minier à plus de 20 % de l’assiette fiscale du pays.

Le réseau électrique national pourra-t-il suivre la cadence ?

Le grand défi de cette industrialisation à marche forcée ne sera pas uniquement juridique, il sera énergétique. Transformer le manganèse ou le fer sur place exige une quantité d’électricité colossale que le réseau national peine encore à fournir de manière parfaitement stable. L’administration parviendra-t-elle à bâtir les infrastructures énergétiques à temps pour alimenter ses nouvelles ambitions industrielles ? Le gouvernement saura-t-il tenir fermement le cap de la souveraineté sans décourager les partenaires étrangers indispensables ? Les prochains mois nous diront si ce grand oral du 4 juin marquera le début d’un âge d’or industriel ou le sommet d’un immense défi logistique pour la Cinquième République.

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