À Okala, les deux responsables ont placé leurs traditions, leurs prières et leur héritage spirituel au service d’un même idéal : l’unité et le bien du Gabon.
Par Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
À Okala, dans la commune d’Akanda, une veillée conjointe a réuni, dans la nuit du 19 au 20 septembre 2026, des initiés des rites Ndendé et Bouanga. Portée par Dr h.c. Obono Essono Pureté Joly et Me Nkoulou Meyié Théophile, la rencontre a placé le Gabon au centre des prières, des chants, des danses et des consultations rituelles.
À Okala, une nuit placée sous le signe du Gabon
Il est un peu plus de 22 heures lorsque les premiers tambours commencent à résonner à Okala.
Autour du feu et des torches, les participants se rassemblent. Les chants montent progressivement, accompagnés par les instruments traditionnels. La nuit prend une autre tonalité.
Dans cet espace consacré aux pratiques initiatiques, une rencontre singulière commence : deux traditions spirituelles gabonaises ont choisi de se retrouver autour d’une même cause, le Gabon.
La veillée est portée conjointement par Dr h.c. Obono Essono Pureté Joly, présentée comme la mère spirituelle du rite Ndendé, et Me Nkoulou Meyié Théophile, qui accueille la cérémonie sur son site.
Dès l’ouverture, le ton est donné.
Me Nkoulou Meyié Théophile évoque ce qu’il perçoit spirituellement comme un « nuage sombre » au-dessus du pays.
« Ma sœur et moi-même avions constaté spirituellement qu’il y a un nuage sombre qui sillonne le ciel gabonais », explique-t-il devant les participants.
Pour les deux promoteurs, cette perception appelle une mobilisation spirituelle. Il s’agit de réunir les initiés, d’invoquer les ancêtres et de prier pour le Gabon.
« Que le Gabon soit illuminé, surtout en paix avec lui-même, mais aussi avec tous ses voisins et les malades guéris », conclut-il.
Le Ndendé ouvre la cérémonie
La première séquence revient au Ndendé, sous la conduite de Dr h.c. Obono Essono Pureté Joly.
La cérémonie débute par une prière adressée à Dieu, présenté par les participants comme le maître des temps et des circonstances.
Puis les chants prennent le relais.
Les tambours donnent la cadence. Le balafon, les sifflets et la trompette viennent compléter les sonorités. Autour du feu, les initiés dansent selon les codes propres à leur tradition.
Pendant près de deux heures, la séquence Ndendé se poursuit dans cette atmosphère faite de chants, de danses et de prières.
Au fil de la nuit, des consultations sont également organisées. Certains participants viennent solliciter des prières, des révélations ou un accompagnement spirituel. Des personnes se présentant comme malades sont également reçues dans le cadre rituel.
La cérémonie ne se limite donc pas à une succession de chants et de danses. Elle constitue, pour ceux qui y prennent part, un moment de prière, de consultation et de connexion avec leur univers spirituel.
« Deux rites sœurs » pour une même cause
Pour Dr h.c. Obono Essono Pureté Joly, l’essentiel de cette rencontre se trouve dans le rapprochement entre les deux traditions.
« Le plus important est que ce sont deux rites sœurs qui s’unissent pour la cause Gabon », affirme-t-elle.
Le Ndendé et le Bouanga conservent chacun leur identité, leurs pratiques et leurs codes. Mais leurs différences ne constituent pas, cette nuit-là, un obstacle à la convergence.
La responsable insiste sur cette dimension lorsqu’elle déclare :
« La veillée de cette nuit prouve tout simplement que les ancêtres de notre pays sont un et indivisible quelque soit le rite. »
Son message dépasse alors le cercle des initiés.
« Je profite d’ailleurs de cette tribune pour exhorter toutes les spécialités de notre pays à penser d’abord Gabon au-delà de nos différences », ajoute-t-elle.
À travers cette rencontre, les promoteurs veulent ainsi faire de la diversité des traditions une force de rassemblement.
À une heure, le Bouanga prend le relais
Vers une heure du matin, la cérémonie change de rythme.
Me Nkoulou Meyié Théophile lance la séquence consacrée au Bouanga.
Les chants reprennent. Les prières se poursuivent. Les cris et les sonorités traditionnelles se mêlent aux battements des instruments.
Le décor reste le même : le feu, les torches et l’obscurité de la nuit. Mais une nouvelle expression rituelle prend désormais possession de l’espace.
Comme lors de la première séquence, les consultations se poursuivent au fil des heures. Des participants viennent rechercher des prières, des réponses ou un accompagnement dans le cadre de la tradition.
Les organisateurs rapportent également des révélations et différentes formes de prise en charge spirituelle.
À la fin de la cérémonie, plusieurs participants font part de leur satisfaction quant au déroulement de la veillée et à leur expérience personnelle.
Des traditions différentes, une même prière
À mesure que la nuit avance, la fatigue gagne les participants. Pourtant, le sens de la rencontre reste intact.
Le Ndendé n’a pas eu besoin de renoncer à son identité pour rencontrer le Bouanga.
Le Bouanga n’a pas davantage eu besoin d’effacer ses particularités.
Chacun a conservé ses rites, ses rythmes et ses pratiques.
Mais les deux traditions ont accepté, le temps d’une nuit, de placer leur expression spirituelle autour d’un même objectif : le Gabon.
C’est là que réside la singularité de cette initiative portée par Dr h.c. Obono Essono Pureté Joly et Me Nkoulou Meyié Théophile.
L’unité recherchée n’est pas présentée comme une uniformisation. Elle repose plutôt sur la capacité de traditions différentes à se retrouver autour d’une cause commune.
La force spirituelle des rites et coutumes
La veillée d’Okala remet également en lumière la place accordée aux rites et aux coutumes dans la vie spirituelle et culturelle de ceux qui les pratiquent.
Les chants, les danses, les instruments, les prières, les consultations et les gestes rituels participent à la transmission d’un héritage.
Pour les initiés, ces pratiques ne sont pas de simples manifestations culturelles. Elles s’inscrivent dans une relation plus profonde à la spiritualité, à la mémoire et aux ancêtres.
La rencontre entre le Ndendé et le Bouanga donne ainsi à voir une autre dimension de la diversité gabonaise : celle de traditions qui peuvent préserver leurs spécificités tout en cherchant à contribuer à une œuvre commune.
Cette convergence constitue précisément le message que les deux promoteurs ont voulu porter à Okala.
Le Gabon comme bien commun
Lorsque les premières lueurs du jour apparaissent, la veillée touche à sa fin.
Plusieurs heures se sont écoulées depuis les premiers tambours. Le feu a accompagné les chants, les prières et les danses jusqu’au bout de la nuit.
Mais au-delà de la cérémonie, une idée demeure.
Deux rites. Deux traditions. Deux identités spirituelles.
Et pourtant, une même terre, un même pays et une même prière.
À Okala, Obono Essono Pureté Joly et Nkoulou Meyié Théophile ont voulu montrer que la diversité des rites et des coutumes peut aussi devenir un espace de rencontre.
Le message porté cette nuit-là tient finalement en quelques mots : les différences n’obligent pas à la division.
Elles peuvent aussi devenir une richesse lorsque ceux qui les portent choisissent de regarder dans la même direction.
À Okala, cette direction avait un nom : le Gabon.
Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
