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Indépendance du Gabon : le discours-bilan d’Oligui Nguema, entre preuves de béton et vérité assumée

Décryptage de Thomas René pour Globe infos.

À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, Brice Clotaire Oligui Nguema a livré un discours à la Nation qui tient à la fois du bilan et de la feuille de route. Infrastructures, diplomatie économique, eau, électricité, jeunesse, formation et transformation de Libreville : le chef de l’État revendique des réalisations visibles, tout en reconnaissant les difficultés qui restent très concrètes pour les Gabonais. Une manière de faire du « temps des preuves » le nouveau critère de son action.

Une fête de l’Indépendance placée sous le signe des résultats

Il est un peu plus de 20 heures, ce 16 août, lorsque le chef de l’État s’installe face aux caméras pour son allocution à la Nation. À Libreville, la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance prend une tonalité différente.

Cette année, la fête nationale ne se limite pas aux cérémonies protocolaires et à la parade militaire. Elle s’étend sur plusieurs jours et accompagne l’inauguration de plusieurs infrastructures.

Le symbole paraît évident.

Le pouvoir veut désormais associer la fête nationale aux réalisations de la Refondation. Face aux Gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema choisit donc de défendre son action par des résultats visibles. Mais il évite aussi de donner l’impression que tout est réglé.

Sa phrase centrale résume cette posture : « Le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves. »

Cette formule vaut comme slogan politique. Elle crée surtout une obligation pour le pouvoir.

Trois ans après le changement de régime du 30 août 2023 et plus d’un an après son accession à la magistrature suprême, les Gabonais disposent désormais d’éléments concrets pour apprécier l’action engagée.

De l’indépendance politique à la souveraineté économique

En convoquant la mémoire de Léon Mba et la proclamation de l’indépendance en 1960, le président inscrit son propos dans une continuité historique.

Mais son discours ne s’attarde pas sur le passé.

Il affirme que l’indépendance doit désormais prendre une dimension économique, énergétique, sociale et humaine. Être souverain, explique-t-il en substance, signifie pouvoir décider pour soi-même, former sa jeunesse, produire son énergie, protéger ses ressources et construire les infrastructures nécessaires au développement.

Cette conception donne une cohérence à l’ensemble de son intervention.

La Refondation ne se limite donc pas à une réforme institutionnelle. Elle veut aussi transformer concrètement le pays.

Cette ambition explique la place accordée aux infrastructures, à l’énergie, à la formation et à la diplomatie économique.

Une diplomatie tournée vers les intérêts du Gabon

Le premier axe du discours concerne la politique étrangère.

Oligui Nguema revient sur ses déplacements en Europe, en Afrique de l’Ouest et dans d’autres régions du monde. Il présente cette activité diplomatique comme un moyen d’attirer des investissements, de consolider les finances publiques et d’accélérer la transformation de l’économie gabonaise.

Le président insiste sur la nécessité de construire des partenariats « d’égal à égal ».

Le message est clair : le Gabon entend coopérer avec ses partenaires, mais refuse de confondre coopération et dépendance.

Cette orientation prolonge la volonté affichée par le pouvoir de renforcer la souveraineté économique du pays.

Mais cette stratégie appelle une exigence journalistique.

Un accord signé ne constitue pas encore un investissement. Un investissement annoncé ne garantit pas la création d’une activité durable. Et une activité économique ne profite réellement au pays que lorsqu’elle produit de la valeur, des emplois et des opportunités pour les entreprises gabonaises.

La diplomatie économique devra donc affronter l’épreuve des résultats.

Le véritable bilan se trouvera moins dans les signatures que dans les projets effectivement réalisés.

Les infrastructures donnent corps à la Refondation

C’est le volet le plus concret du discours présidentiel.

Le chef de l’État énumère plusieurs réalisations : le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, le Mémorial Léon Mba réhabilité, l’Esplanade Georges Damas Aleka, la Cité administrative Émeraude, l’Hôtel des Affaires étrangères Maison Jean Ping, les États-Majors de la Marine nationale et des Sapeurs-Pompiers ainsi que plusieurs centres de santé, notamment à la Peyrie, Akébé et Bikélé.

À cette liste s’ajoutent les travaux routiers et d’autres infrastructures destinées à renforcer les capacités de l’État.

Cette accumulation constitue aujourd’hui l’un des arguments les plus tangibles du pouvoir.

Pendant des années, le Gabon a connu un décalage entre annonces, études et réalisations. La période actuelle cherche à inverser cette perception.

Le Palais des Congrès en fournit une illustration particulièrement visible.

L’ancienne Cité de la Démocratie accueille désormais des activités destinées aux grands rendez-vous nationaux et internationaux. La Cité administrative Émeraude poursuit une autre ambition : moderniser l’administration et regrouper plusieurs services publics.

Mais une question demeure : que produiront ces infrastructures dans la durée ?

Un bâtiment livré ne garantit pas automatiquement un service public performant.

Une route doit faciliter la circulation. Un centre de santé doit soigner. Un bâtiment administratif doit rendre l’État plus efficace.

C’est cette utilité quotidienne qui transformera la réalisation matérielle en véritable résultat politique.

De la pierre à l’emploi, le prochain défi

Le discours présidentiel établit également un lien entre infrastructures, attractivité et emploi.

L’Université Polyvalente du Cap Estérias doit notamment renforcer la formation dans les métiers de l’hôtellerie, de la restauration, de l’accueil et du service.

Le choix apparaît stratégique.

Le Gabon veut accroître son attractivité et développer le tourisme d’affaires. Les nouvelles infrastructures doivent donc créer un environnement favorable aux investissements et aux grands événements.

Mais la réussite se mesurera surtout à l’impact sur la jeunesse.

Un jeune Gabonais ne juge pas la transformation du pays uniquement à la hauteur d’un bâtiment neuf. Il la mesure à la possibilité de trouver un stage, une formation utile, un premier emploi ou un financement pour entreprendre.

Le président présente la jeunesse comme « la première richesse » du pays.

Cette affirmation crée une obligation.

Former davantage ne suffira pas si l’économie ne crée pas suffisamment de débouchés.

La prochaine étape devra donc connecter formation, investissement privé et emploi.

Une route doit faciliter le commerce. Une énergie fiable doit permettre à une entreprise de produire. Une formation doit améliorer l’employabilité. Un investissement doit générer de l’activité.

C’est cette chaîne qui donnera une portée sociale à la Refondation.

Eau et électricité : le passage de la promesse à la réalité

Le passage consacré à l’eau et à l’électricité constitue probablement le moment le plus important sur le plan social.

Le chef de l’État reconnaît que les difficultés vécues par de nombreux ménages ne correspondent pas à ses ambitions. Il dit connaître les coupures et leur coût pour les familles, les commerçants et les entreprises.

Cette reconnaissance mérite d’être soulignée.

Dans un discours largement consacré aux réalisations, le président aurait pu privilégier l’autosatisfaction. Il choisit au contraire de reconnaître une faiblesse majeure de son action.

Pour une famille, l’électricité ne représente pas une capacité installée en mégawatts. Elle signifie pouvoir étudier le soir, conserver des aliments ou travailler normalement.

Pour un commerçant, une coupure peut entraîner une perte de marchandises.

Pour une entreprise, elle peut interrompre la production.

Le président annonce donc un changement de priorité : renforcer le transport et la distribution.

L’approche paraît cohérente. Produire davantage ne résoudra pas le problème si les réseaux restent fragiles, saturés ou mal entretenus.

Le chef de l’État dénonce également les impayés, les sabotages et certains comportements inciviques.

Ces facteurs peuvent effectivement fragiliser le système. Mais la responsabilité doit s’examiner dans toutes ses dimensions : qualité de la gestion, maintenance des réseaux, investissements et performance du service.

Le véritable indicateur restera simple : la régularité du service fourni aux ménages et aux entreprises.

Libreville veut changer de visage

Le président veut également faire de Libreville une capitale plus attractive.

L’ambition d’accueillir un prochain Sommet de l’Union africaine s’inscrit dans cette stratégie.

Si elle se concrétise, la capitale gabonaise devra répondre aux exigences d’un grand rendez-vous continental. Cela suppose des infrastructures adaptées, mais aussi des transports efficaces, des hôtels, une ville propre, une sécurité maîtrisée et des espaces publics entretenus.

Le chef de l’État s’est d’ailleurs montré ferme à l’égard des propriétaires d’immeubles et de chantiers abandonnés qui dégradent certains grands axes.

Après les mises en demeure nécessaires, il évoque la possibilité de prendre des mesures permettant leur réquisition pour cause d’utilité publique, dans le respect de la Constitution et du droit de propriété.

Le message dépasse la seule question esthétique.

Une capitale qui veut accueillir l’Afrique doit présenter un environnement urbain à la hauteur de cette ambition.

L’État possède sa part de responsabilité. Les propriétaires, les entreprises, les collectivités et les citoyens possèdent également la leur.

Plus de réalisations, donc plus d’exigences

C’est peut-être le point central du discours présidentiel.

Plus le gouvernement construit, plus il accepte d’être jugé.

Une route neuve rend plus visible celle qui reste dégradée. Un centre de santé moderne souligne les insuffisances des structures qui manquent encore d’équipements. Une nouvelle infrastructure énergétique rappelle les quartiers qui subissent toujours les coupures.

Chaque progrès crée donc une nouvelle exigence.

Le bilan présidentiel ne pourra pas se limiter au nombre d’inaugurations.

Il faudra mesurer l’utilisation des infrastructures, leur entretien, les économies réalisées par l’État, les emplois créés et leur impact sur l’économie locale.

C’est à ce niveau que le discours présidentiel devra progressivement rencontrer les faits.

Le temps des preuves commence maintenant

Au terme de son allocution, Brice Clotaire Oligui Nguema laisse une impression particulière.

Il revendique des réalisations visibles, mais reconnaît simultanément que plusieurs difficultés demeurent.

Cette combinaison donne au discours une tonalité plutôt nouvelle : défendre les progrès sans prétendre que tout est achevé.

L’optimisme reste donc possible. Mais il doit rester lucide.

Le Gabon n’a plus seulement besoin de projets. Il a besoin de projets qui fonctionnent, créent de l’activité et améliorent la vie quotidienne.

Les prochains indicateurs seront simples.

Une famille qui trouve régulièrement de l’eau au robinet. Un entrepreneur qui peut travailler sans longues interruptions d’électricité. Un jeune diplômé qui décroche son premier emploi. Un agriculteur qui transporte sa production dans de bonnes conditions. Un patient correctement pris en charge.

C’est à cette échelle que les Gabonais jugeront la Refondation.

Trois ans après le tournant politique de 2023, les preuves de béton deviennent visibles.

Le prochain défi consiste désormais à transformer ces preuves matérielles en preuves sociales.

Le chef de l’État l’a dit lui-même : le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves.

Désormais, ces preuves devront parler dans les quartiers, les entreprises, les écoles, les hôpitaux et les foyers.

Le Gabon nouveau ne sera pas seulement celui qui construit davantage. Ce sera celui qui fonctionne mieux.

Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon » 

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