Alors que la Conférence mondiale de l’ITIE réunit à Bruxelles gouvernements, entreprises et société civile autour de la transparence des ressources extractives, la composition de la délégation gabonaise suscite des interrogations. Les représentants de la société civile n’auraient pas été retenus, relançant le débat sur leur place dans le dispositif national.
À Bruxelles, la transparence des ressources naturelles sera au cœur des échanges. Pour le Gabon, une autre question s’invite dans le débat : celle de la place accordée à la société civile dans un processus qui repose précisément sur le dialogue entre plusieurs parties prenantes.
La Conférence mondiale de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), prévue les 8 et 9 octobre 2026, réunit gouvernements, entreprises extractives, organisations de la société civile et partenaires internationaux. Tous sont appelés à réfléchir aux moyens de renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion des ressources naturelles.
C’est dans ce contexte que la représentation gabonaise attire l’attention.
Selon les informations recueillies, les représentants de la société civile gabonaise n’auraient pas été retenus pour participer à cette rencontre, tandis que les participations du gouvernement et des opérateurs extractifs auraient été validées.
Un choix qui soulève une question centrale : comment faire vivre le modèle multipartite de l’ITIE lorsque l’une de ses composantes n’est pas associée à un rendez-vous consacré à la gouvernance des ressources extractives ?
Une place qui n’est pas accessoire
L’ITIE repose sur trois catégories d’acteurs : l’État, les entreprises et la société civile. Cette organisation constitue le socle du dispositif.
La participation de la société civile n’est donc pas accessoire. Les règles de l’ITIE prévoient une implication pleine, active et effective dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation du processus national.
Pourquoi cette place est-elle importante ? Parce que la transparence ne s’arrête pas à la publication de chiffres.
Les revenus tirés du pétrole, du gaz ou des minerais doivent pouvoir être examinés, compris et confrontés aux réalités des territoires. Les informations publiées prennent une autre portée lorsqu’elles peuvent être analysées par des acteurs indépendants et discutées dans l’espace public.
La société civile peut notamment interroger les données, suivre les engagements pris par les pouvoirs publics et les entreprises, porter les préoccupations des communautés et participer au débat sur l’utilisation des revenus issus des ressources naturelles.
Son absence d’une conférence internationale ne permet pas, à elle seule, de conclure à une remise en cause du processus ITIE au Gabon. Elle pose néanmoins une question sur la manière dont le principe de participation multipartite est appliqué.
Une décision qui mérite des explications
Le point sensible se trouve là.
La composition de la délégation gabonaise aurait été arrêtée sous l’autorité de la gouvernance nationale de l’ITIE. Si tel est bien le cas, les critères ayant conduit à cette sélection mériteraient d’être connus.
Pourquoi les représentants de la société civile n’ont-ils pas été retenus ?
Plusieurs explications sont possibles : nombre de places disponibles, contraintes financières, critères de sélection ou arbitrage institutionnel. Sans explication officielle, il serait hasardeux d’attribuer une intention précise à cette décision.
Une clarification permettrait précisément de distinguer un choix organisationnel d’une éventuelle mise à l’écart d’une composante du processus.
Pour une institution dont la vocation est de promouvoir la transparence, expliquer les conditions dans lesquelles une telle décision a été prise relève d’une exigence cohérente avec sa mission.
Le paradoxe de Bruxelles
La situation prend une dimension particulière en raison de la nature même de la rencontre.
À Bruxelles, l’ITIE met autour de la même table gouvernements, entreprises et société civile. Le principe consiste à confronter les points de vue plutôt qu’à laisser une seule catégorie d’acteurs définir le débat.
Le Gabon est directement concerné.
Pays producteur de pétrole et de minerais, il doit répondre à des questions qui dépassent les seules données de production ou de revenus. Où vont les ressources ? Quels revenus l’État en tire-t-il ? Quelle part revient aux territoires concernés ? Quels engagements prennent les entreprises ? Comment leur réalisation est-elle suivie ?
Ces interrogations intéressent les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens.
La transparence devient réellement utile lorsqu’elle permet de passer du chiffre au contrôle, de l’information au débat, puis du débat à la redevabilité.
Le risque d’une transparence sans contre-regard
C’est ici que la question de la société civile prend tout son sens.
Un rapport peut être publié sans être véritablement discuté. Une donnée peut être accessible sans être comprise. Un engagement peut être annoncé sans que son exécution soit suffisamment suivie.
Les organisations de la société civile occupent notamment cet espace entre l’information disponible et le débat public.
Elles ne sont pas là pour se substituer à l’État ou aux entreprises. Leur rôle est différent : observer, analyser, questionner et porter les préoccupations des citoyens et des communautés.
Le gouvernement conserve sa responsabilité dans la gestion des ressources publiques. Les entreprises doivent rendre compte de leurs activités et de leurs contributions. La société civile doit pouvoir exercer son regard critique.
C’est cette complémentarité qui donne son sens au modèle multipartite.
Une question de confiance
La controverse intervient alors que la gouvernance des ressources naturelles occupe une place importante dans les attentes liées au développement du Gabon.
L’ITIE peut, dans ce contexte, jouer un rôle utile : produire des informations, mais aussi permettre aux différentes parties prenantes de les confronter, de suivre les engagements et d’identifier les difficultés persistantes.
Cela suppose un climat de confiance.
La participation de la société civile n’est donc pas seulement une question de présence dans une salle de conférence. Elle touche à la crédibilité du dialogue lui-même.
Pour autant, il serait excessif de tirer de la seule composition d’une délégation une conclusion générale sur le fonctionnement de l’ITIE Gabon. Les raisons précises de cette absence doivent être établies et expliquées.
Une clarification de la gouvernance nationale permettrait de replacer le débat sur les faits : quels critères ont été retenus, qui les a définis et pour quelles raisons la société civile n’a-t-elle pas été associée à cette étape ?
Derrière la conférence de Bruxelles se joue une question plus proche des réalités gabonaises : qui participe à la fabrication de la transparence sur les ressources du pays, qui peut examiner les données publiées et qui peut demander des comptes sur leur utilisation ?
La réponse ne devrait pas appartenir à un seul acteur.
C’est précisément pour éviter cette concentration que l’ITIE repose sur un modèle multipartite.
Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de faire vivre ce principe au-delà des textes et des rapports, dans la pratique du dialogue entre l’État, les entreprises et la société civile.
Lauritou pour globe infos « le monde décrypté depuis le Gabon »
