À Nkokloa, le soutien de l’OIF permet aux femmes de développer la production de manioc et de banane plantain, avec l’ambition d’en faire une véritable source de revenus.
Par Globe Infos « le monde décrypté depuis le Gabon »
À Nkokloa, près de Bitam, dans le département du Ntem, la Francophonie prend racine dans la terre. Loin des tribunes diplomatiques et des grandes rencontres internationales, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) accompagne des femmes engagées dans la production de manioc et de banane plantain. À travers son Fonds « La Francophonie avec Elles », elle transforme ainsi une ambition de coopération en action concrète, avec un objectif clair : renforcer l’autonomie économique des femmes et contribuer au développement local.
Il faut parfois quitter les salons des conférences pour mesurer la portée réelle d’une politique de coopération.
À Nkokloa, le décor parle de lui-même : des parcelles agricoles, des plants de manioc, des bananiers, des outils et surtout des femmes qui travaillent la terre avec une perspective nouvelle. Parmi elles, des jeunes filles mères, des veuves et d’autres bénéficiaires réunies autour d’une même activité : produire davantage, améliorer leurs pratiques et faire de l’agriculture une source de revenus plus durable.
C’est l’une des expressions les plus concrètes de la Francophonie contemporaine.
Quand la Francophonie descend dans les champs
Créé en 2020 dans le contexte de la crise liée à la Covid-19, le Fonds « La Francophonie avec Elles » s’est progressivement installé comme un instrument de soutien à l’autonomisation économique et sociale des femmes vulnérables.
Formation professionnelle, activités génératrices de revenus, inclusion économique : le dispositif entend donner aux bénéficiaires des moyens d’agir sur leur propre trajectoire.
À Nkokloa, cette ambition prend une dimension agricole.
Le projet couvre 20 hectares, selon l’Agence gabonaise de presse (AGP), et les premières récoltes sont attendues en 2027. Une mission conjointe de l’OIF et de TotalEnergies s’est rendue sur place en juillet 2026 afin de constater l’avancement de l’initiative.
L’accompagnement ne se limite pas au financement.
Les femmes disposent d’équipements destinés aux travaux des champs — bottes, brouettes, pioches, machettes, dabas, arrosoirs — et bénéficient de formations consacrées notamment aux techniques de multiplication et de plantation du manioc et du bananier plantain.
Derrière ces équipements parfois simples se trouve une logique essentielle : donner aux bénéficiaires les moyens de mieux produire et, surtout, de gagner progressivement en autonomie.
Des compétences pour produire autrement
L’un des intérêts du projet réside précisément dans ce transfert de savoir-faire.
Une bénéficiaire citée par RFI explique notamment avoir appris à mieux espacer les boutures de manioc et à multiplier les rejets de bananiers. Ces apprentissages peuvent sembler techniques. Ils touchent pourtant au cœur de la problématique agricole : améliorer les pratiques pour accroître la qualité et la productivité.
À Nkokloa, l’OIF ne se contente donc pas d’apporter un appui matériel. Elle contribue à renforcer des compétences qui peuvent rester aux mains des bénéficiaires bien au-delà de la durée du projet.
C’est là que le concept d’autonomisation prend toute sa substance.
Gladys, 29 ans, mère de quatre enfants et ancienne commerçante, fait partie des bénéficiaires citées dans les reportages consacrés à l’initiative. Elle explique que les techniques acquises lui permettent de mieux organiser son activité et envisage d’utiliser les revenus issus de ses récoltes pour contribuer notamment à la scolarité de ses enfants.
Une parcelle agricole devient alors davantage qu’un espace de production.
Elle peut devenir un outil d’émancipation économique et un soutien direct au bien-être familial.
Un investissement qui dépasse Nkokloa
L’initiative s’inscrit dans un dispositif plus large au Gabon.
Quatre projets bénéficient du Fonds « La Francophonie avec Elles » pour une enveloppe globale annoncée de 300 000 euros, au bénéfice de près de 250 femmes. Cette enveloppe concerne l’ensemble des projets gabonais et non le seul site de Nkokloa.
À l’échelle de l’espace francophone, l’OIF indique avoir soutenu depuis la création du Fonds 354 projets dans 36 pays, au bénéfice de près de 100 000 femmes et filles. Pour sa sixième édition, 54 projets ont été retenus pour 3,8 millions d’euros.
Nkokloa apparaît ainsi comme une déclinaison locale d’une politique internationale dont la finalité est résolument tournée vers le terrain.
Cette dimension est importante pour comprendre l’évolution de l’action francophone.
La Francophonie ne se résume plus à la défense d’une langue commune ou à l’organisation de rencontres institutionnelles. Elle cherche aussi à faire de cette communauté un espace de solidarité, de transmission des compétences et d’opportunités économiques.
Le visage économique d’une Francophonie en mouvement
Le Gabon constitue à cet égard un terrain particulièrement intéressant.
En mars 2026, lors de la célébration différée de la Journée internationale de la Francophonie à Libreville, le Bureau régional de l’OIF pour l’Afrique centrale et l’océan Indien avait mis en avant plusieurs programmes liés notamment à l’environnement, à l’autonomie économique des femmes et à l’employabilité des jeunes.
En mai, l’organisation a également organisé à Libreville une nouvelle étape de ses missions économiques et commerciales, avec l’ambition de renforcer les partenariats entre acteurs économiques de l’espace francophone. L’agro-industrie figurait parmi les secteurs ciblés, avec des enjeux liés à la production locale, à la mécanisation, à la transformation et au transfert de savoir-faire.
Ces initiatives racontent une même évolution.
La Francophonie cherche à rapprocher davantage la coopération internationale des préoccupations économiques des territoires.
À Nkokloa, cette ambition se traduit par une approche particulièrement tangible : former, équiper, produire et créer des revenus.
Le pari d’une autonomie qui dure
Les premières récoltes attendues en 2027 constitueront une étape importante. Elles permettront de mesurer les progrès accomplis et d’apprécier la capacité des bénéficiaires à transformer leurs acquis en activité économique durable.
Mais l’essentiel est déjà ailleurs.
Le projet a installé une dynamique. Il donne aux femmes des outils, des connaissances et un cadre pour développer une activité qu’elles pratiquent déjà. Il contribue aussi à faire émerger une vision plus économique de la coopération francophone, où le soutien extérieur cherche moins à se substituer aux initiatives locales qu’à leur donner davantage de moyens.
La prochaine étape sera celle de la consolidation : débouchés commerciaux, transformation, stockage, accès au financement et organisation des filières devront permettre aux productrices de capter une part croissante de la valeur créée.
C’est précisément ce qui donnera tout son sens à l’investissement engagé.
À Nkokloa, la Francophonie devient visible
Il y a quelque chose de profondément symbolique dans cette expérience.
Une organisation internationale connue pour son action linguistique et culturelle se retrouve associée, dans un village du nord du Gabon, à des parcelles de manioc et de banane plantain.
La Francophonie devient alors visible autrement.
Elle se mesure dans une formation reçue, un outil agricole utilisé, une technique mieux maîtrisée, une production qui progresse et, demain, dans un revenu susceptible d’améliorer les conditions de vie d’une famille.
C’est sans doute là que se trouve la force du Fonds « La Francophonie avec Elles ».
Il ne promet pas seulement de parler des femmes. Il cherche à leur donner des moyens d’agir.
À Nkokloa, l’OIF donne ainsi un visage agricole à la Francophonie au Gabon. Un visage fait de travail, de transmission et d’espoir économique.
Et lorsque les premières récoltes arriveront en 2027, ce seront moins les hectares qui parleront que les femmes qui les auront cultivés.
STR pour Globe Infos « le monde décrypté depuis le Gabon »

