Par Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
LIBREVILLE, 28 août 2026. Depuis plusieurs jours, l’affaire du « Gratitude » inquiète une centaine de commerçants et d’importateurs gabonais. Le navire marchand aurait quitté le Togo le 7 août à destination du Gabon. Il n’aurait jamais atteint Libreville.
Selon le collectif des clients concernés, leurs marchandises auraient disparu avec le bâtiment. Le préjudice global dépasserait un milliard de francs CFA, selon leur propre évaluation.
Réunis jeudi 28 août devant l’entrepôt de fret de l’entreprise dirigée par M. Bouassa Kokou, les sinistrés auraient demandé des explications. Leur principale interrogation porte toutefois sur la chronologie des événements.
Des clients longtemps rassurés sur l’arrivée du navire
D’après les témoignages recueillis auprès de la porte-parole du collectif, plusieurs clients auraient reçu des informations rassurantes après le départ du « Gratitude ».
Des employés de l’entreprise leur auraient annoncé l’arrivée prochaine du navire. Certains auraient même évoqué le début imminent des opérations de déchargement.
Ces informations auraient poussé plusieurs commerçants à poursuivre leurs préparatifs. Certains auraient engagé de nouvelles dépenses pour récupérer leurs marchandises.
Le collectif affirme également que l’entreprise aurait réglé environ 6 millions de francs CFA de taxes ou redevances douanières au Gabon.
La rédaction a eu connaissance d’un justificatif présenté comme une quittance correspondant à ce paiement. Ce document devra toutefois être authentifié et replacé dans son contexte administratif pour établir précisément sa portée.
Pour les commerçants, les conséquences financières seraient lourdes. Certains expliquent avoir acheté leurs marchandises à crédit. Ils devraient désormais honorer leurs échéances sans disposer des produits attendus.
Le 8 août ou le 16 août : une chronologie au cœur des interrogations
Le principal point de tension concerne la date à laquelle la direction aurait informé les clients du naufrage présumé.
Selon les déclarations du collectif, certains clients auraient appris le 16 août que le « Gratitude » aurait sombré le 8 août, à environ 45 kilomètres au large du quai de Lomé.
Cette chronologie soulève plusieurs questions.
Si le navire avait effectivement disparu le 8 août, les clients cherchent à comprendre pourquoi certains auraient continué à recevoir des informations relatives à son arrivée plusieurs jours après.
Cette question ne permet pas, à elle seule, de conclure à une quelconque fraude. Elle justifie toutefois une clarification précise de la chronologie.
Les sinistrés réclament notamment les documents susceptibles d’établir les faits : rapport de mer, constat des autorités portuaires, documents de navigation ou tout autre élément permettant de localiser le sinistre et d’en déterminer les circonstances.
En l’absence de ces pièces dans les éléments transmis à la rédaction, Globe Infos ne peut pas établir de manière indépendante les circonstances exactes de la disparition présumée du navire.
Que sont devenues les marchandises ?
Une autre version rapportée par le collectif concerne la découverte de marchandises après le sinistre.
Selon plusieurs témoignages, la direction aurait évoqué la présence de quelques sacs de gari retrouvés flottant en mer, jusqu’aux côtes nigérianes.
Des membres du collectif contenteraient cependant la portée de cette information. Pour eux, la découverte éventuelle de quelques colis ne permettrait pas de déterminer le sort de l’ensemble des cargaisons.
La question des manifestes devient donc centrale.
Les autorités compétentes pourraient notamment vérifier les marchandises effectivement embarquées, leurs propriétaires, leurs valeurs déclarées ainsi que les documents établis lors du chargement.
Une telle vérification permettrait aussi de confronter les déclarations des clients aux documents commerciaux et maritimes.
Assurance : les cargaisons étaient-elles couvertes ?
Le volet assurantiel constitue une autre interrogation majeure.
Le collectif rapporte que M. Bouassa Kokou lui aurait indiqué que l’assurance couvrait le navire, mais pas les marchandises transportées.
Cette déclaration doit encore être confrontée aux documents contractuels.
Les contrats de transport, les conditions générales de l’opération et les éventuelles polices d’assurance permettront de déterminer les garanties réellement souscrites.
La question revêt une importance particulière pour les commerçants.
Si les marchandises bénéficiaient d’une couverture, les assureurs pourraient intervenir selon les garanties prévues. Dans le cas contraire, les responsabilités pourraient dépendre des contrats conclus entre les différents acteurs du transport maritime.
Des commerçants confrontés à des pertes considérables
Pour les membres du collectif, l’affaire dépasse désormais la seule question du transport maritime.
Plusieurs commerçants affirment avoir engagé des crédits pour financer leurs achats. La disparition présumée des marchandises pourrait donc fragiliser leurs activités et leur capacité à rembourser leurs dettes.
Les sinistrés déplorent également, selon leurs déclarations, le manque d’informations précises à Libreville.
Ils affirment notamment que l’épouse de M. Bouassa Kokou aurait quitté le Gabon pour rejoindre son mari au Togo.
Cette information relève toutefois du témoignage du collectif. Elle ne permet pas d’établir, à elle seule, une quelconque volonté de fuite ou d’abandon des clients.
Le collectif craint néanmoins que l’entreprise poursuive ses activités sans avoir réglé la situation des commerçants concernés.
Là encore, il s’agit d’une inquiétude exprimée par les sinistrés et non d’un fait établi.
Libreville et Lomé appelés à établir les faits
Face à cette situation, les commerçants demandent désormais l’intervention des autorités gabonaises et togolaises compétentes.
Ils souhaitent notamment que les investigations permettent de répondre à plusieurs questions.
Le « Gratitude » a-t-il effectivement fait naufrage ?
À quelle date et dans quelles circonstances ?
Quelles marchandises se trouvaient réellement à bord ?
Quels documents permettent de confirmer le chargement et le transport ?
Quelles assurances couvraient le navire et les cargaisons ?
Quand la direction a-t-elle appris la disparition du bâtiment ?
Quelles informations ont ensuite été communiquées aux clients ?
Ces vérifications pourraient permettre de reconstituer précisément la chronologie et, le cas échéant, de déterminer les responsabilités de chaque intervenant.
À ce stade, Globe Infos ne qualifie pas juridiquement les faits. Les accusations formulées par le collectif restent des accusations. Aucun élément actuellement disponible à la rédaction ne permet de présenter comme établi un quelconque délit d’escroquerie ou de fraude.
L’enjeu immédiat consiste donc à établir les faits.
Le droit de réponse de l’entreprise
Globe Infos précise que cet article repose principalement sur les déclarations des membres du collectif des sinistrés et sur les éléments qui ont été portés à la connaissance de la rédaction.
M. Bouassa Kokou et la direction de l’entreprise concernée sont invités à transmettre à Globe Infos leurs observations, explications et documents.
La rédaction reste notamment disponible pour recueillir leur version sur :
la disparition présumée du « Gratitude » ;
la date et les circonstances du sinistre allégué ;
les communications adressées aux clients ;
les marchandises effectivement embarquées ;
les manifestes et documents de transport ;
les assurances souscrites ;
les éventuels paiements douaniers ;
ainsi que toute mesure prise en faveur des clients concernés.
Globe Infos publiera tout droit de réponse substantiel transmis par les intéressés, conformément au principe du contradictoire et aux exigences d’une information journalistique équilibrée.
L’affaire du « Gratitude » reste donc, à ce stade, une énigme maritime dont les réponses devront venir des documents, des autorités compétentes et des parties directement impliquées.
Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
