Par Thomas René
Tribune Globe Infos « le monde décrypté à partir du Gabon » 
Il y a deux ans encore, son nom suffisait à faire descendre des milliers de Sénégalais dans les rues de Dakar, Ziguinchor ou Kaolack. Ousmane Sonko incarnait alors la promesse d’une rupture politique sans précédent. Aujourd’hui, le décor a changé. Son mouvement se fragilise tandis que le président Bassirou Diomaye Faye construit, pas à pas, son propre appareil politique.
Cette évolution dépasse le cadre d’un simple différend entre deux dirigeants. Elle révèle une recomposition profonde du pouvoir au Sénégal. Surtout, elle pose une question centrale : le fondateur du Pastef est-il en train de perdre le contrôle du mouvement qu’il a porté jusqu’au sommet de l’État ?
Une vague de départs qui accélère la crise
Les chiffres donnent la mesure de la situation.
Selon Le Quotidien, repris notamment par Pulse.sn, plus de 700 responsables et militants, répartis dans les 46 départements du Sénégal, ont quitté la Jeunesse patriotique sénégalaise (JPS) en seulement quatre jours.
Ces démissions alimentent un nouveau mouvement baptisé « Jeunes patriotes pour la République ». Ses initiateurs parlent d’une « Opération Phénix », présentée comme une nouvelle étape dans la recomposition du camp présidentiel.
Surtout, cette dynamique ne se limite pas à Dakar. Elle s’étend également à Fatick, Tambacounda, Kolda, la banlieue dakaroise ainsi qu’à plusieurs sections de la diaspora sénégalaise installée en France.
Une contestation qui gagne les structures locales
Au-delà du nombre, le profil des démissionnaires retient l’attention.
En effet, plusieurs coordonnateurs départementaux et responsables territoriaux figurent parmi les signataires des lettres de départ. Ces cadres constituaient jusqu’ici l’ossature militante de la JPS.
Par ailleurs, cette vague intervient après plusieurs défections enregistrées depuis le 20 juillet. Seneweb et Senenews évoquent notamment les départs de ministres, de directeurs généraux d’établissements publics ainsi que de responsables communaux.
Le cas du Dr El Hadji Mansour Diop a particulièrement marqué les observateurs. Le directeur général de l’hôpital Aristide Le Dantec a adressé une lettre ouverte à Ousmane Sonko. Il y dénonce une gestion qu’il qualifie de « clanique », selon les termes rapportés par la presse sénégalaise.
Une alliance politique qui s’est progressivement fissurée
Pourtant, cette rupture semblait improbable il y a encore quelques mois.
En 2024, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye avaient conquis le pouvoir ensemble. Leur victoire reposait sur une même promesse : transformer durablement le système politique sénégalais.
Toutefois, l’exercice du pouvoir a rapidement fait apparaître des divergences.
En mai 2026, Ousmane Sonko quitte la Primature avant d’être élu président de l’Assemblée nationale. Ce changement institutionnel constitue un premier tournant.
Ensuite, la réforme constitutionnelle adoptée fin juin interdit désormais au président de la République d’exercer simultanément la direction d’un parti politique.
Enfin, début juillet, Bassirou Diomaye Faye annonce la création de sa propre formation politique, confiée à son entourage proche, notamment à Aminata Touré.
Diomaye Faye choisit l’autonomie politique
Ce samedi 25 juillet, la Coalition Diomaye Président tient son assemblée générale constitutive à Dakar.
L’objectif est clair : transformer la coalition présidentielle en parti politique autonome.
Ainsi, le chef de l’État réduit progressivement sa dépendance envers le Pastef, dont Ousmane Sonko conserve pourtant la direction statutaire.
Dans le même temps, les ralliements successifs renforcent progressivement le nouveau dispositif présidentiel.
Cette stratégie traduit une volonté de consolider une majorité durable sans dépendre exclusivement du parti historique.
La bataille se joue désormais sur le terrain
La recomposition actuelle dépasse largement les états-majors politiques.
En réalité, elle se déroule au niveau des communes, des départements et des structures de jeunesse. C’est précisément là que se construit l’influence électorale.
Or, plusieurs responsables locaux changent aujourd’hui de camp.
Par conséquent, le Pastef voit progressivement s’affaiblir son maillage territorial, longtemps considéré comme l’un de ses principaux atouts.
À l’inverse, le président Diomaye Faye renforce progressivement ses relais locaux.
L’ironie d’un nom devenu symbole
Un détail a particulièrement retenu l’attention des médias sénégalais.
Parmi les responsables ayant rejoint le camp présidentiel figure un homonyme d’Ousmane Sonko, ancien coordonnateur de la JPS à Mbour.
Cette coïncidence possède une forte portée symbolique.
En effet, elle montre que l’identification entre le leader et son mouvement n’est plus aussi automatique qu’auparavant.
Désormais, le débat ne porte plus uniquement sur les personnes. Il concerne également l’héritage politique du projet patriotique lancé par le Pastef.
Sonko conserve des positions importantes
Pour autant, parler d’un effondrement politique serait excessif.
D’abord, Ousmane Sonko demeure président de l’Assemblée nationale. Cette fonction lui confère un poids institutionnel considérable.
Ensuite, le premier congrès du Pastef l’a officiellement investi candidat à l’élection présidentielle de 2029.
De plus, plusieurs analystes estiment qu’il conserve une base populaire solide, indépendante de l’appareil militant.
Autrement dit, son influence électorale ne se résume pas aux structures du parti.
Une parole plus rare mais toujours offensive
Contrairement à certaines analyses, Ousmane Sonko n’a pas disparu du débat public.
À la mi-juillet, lors d’un déplacement à Mbacké, il a publiquement mis en garde le président Bassirou Diomaye Faye ainsi que le Premier ministre Al Aminou Lo.
Il leur a demandé de préserver l’esprit des réformes engagées lorsqu’il dirigeait le gouvernement.
Cependant, ce ne sont plus ses prises de parole qui interrogent les observateurs.
C’est plutôt l’érosion progressive de son réseau d’intermédiaires locaux, longtemps considéré comme la force du Pastef.
Un nouveau rapport de force s’installe
Peu à peu, le paysage politique sénégalais change de visage.
D’un côté, Bassirou Diomaye Faye bâtit son propre appareil politique en attirant une partie des anciens cadres du Pastef.
De l’autre, Ousmane Sonko conserve la présidence de l’Assemblée nationale ainsi que le contrôle statutaire de son parti.
Néanmoins, la compétition se déplace désormais vers le terrain décisif : celui de l’implantation locale et de la fidélité des militants.
C’est précisément sur ce terrain que se jouera l’équilibre des prochaines années.
2029 comme juge de paix
Au fond, la question dépasse les rivalités personnelles.
Elle consiste à savoir si un fondateur peut conserver l’autorité politique sur un mouvement lorsque son appareil territorial choisit progressivement une autre direction.
À ce stade, aucune réponse définitive ne s’impose.
En revanche, une certitude apparaît : l’image d’un tandem indissociable entre Sonko et Diomaye appartient désormais au passé.
Dès lors, la présidentielle de 2029 s’annonce comme le véritable arbitre de cette recomposition. Elle dira si le charisme d’un homme peut encore l’emporter sur la puissance d’une nouvelle organisation politique.
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