Libreville, le 06 juillet 2016. À l’approche de la célébration du 30 août 2026 dans la province de l’Ogooué-Ivindo, un slogan a envahi les réseaux sociaux. Il circule aussi dans les conversations populaires : « l’Ogooué-Ivindo est plus riche que le Qatar. »
La formule est forte. Elle surprend. Elle intrigue. Parfois, elle choque.
Pour certains, c’est une exagération. Pour d’autres, elle traduit une réalité longtemps ignorée : celle d’une province dont les ressources naturelles figurent parmi les plus importantes du Gabon, et même de l’Afrique centrale.
Au-delà de la polémique, ce slogan mérite qu’on s’y arrête. Car il pose une question fondamentale : qu’est-ce qu’être riche ?
Une province aux richesses exceptionnelles
Personne ne peut sérieusement nier le potentiel extraordinaire de l’Ogooué-Ivindo.
Cette province abrite l’un des plus importants gisements de fer du continent, à Bélinga et à Mékambo. Elle dispose aussi d’importantes ressources aurifères. Ses forêts comptent parmi les mieux préservées du bassin du Congo, et son patrimoine écologique est mondialement reconnu.
Ses cours d’eau, quant à eux, offrent des possibilités considérables en matière d’hydroélectricité et de développement touristique. D’autres ressources, encore insuffisamment explorées, alimentent depuis plusieurs décennies les espoirs de développement économique.
À première vue, donc, les promoteurs du slogan n’ont pas totalement tort. Ils veulent rappeler une chose simple : l’Ogooué-Ivindo possède un potentiel immense, et cette richesse naturelle constitue un atout stratégique pour l’avenir du Gabon.
Mais la richesse d’un territoire ne se résume pas à ce qui se trouve dans son sous-sol.
La différence entre richesse potentielle et richesse réelle
C’est ici que commence le véritable débat. Le Qatar est souvent cité comme un exemple de réussite économique. Pourtant, sa réussite actuelle ne tient pas seulement à ses réserves de gaz naturel. Elle est aussi le fruit d’une politique de transformation : des ressources vers les infrastructures, l’investissement, les services publics et les opportunités économiques.
Autrement dit, la richesse n’est pas uniquement ce que l’on possède. La richesse, c’est aussi ce que l’on construit.
Une mine de fer n’est pas une école. Une forêt n’est pas un hôpital. Un gisement d’or n’est pas une route, ni un chemin de fer. Une rivière n’est pas une université.
Ces ressources peuvent financer ces réalisations. Elles ne les remplacent pas.
C’est pourquoi de nombreux observateurs le rappellent : l’Ogooué-Ivindo est sans doute l’une des provinces les plus riches du Gabon en ressources naturelles. Mais elle n’est pas encore l’une des plus développées en termes de conditions de vie.
Ce constat n’est pas une critique. C’est un simple constat.
Le paradoxe gabonais
Le slogan révèle en réalité un paradoxe que connaissent de nombreux pays producteurs de matières premières.
Comment expliquer qu’un territoire aussi riche fasse encore face à des insuffisances en infrastructures, en emplois ou en services publics ? Comment comprendre que certaines localités disposent d’un sous-sol exceptionnel, alors que leurs habitants attendent toujours des investissements structurants ? Comment accepter, enfin, que les richesses naturelles coexistent parfois avec un sentiment d’abandon ?
Ces interrogations ne concernent pas seulement l’Ogooué-Ivindo. Elles concernent les neuf provinces du Gabon.
Depuis plusieurs décennies, notre pays est reconnu pour ses ressources naturelles abondantes. Pourtant, les attentes sociales demeurent fortes. Les citoyens veulent voir ces richesses se traduire concrètement dans leur quotidien.
Ils veulent des écoles performantes. Ils veulent des centres de santé modernes. Ils veulent des routes praticables. Ils veulent des emplois durables. Ils veulent des opportunités pour leurs enfants.
Autrement dit : ils veulent que la richesse du pays devienne la richesse des populations.
Le défi du 30 août
La célébration du 30 août dans l’Ogooué-Ivindo offre une occasion unique de réfléchir à cette question.
Depuis le changement intervenu en 2023, les autorités ont placé au cœur de leur discours la valorisation des ressources naturelles, la souveraineté économique et le développement local. Organiser cette célébration dans une province qui symbolise à la fois les promesses et les défis du développement gabonais n’est certainement pas un hasard.
Mais la portée de cet événement ne se mesurera pas uniquement à la qualité des festivités. Elle se mesurera aussi à la capacité des pouvoirs publics à transformer les attentes en réalisations concrètes.
Car les populations ne demandent pas seulement des discours sur la richesse. Elles attendent des preuves tangibles de cette richesse.
Faire profiter les enfants de l’Ogooué-Ivindo
La meilleure réponse au slogan ne consiste donc pas à le rejeter, ni à l’applaudir aveuglément. Elle consiste à lui donner un contenu.
Si l’Ogooué-Ivindo est réellement une province exceptionnellement riche, alors ses enfants doivent en être les premiers bénéficiaires.
Les jeunes doivent pouvoir accéder à une formation de qualité. Les entrepreneurs locaux doivent trouver des opportunités d’investissement. Les communautés doivent bénéficier des retombées économiques des projets miniers et industriels. Les infrastructures doivent accompagner le développement du territoire.
En somme, les richesses naturelles doivent devenir des richesses humaines. Voilà le véritable enjeu.
Au-delà du slogan
Les slogans ont leur utilité. Ils mobilisent les énergies. Ils nourrissent l’espérance collective. Mais ils ne remplacent jamais les politiques publiques, ni les résultats concrets.
Dire que l’Ogooué-Ivindo est plus riche que le Qatar peut faire sourire, ou susciter l’adhésion. Mais la question essentielle demeure : que ressent aujourd’hui l’habitant de Makokou, de Boué, de Mékambo ou d’Ovan, lorsqu’il évalue sa qualité de vie et ses perspectives d’avenir ?
C’est à cette question que devront répondre les années à venir.
Car la véritable victoire ne sera pas de convaincre les Gabonais que l’Ogooué-Ivindo est riche. La véritable victoire sera de faire en sorte que chaque habitant de cette province puisse constater lui-même, dans son quotidien, les bénéfices de cette richesse.
Alors, oui, le slogan prendra tout son sens. Et l’Ogooué-Ivindo ne sera plus seulement une terre de promesses. Elle deviendra une terre d’accomplissement, au service de ses enfants et du développement du Gabon tout entier.
Docteur Emmanuel Thierry Koumba
Enseignant-chercheur à l’UOB et à EM-Gabon Université
Acteur engagé dans la vie publique gabonaise
