Par Thomas René pour Globe Infos « le monde décrypté depuis le Gabon »
Libreville, le 19 juillet 2026. Près de 98 % des remboursements déjà convertis en projets
Vingt ans après son lancement, le Contrat de désendettement et de développement (C2D) arrive dans sa phase finale au Cameroun. À la mi-2026, le pays a remboursé près de 98 % des échéances prévues. En retour, la France a réinvesti l’équivalent de ces sommes sous forme de dons. Ces dons financent des projets de développement.
Le mécanisme affiche ainsi un bilan impressionnant. Il a soutenu la construction d’infrastructures majeures. Il a également renforcé la santé, l’éducation et l’agriculture. Il a enfin accompagné plusieurs réformes publiques. Pourtant, derrière ces résultats, le débat reste ouvert. Les défenseurs du C2D y voient un modèle de coopération innovant. Ses détracteurs dénoncent, eux, un instrument qui prolonge l’influence économique française.
À mesure que le programme touche à son terme, une autre question s’impose : quelle forme prendra la coopération franco-camerounaise lorsque la dette ne constituera plus le socle de leur partenariat ?
Un dispositif né de l’allègement de la dette
Le C2D trouve son origine à la fin des années 1990. En 1999, la France crée ce mécanisme. Elle veut ainsi accompagner les pays qui bénéficient d’un allègement de leur dette extérieure.
Son fonctionnement repose sur un principe simple. Le pays continue de rembourser sa dette. La France lui restitue ensuite l’intégralité des sommes versées, mais sous forme de dons. Les deux États choisissent alors ensemble les projets à financer.
Le Cameroun rejoint ce dispositif après une étape décisive. En effet, il atteint le 28 avril 2006 le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Cette étape entraîne l’annulation d’environ 70 % de sa dette extérieure éligible. Elle ouvre aussi une nouvelle phase de coopération avec Paris.
Depuis, trois contrats-cadres se sont succédé. Le troisième mobilise à lui seul 401 milliards de FCFA. Il poursuit encore son exécution aujourd’hui.
Une dette presque entièrement remboursée
Le 9 juin dernier, Yaoundé a accueilli la 17ᵉ session du Comité d’orientation et de suivi du C2D. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze y a participé. Le ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey et l’ambassadeur de France Sylvain Riquier l’ont également rejoint.
Les chiffres présentés ce jour-là traduisent l’avancée du programme. Le Cameroun a déjà remboursé 944,8 milliards de FCFA sur les 967,4 milliards prévus. Le taux de mobilisation atteint ainsi 97,6 %.
Surtout, ces remboursements ne quittent jamais le pays. La France les transforme en dons. Ces dons financent directement des investissements publics. À ce jour, 871 milliards de FCFA soutiennent déjà des projets répartis sur tout le territoire.
Le 14 juillet, lors d’une réception à la résidence de France à Yaoundé, Sylvain Riquier a rappelé l’ampleur de cet engagement. Selon lui, Paris a déjà converti près de 1,47 milliard d’euros en dons. À l’issue du programme, l’effort total devrait avoisiner 2 milliards d’euros.
Les infrastructures, vitrine du C2D
Les infrastructures concentrent la plus grande part des financements. Ainsi, plus de 339 milliards de FCFA soutiennent six grands programmes.
À Douala, le deuxième pont sur le Wouri incarne cette politique. L’ouvrage facilite la circulation entre les deux rives de la capitale économique. Il réduit aussi des embouteillages qui pénalisaient depuis longtemps les échanges commerciaux.
Le barrage hydroélectrique de Nachtigal figure également parmi les projets emblématiques. Le C2D a participé à son financement, aux côtés d’autres partenaires internationaux. Cette centrale doit renforcer durablement la production d’électricité du pays.
Le programme finance aussi des travaux de voirie dans plusieurs capitales régionales. Bafoussam, Bertoua, Garoua et Maroua en bénéficient notamment.
En milieu rural, les résultats apparaissent tout aussi significatifs. Le C2D a permis de construire 125 ouvrages d’art. Il a également permis d’aménager près de 170 kilomètres de pistes rurales. Ces infrastructures facilitent désormais les déplacements des populations. Elles accélèrent aussi l’acheminement des productions agricoles.
Santé, éducation et agriculture : l’autre visage du C2D
Le volet social occupe une place tout aussi centrale. La santé et l’éducation absorbent en effet plus de 114 milliards de FCFA. Concrètement, le programme distribue 350 000 chèques santé aux femmes enceintes. Il construit aussi plus de 1 200 salles de classe. Il contractualise enfin 37 000 instituteurs à travers le pays.
Dans l’agriculture, le programme Afop forme environ 21 000 jeunes. Ces derniers se spécialisent dans l’élevage, la pêche et les activités agricoles. Par ailleurs, un dispositif d’accompagnement dédié soutient plus de 315 000 exploitations familiales agropastorales. Ce soutien vise notamment à renforcer la sécurité alimentaire des régions concernées.
Un bilan qui n’échappe pas à la controverse
Malgré ces résultats, le satisfecit affiché de part et d’autre ne fait pas taire les critiques. Le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) observe le C2D depuis son origine. Il y voit un outil ambigu. Selon cette lecture critique, le mécanisme prolongerait la dépendance financière du Cameroun envers son ancienne puissance coloniale. Il ne constituerait donc pas une véritable annulation de dette.
D’autres observateurs adoptent un ton plus mesuré. Ils s’interrogent surtout sur l’après-C2D. Quelle coopération franco-camerounaise se dessinera une fois la dette totalement apurée ? Selon plusieurs sources proches du dossier, cette question serait déjà débattue au sein même du COS-C2D. Aucune réponse définitive n’a toutefois été arrêtée à ce stade.
Un pilier économique au-delà du seul remboursement
Reste que le C2D dépasse la seule question comptable. Il s’impose désormais comme le pilier déclaré de la relation bilatérale. Cette relation s’appuie aussi sur une présence économique française substantielle. Paris revendique en effet environ 250 entreprises françaises ou à capitaux français actives au Cameroun. Elles opèrent notamment dans l’agroalimentaire, les infrastructures et les services.
À l’heure où le mécanisme touche à sa fin programmée, cette présence économique dessine peut-être le socle du prochain chapitre. La dette s’efface progressivement. Le partenariat, lui, cherche encore sa nouvelle forme.
Ce qu’il faut retenir
Le C2D est né en 1999, en prolongement de l’initiative PPTE et du point d’achèvement atteint par le Cameroun en 2006.
Sur une enveloppe totale de près de 967 milliards de FCFA, le Cameroun a remboursé environ 98 % à la mi-2026, pour un montant équivalent converti en dons.
Les infrastructures (pont du Wouri, barrage de Nachtigal, voiries régionales) concentrent l’essentiel des financements, devant la santé, l’éducation et l’agriculture.
Le mécanisme, prévu pour s’étendre sur trente ans, devra toutefois définir sa suite une fois la dette entièrement apurée, une question déjà posée en coulisses.
Sources : ministère des Finances du Cameroun (Minfi),
