Murielle Minkoué, le visage gabonais qui entre au cœur des décisions d’Eramet
Par Thierry Mocktar
L’histoire de la transformation locale du manganèse gabonais retiendra sans doute ce moment comme un jalon important. Pour la première fois, une Gabonaise accède au Conseil d’administration du groupe français Eramet, maison mère de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), acteur majeur de l’exploitation du manganèse au Gabon.
La nomination de Murielle Minkoué a été entérinée lors du Conseil d’administration tenu le 27 mai dernier à Paris, pour un mandat de trois ans. Au-delà de la portée symbolique de cette désignation, celle-ci traduit une évolution profonde des rapports entre les pays producteurs de matières premières et les grands groupes industriels internationaux.
Désormais, les États entendent non seulement exploiter leurs ressources naturelles, mais également participer aux instances où se prennent les décisions stratégiques. Une nouvelle approche de la souveraineté économique qui vise à permettre aux pays producteurs de capter une part plus importante de la valeur créée à partir de leurs richesses naturelles.
Magistrate de l’ordre financier et figure reconnue de la vie publique gabonaise, Murielle Minkoué dispose d’un parcours qui force le respect. Après l’obtention de son baccalauréat série B au Lycée national Léon Mba en 1989, elle poursuit des études en sciences économiques à l’Université Omar Bongo de Libreville, où elle décroche une maîtrise en 1996.
Formée à l’École nationale de la magistrature, elle prête serment devant la Cour des comptes en octobre 1998. Commence alors une carrière marquée par une ascension constante au sein des institutions de contrôle des finances publiques. Son expertise et sa rigueur lui vaudront d’être promue présidente de chambre à la Cour des comptes en octobre 2018.
Son expérience administrative prend une nouvelle dimension lorsqu’elle rejoint le gouvernement de la Transition le 9 septembre 2023. Elle se voit alors confier plusieurs missions d’envergure nationale, notamment l’organisation du Dialogue national inclusif (DNI), tenu à Libreville du 2 au 30 avril 2024. Elle assure également la coordination du Comité constitutionnel national, chargé d’élaborer les travaux ayant conduit à la rédaction de la nouvelle Constitution.
Son entrée au Conseil d’administration d’Eramet intervient dans un contexte stratégique pour le Gabon. Le pays devrait prochainement renforcer sa présence au sein du capital du groupe français à hauteur d’environ 5 %, dans le cadre d’une augmentation de capital estimée à 500 millions d’euros.
Pour Libreville, l’enjeu dépasse largement la représentation institutionnelle. Les autorités gabonaises souhaitent accélérer la transformation locale du manganèse afin de mettre progressivement fin à l’exportation du minerai brut à l’horizon 2029. Cette orientation s’inscrit dans une politique plus globale de création de valeur sur le territoire national, de développement industriel et de création d’emplois.
Le gouvernement entend également accompagner cette ambition par la modernisation d’infrastructures stratégiques, notamment le Transgabonais, véritable colonne vertébrale logistique de l’industrie minière nationale.
Dans cette perspective, les autorités gabonaises et le groupe Eramet ont récemment signé un protocole d’accord destiné à renforcer leur coopération autour de la transformation locale du manganèse. Une démarche qui traduit la volonté du Gabon de jouer un rôle plus actif dans la chaîne de valeur minière et de faire de ses ressources naturelles un levier de développement économique durable.
Cette nomination de Murielle Minkoué apparaît ainsi comme bien plus qu’une promotion individuelle. Elle symbolise l’affirmation progressive d’une souveraineté minière et économique revendiquée par le Gabon, sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de la transformation locale des matières premières l’un des axes majeurs de sa stratégie de développement.
À travers cette présence au sein de l’instance dirigeante d’Eramet, le Gabon franchit une nouvelle étape dans sa volonté d’être non seulement un pays producteur de manganèse, mais aussi un acteur influent des décisions qui façonnent l’avenir de cette filière stratégique.
