Le président gabonais promet des résultats et prévient les membres du gouvernement en perte de vitesse
Par Thierry Mocktar
Le ton s’est voulu direct, sans détour et particulièrement révélateur de l’état d’esprit qui anime actuellement le sommet de l’État gabonais. En déplacement à Mayumba, dans le département de la Banio, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, a adressé un message clair à ceux qui, au sein de son gouvernement, de son entourage ou de l’administration publique, peinent à suivre le rythme des réformes engagées depuis son accession au pouvoir.
Alors que l’émission « Les 100 jours du Gouvernement », diffusée sur la télévision publique, se poursuit avec le passage progressif des différents ministres venus défendre leur bilan, le chef de l’État a choisi de prendre les devants. Lors d’un échange à bâtons rompus avec l’activiste Chamberlain Moukouama, il a laissé entendre que des changements importants pourraient intervenir dans les prochains jours au sein de l’exécutif.
Une impatience croissante face aux lenteurs administratives
Depuis plusieurs mois, une partie de l’opinion publique exprime son mécontentement face à ce qu’elle considère comme une faible réactivité de certains services administratifs et une mise en œuvre parfois laborieuse des orientations présidentielles. Entre promesses de modernisation, accélération des projets structurants et attentes sociales croissantes, la pression s’est accentuée sur les responsables chargés de traduire la vision présidentielle en actions concrètes.
C’est dans ce contexte que les déclarations du président Oligui Nguéma prennent tout leur sens. Derrière les mots, beaucoup y voient une critique à peine voilée de certains collaborateurs jugés peu performants ou insuffisamment engagés dans la dynamique de transformation du pays.
L’ombre de la célèbre mise en garde d’Antoine de Padoue Mboumbou Miyakou
Le déplacement présidentiel dans la Banio a également ravivé le souvenir d’une réflexion devenue virale sur les réseaux sociaux. Celle du regretté Antoine de Padoue Mboumbou Miyakou, figure politique respectée et fils illustre de cette région du sud du Gabon.
Dans une vidéo largement relayée ces derniers jours, l’ancien homme d’État rappelait qu’« un chef d’État n’a pas d’amis, il n’a que des collaborateurs » et que lorsque ces derniers ne sont plus en phase avec sa vision, il devient nécessaire de les remplacer.
Une philosophie de gouvernance qui semble trouver un écho particulier dans le discours actuel du président gabonais, confronté à la nécessité d’accélérer l’exécution de ses engagements et de répondre aux attentes d’une population désireuse de voir des résultats tangibles.
« Avec Oligui, on ne mange pas, on travaille »
Fidèle à son style direct, Brice Clotaire Oligui Nguéma n’a pas cherché à édulcorer son propos.
« Changer l’entourage, ce n’est pas ce qui est difficile. L’entourage, on peut le changer à chaque fois. Ce qui compte, ce sont les résultats. C’est ce que le peuple attend », a-t-il déclaré.
Avant d’ajouter une formule qui résonne déjà dans le débat public gabonais :
« Avec Oligui, on ne mange pas, on travaille. On ne vient pas au gouvernement pour manger. Celui qui vient pour manger, il va sortir. »
À travers cette sortie, le chef de l’État réaffirme sa volonté d’installer une culture de performance au sein des institutions et de placer l’efficacité de l’action publique au cœur de son mandat.
Vers un vaste remaniement gouvernemental ?
Ces déclarations alimentent désormais les spéculations autour d’un possible remaniement ministériel. Dans les cercles politiques de Libreville, plusieurs observateurs évoquent la possibilité d’un réajustement de l’équipe gouvernementale destiné à insuffler une nouvelle dynamique à l’action publique.
Selon diverses sources proches du pouvoir, le président disposerait déjà de plusieurs évaluations concernant les performances de certains membres de l’exécutif. Toutefois, aucune annonce officielle n’a été faite à ce stade et seul le chef de l’État détient la prérogative constitutionnelle de nommer ou de relever de leurs fonctions les membres du gouvernement.
Un tournant politique attendu
À peine plus d’un an après son arrivée à la tête du pays, Brice Clotaire Oligui Nguéma semble vouloir envoyer un signal fort à l’ensemble de l’appareil d’État : les résultats devront désormais primer sur les considérations personnelles ou les positions acquises.
Dans un contexte marqué par de fortes attentes en matière de développement, d’emploi, d’infrastructures et de modernisation de l’administration, les prochaines semaines pourraient s’avérer décisives pour l’avenir de plusieurs responsables politiques.
Une chose paraît néanmoins certaine : le président gabonais entend maintenir la pression sur ses collaborateurs et rappeler que, dans sa vision de la gouvernance, seule l’efficacité est susceptible de garantir la pérennité des responsabilités.
