Par Thomas René
Une opération militaro-administrative inédite démantèle un réseau d’exploitation aurifère illégale dans l’Ogoulou-Étéké. Au-delà du coup de filet, c’est une doctrine de fermeté qui s’affirme à Libreville.
Cinq jours ont suffi. Du 15 au 19 juin 2026, une mission conjointe des forces de défense, de la sécurité et du ministère des Mines a investi le site aurifère de Punga, dans le département de l’Ogoulou-Étéké. Bilan : 55 orpailleurs clandestins interpellés, dont 28 Chinois, 21 Gabonais, 3 Ghanéens, 2 Camerounais et 1 Burkinabè. L’opération, baptisée EKOURA, marque un tournant dans la lutte gabonaise contre l’exploitation illégale des ressources minières.
Une alerte remontée jusqu’au sommet de l’État
Tout commence en mai 2026. Les responsables de Mangem Gabon, détenteur légal du permis d’exploitation sur ce site, constatent une intensification suspecte des activités semi-industrielles sur leur concession. Ils saisissent alors le ministre des Mines. Ce dernier transmet le dossier au président de la République. La réaction présidentielle ne tarde pas : ordre est donné au ministre de la Défense de lancer une opération de déguerpissement.
Sur le terrain, les enquêteurs découvrent un dispositif loin de l’image artisanale habituelle. Logistique lourde, équipements de pointe, organisation millimétrée : tout indique une exploitation installée depuis plusieurs années. « C’est le 14 [juin] qu’une mission du ministère de la Défense est arrivée sur notre site. Ils ont demandé les papiers.
Malheureusement, notre permis d’exploitation n’était pas sur le site », explique le porte-parole des présumés exploitants illégaux, évoquant un document resté « sur téléphone ».
Une main-d’œuvre internationale, des responsabilités à établir
La diversité des nationalités interpellées interroge sur les filières d’approvisionnement et de recrutement derrière ce réseau. Un ouvrier arrêté tente de minimiser son rôle : « Je suis tâcheron, je fais ce qu’on me dit de faire, la mécanique, mais le reste, je ne connais pas. » Une défense qui ne convainc pas les autorités, déterminées à remonter toute la chaîne de commandement.
Les 55 personnes interpellées ont été placées sous la responsabilité des officiers de police judiciaire à compétence spéciale. Les auditions, débutées dès vendredi, visent à établir les responsabilités individuelles et d’éventuelles ramifications plus larges.
Tolérance zéro : une doctrine déjà annoncée
Cette opération s’inscrit dans une ligne politique affichée depuis octobre 2025. « Le président de la République lui-même a tapé sur la table le 8 octobre 2025 », rappelle un citoyen, ajoutant que le ministre actuel a fixé le cap : « C’est maintenant tolérance zéro. L’exploitation illicite doit s’arrêter au Gabon. »
Pour autant, les moyens restent un défi. Le ministère des Mines manque souvent de matériel pour contrôler l’ensemble du territoire. D’où le recours systématique aux forces de défense, seules en mesure de couvrir des zones forestières reculées. « Les instructions sont claires et nettes. Celui qui ne passe pas par ces procédures se retrouve dans l’illégalité, et cela, nous devons le combattre », insiste un haut responsable.
Vers une régulation durable du secteur aurifier
Sur le terrain, la population observe avec un mélange de soulagement et de lassitude. « Ils sont de plus en plus nombreux à exercer dans nos forêts sans qu’on puisse les arrêter ou les contrôler », déplore un riverain. Pour les autorités, l’objectif dépasse la seule répression : il s’agit d’assainir durablement le secteur. « Cette lutte va nous permettre de sortir du territoire tous les exploitants qui exercent dans l’illégalité, afin d’installer des opérateurs crédibles au profit des citoyens », affirme un haut responsable du ministère.
Reste une question de fond : ce coup de filet restera-t-il un épisode isolé, ou inaugure-t-il une politique minière véritablement assainie sur le long terme ?
