Gabon : le Conseil des ministres du 25 juin acte la fin de la SEEG et resserre l’appareil d’État

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Par Thomas René pour Globe infos 

Libreville, le 29 juin 2026. Le Conseil des ministres réuni jeudi 25 juin 2026 dernier a validé une vingtaine de textes. Le plus lourd scinde la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) en deux entités distinctes. D’autres décisions touchent la sécurité, la justice constitutionnelle et la diplomatie économique. Ensemble, elles dessinent une méthode présidentielle : discipline, traçabilité et résultats mesurables.

Le Palais de la présidence a accueilli une séance dense. Le communiqué final s’étend sur près de trente pages. Derrière ce volume inhabituel, une ligne directrice se dégage. Brice Clotaire Oligui Nguema veut transformer ses annonces en actes concrets. Il l’a rappelé en personne devant son gouvernement.

La SEEG disparaît, deux opérateurs spécialisés émergent

C’est la décision la plus structurante du Conseil. Deux projets de loi actent la scission de la SEEG. L’eau et l’électricité ne seront plus gérées par une seule entité. Deux sociétés d’économie mixte voient le jour : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon.

La première héritera de toute la chaîne de l’eau potable. Elle couvrira la production, le transport, le stockage et la distribution. La seconde se concentrera sur les infrastructures électriques. Elle devra aussi sécuriser l’approvisionnement et accompagner la transition énergétique.

Cette rupture n’est pas improvisée. Le président l’avait déjà annoncée le 15 juin, lors de son discours sur l’état de la Nation. Il y dénonçait alors la gouvernance défaillante de l’entreprise historique, créée en 1997 sous concession Veolia puis renationalisée en 2018. Désormais, plusieurs questions restent en suspens. La répartition du capital, l’identité des futurs partenaires stratégiques et le sort des dettes héritées devront être précisés dans les prochains mois. Les bailleurs internationaux, dont la Banque africaine de développement, suivent ce dossier avec attention.

Rigueur budgétaire et lutte contre la vie chère

Le Conseil ne s’est pas arrêté à l’énergie. Il a créé les Brigades mixtes de contrôle et d’inspection (BMCI). Leur mission consiste à harmoniser les contrôles commerciaux. Elles devront aussi freiner la fraude et la flambée des prix.

Parallèlement, l’exécutif a plafonné les rémunérations des dirigeants des autorités administratives indépendantes. Cette mesure traduit une volonté affichée de sobriété dans la haute administration. Elle s’inscrit dans la même logique que les nouvelles lois encadrant l’accès aux emplois supérieurs de l’État, présentées comme un correctif aux pratiques discrétionnaires de nomination.

Sur le terrain de l’économie verte, le Conseil a approuvé les statuts de l’AGADEV, l’Agence gabonaise de développement de l’économie verte. Son rôle sera de valoriser le capital naturel du pays et de structurer la monétisation des crédits carbone. Par ailleurs, le gouvernement a ratifié l’accord de libre-échange signé en février 2026 avec les Émirats arabes unis, un partenaire déjà actif dans le développement du port de Mayumba.

Sécurité, justice et nouvelle architecture institutionnelle

Trois textes structurent ce volet. D’abord, le Conseil a adopté la loi de programmation sécuritaire 2026-2030. Elle doit doter la police nationale de moyens humains et technologiques supplémentaires. Ensuite, un décret précise désormais qui bénéficie de la protection des Forces de défense et de sécurité.

Sur le plan judiciaire, un accord avec Cuba autorisera le transfèrement de prisonniers gabonais afin qu’ils purgent leur peine sur le territoire national. La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) a également été régularisée juridiquement. Cette clarification vise à relancer l’activité et à réduire le coût du transport de marchandises.

Enfin, la justice constitutionnelle change de visage. Un projet de loi organique fixe désormais à huit ans, renouvelable, le mandat des neuf juges de la Cour constitutionnelle. Ce nouveau cadre s’accompagne d’un texte autorisant le président à légiférer par ordonnance en cas d’urgence, durant l’intercession parlementaire, une disposition qui élargit sensiblement la marge de manœuvre de l’exécutif.

Diplomatie, mobilisation populaire et reconnaissance internationale

Le Conseil a également célébré la distinction d’Oligui Nguema, élevé à la dignité de Grand-Croix des Palmes académiques du CAMES. Le chef de l’État a immédiatement renvoyé cet hommage vers l’action publique, exigeant des résultats visibles plutôt que des honneurs symboliques.

Sur le terrain diplomatique, la promotion du commerce intra-africain devient une directive ferme, notamment pour réduire la dépendance aux importations alimentaires. Localement, une mobilisation générale est attendue à Makokou pour trois rendez-vous : la fête du drapeau le 9 août, l’indépendance le 17 août et la commémoration de la Libération le 30 août, célébrée dans l’Ogooué-Ivindo.

Une mesure sociale complète ce tableau institutionnel. Le 1er octobre devient officiellement la Journée nationale du retraité et de la personne âgée.

Ce qu’il reste à observer

Ce Conseil des ministres confirme une méthode de gouvernance fondée sur la centralisation des décisions et leur sacralisation, le président ayant rappelé qu’aucune délibération adoptée ne saurait être remise en cause. La réussite de la réforme de la SEEG dépendra toutefois de l’exécution : transfert des actifs, traitement du personnel et clarté de la gouvernance des deux nouvelles sociétés restent à préciser. Les prochaines semaines diront si l’ambition affichée se traduit, comme l’exige le chef de l’État lui-même, en résultats concrets et mesurables.

Globe Infos/ Le monde décrypté à partir du Gabon.

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