Libreville, 19 août 2026. Le discours à la Nation du 16 août a placé la diaspora gabonaise parmi les leviers de la transformation nationale.
Le 16 août, à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a articulé son discours autour de six grandes priorités : le rayonnement diplomatique au service de la prospérité économique, la modernisation des infrastructures, la jeunesse comme visage de l’excellence nationale, la souveraineté éducative, l’hommage aux Forces de défense et de sécurité et, enfin, la mobilisation de la diaspora.
*Une nouvelle doctrine de formation : investir davantage au Gabon pour former la jeunesse gabonaise.
Par Rostan Mickael ENGONGA ELLA
Député du 2e siège des gabonais de l’étranger, zone Europe-Amérique-Asie-Océanie*
La volonté exprimée par le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, de limiter progressivement le financement de nouvelles bourses d’études dans certaines destinations traditionnelles, notamment la France, les États-Unis et le Canada, doit être comprise dans le cadre d’une réorientation stratégique de la politique nationale d’éducation et de formation.
Il ne s’agit ni d’un désengagement de l’État envers la jeunesse gabonaise, ni d’une remise en cause des relations historiques scientifiques que notre pays entretient avec ses partenaires. Cette orientation traduit au contraire une ambition précise : faire évoluer le Gabon d’une logique de dépendance à l’offre de formation étrangère vers une logique de construction de ses propres capacités nationales de formation et d’excellence.
1. Tirer les conséquences de l’évolution des conditions d’accueil dans les pays partenaires.
Pendant plusieurs décennies, la France, les États-Unis, le Canada et d’autres pays partenaires ont constitué des destinations privilégiées pour la formation des étudiants gabonais. Ces coopérations ont permis à plusieurs générations de cadres de se former dans des établissements de grande qualité et de constituer les premières élites du pays. Mais les conditions ont évolué.
Les modalités d’accueil des étudiants internationaux, les coûts de scolarité, de logement et de vie, ainsi que les plafonds et conditions de prise en charge ont connu des transformations importantes. Pour l’État gabonais, le financement d’un étudiant à l’étranger représente donc aujourd’hui un engagement budgétaire considérable, auquel s’ajoutent les dépenses liées à la protection sociale, au transport et, selon les dispositifs, à différents frais annexes.
La question posée par le Chef de l’État est dès lors celle de l’efficacité de la dépense publique : devons-nous continuer à consacrer une part importante de nos ressources à financer, année après année, la formation de nos jeunes dans des systèmes universitaires étrangers dont les coûts augmentent, ou devons-nous investir davantage ces mêmes ressources dans la construction d’une offre nationale durable ?
La vision présidentielle apporte une réponse claire : l’argent public consacré à la formation de la jeunesse doit également servir à bâtir les capacités de formation au Gabon.
2. Passer d’une politique de financement des départs à une politique de construction des capacités nationales.
Cette orientation marque un changement profond de paradigme. Pendant longtemps, lorsque certaines formations n’étaient pas suffisamment disponibles au Gabon, la réponse naturelle consistait à envoyer les étudiants se former à l’étranger. Cette politique était justifiée lorsque notre appareil national d’enseignement supérieur ne permettait pas de répondre à l’ensemble des besoins du pays.
Mais une telle organisation ne peut constituer indéfiniment notre modèle. La vision portée par le Président de la République consiste précisément à renforcer notre souveraineté en matière d’éducation et de formation en développant progressivement, sur le territoire national, les établissements, les infrastructures, les filières, les équipements et les compétences permettant de former au Gabon une part beaucoup plus importante de notre jeunesse.
Autrement dit, il s’agit de passer progressivement d’une logique dans laquelle le Gabon finance l’accès de ses étudiants à des formations construites ailleurs, à une logique dans laquelle le Gabon investit dans la construction de ses propres capacités d’excellence.
C’est un changement structurel : une bourse finance un parcours individuel pendant quelques années. Alors qu’une université modernisée, un laboratoire, une école spécialisée ou une filière d’excellence constituent des investissements dont peuvent bénéficier plusieurs générations de Gabonais.
3. Faire de l’éducation un enjeu de souveraineté nationale.
La souveraineté d’un État repose également sur sa capacité à former elle-même les femmes et les hommes dont elle a besoin pour assurer son développement.
Un pays qui dépend durablement de l’étranger pour former ses ingénieurs, ses médecins, ses chercheurs, ses techniciens, ses experts du numérique ou ses cadres spécialisés demeure nécessairement dépendant des capacités, des politiques d’admission et des choix budgétaires d’autres États.
L’ambition présidentielle consiste donc à réduire progressivement cette vulnérabilité. Former davantage au Gabon, c’est aussi renforcer la souveraineté de notre pays.
Cela suppose de bâtir une offre nationale suffisamment crédible et exigeante pour que poursuivre des études supérieures au Gabon ne soit plus perçu comme un choix par défaut, mais comme l’accès à des formations de qualité capables de rivaliser avec les standards internationaux.
4. Faire correspondre davantage les formations aux besoins réels de l’économie gabonaise.
Cette nouvelle politique répond également à un impératif de développement économique.
Le Gabon doit former les compétences dont sa transformation économique a effectivement besoin : ingénieurs, techniciens supérieurs, professionnels du numérique, spécialistes des mines et de la transformation des matières premières, personnels de santé, experts de l’agriculture et de l’agro-industrie, professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et des services, spécialistes de l’environnement, de l’énergie, des infrastructures durables, etc.
Il ne suffit donc plus de financer des études. Il faut articuler la politique des bourses, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et la stratégie économique nationale.
La question centrale devient alors : quelles compétences le Gabon devra-t-il posséder dans dix ou quinze ans pour réussir sa transformation ?
C’est à partir de cette anticipation que doivent être progressivement organisées les filières de formation et orientés les investissements publics.
5. Maintenir l’ouverture internationale, mais la rendre plus stratégique.
Renforcer l’offre nationale ne signifie évidemment pas renoncer aux études à l’étranger. Une grande nation doit demeurer ouverte sur le monde. Certaines spécialités de très haut niveau, certains cursus scientifiques ou technologiques très pointus, certaines formations rares et certains parcours d’excellence continueront nécessairement à justifier des études internationales.
À l’évidence, les bourses à l’étranger pourraient progressivement devenir plus ciblées, plus sélectives et davantage alignées sur les besoins stratégiques du pays.
L’objectif n’est donc pas de ne plus envoyer les jeunes gabonais à l’étranger . Mais plutôt de ne plus envoyer systématiquement à l’étranger ce que nous pouvons progressivement enseigner, développer et maîtriser nous-mêmes au Gabon.
La coopération avec la France, le Canada, les États-Unis et les autres partenaires pourrait ainsi évoluer. Au-delà de l’accueil d’étudiants gabonais dans leurs universités, elle pourrait davantage contribuer à faire venir l’excellence au Gabon : partenariats universitaires, doubles diplômes, formations conjointes, mobilité des enseignants, implantation de programmes internationaux, transfert d’expertise, laboratoires communs ou accompagnement à la création de nouvelles filières.
6. Faire de chaque investissement dans la formation un investissement dans le développement national.
La philosophie de cette politique pourrait finalement se résumer ainsi : former la jeunesse gabonaise demeure une priorité absolue ; la question est désormais de savoir où et comment investir pour que cette formation profite durablement au plus grand nombre et à la Nation.
Lorsque l’État finance uniquement une formation à l’étranger, il répond légitimement au besoin d’un étudiant. Lorsqu’il investit dans une filière d’excellence au Gabon, il crée simultanément une capacité nationale, forme plusieurs générations, développe des emplois universitaires et techniques, attire des compétences et consolide un écosystème économique national.
C’est cette logique de long terme qui donne tout son sens à l’orientation du Chef de l’État. Il s’agit donc moins de réduire l’effort consacré à la formation que d’en transformer progressivement la destination et l’impact.
La finalité est claire : permettre demain à un jeune gabonais d’accéder, sur le territoire national, à des formations d’excellence comparables aux standards internationaux, tout en maintenant des possibilités de mobilité internationale lorsque celles-ci correspondent à une véritable exigence académique ou à un besoin stratégique du pays.
C’est ainsi que la politique éducative devient une politique de souveraineté, que la dépense consacrée à la jeunesse devient un investissement productif et que la formation devient l’un des instruments majeurs de la transformation économique du Gabon.
L’ambition n’est pas de fermer les portes de l’étranger à notre jeunesse ; elle est de faire en sorte que l’excellence ne soit plus obligatoirement recherchée à l’extérieur de nos frontières.
À terme, le véritable succès de cette politique sera que le Gabon puisse non seulement former chez lui l’essentiel des compétences dont il a besoin, mais également devenir lui-même une destination sous-régionale d’enseignement supérieur et de formation d’excellence, capable d’attirer sur son territoire des étudiants venus d’autres pays.
Ce dernier axe retient particulièrement l’attention. Il traduit une volonté de mieux intégrer les Gabonais établis hors du pays dans la stratégie nationale. La diaspora représente en effet un potentiel important en matière de compétences, d’expertise, de réseaux professionnels, d’investissement et de transmission des savoirs.
Cette lecture dépasse la seule dimension symbolique. Pour l’élu, les Gabonais établis à l’étranger constituent un réservoir de compétences, d’expériences, de réseaux et de capitaux que le pays doit davantage mobiliser.
Le PNPE prépare son implantation à Paris
Annonce faite par le chef de l’État lors de son passage à Paris devant la diaspora, de l’ouverture d’un bureau du PNPE à l’ambassade du Gabon en France.
Cette antenne parisienne doit rapprocher les Gabonais de l’étranger des informations et dispositifs disponibles au Gabon. Elle devrait notamment faciliter l’accès aux opportunités d’emploi, aux mécanismes d’accompagnement entrepreneurial et aux dispositifs susceptibles de favoriser une réinsertion professionnelle ou un retour au pays.
Paris, prochain test avec le Forum international de l’emploi
Le dispositif devrait connaître un premier rendez-vous majeur les 28 et 29 novembre prochains. Avec Les journées économiques et le forum International de l’emploi, une autre promesse importante du Chef de l’État à Paris, ce qui constitue un tournant décisif de sa politique envers la diaspora
Emploi : les indicateurs du PNPE montrent une dynamique.
Les données du PNPE pour le premier semestre 2026 montrent une évolution favorable de plusieurs indicateurs.
Autre signal positif : les embauches directes réalisées ont progressé de 85 %, pour atteindre 1 543 recrutements sur le semestre
Thomas René pour Globe Infos
« Le monde décrypté depuis le Gabon »
