Un homme, un destin : Marie-Claire Ogoula-Ozoume, une expérience qui pourrait compter dans le nouveau Gabon
De l’enseignement à la responsabilité municipale, en passant par l’action sociale, la jeunesse, le sport et la coopération décentralisée, Marie-Claire Ogoula-Ozoume a construit un parcours où l’autorité n’a jamais totalement effacé l’engagement. À Port-Gentil, cette femme de caractère a laissé son empreinte dans l’école, la cité et le mouvement associatif. Aujourd’hui, son expérience pourrait trouver une nouvelle utilité dans le Gabon qui entend ouvrir un nouveau chapitre.
Il y a des hommages qui prennent leur véritable sens après le départ.
Lorsqu’elle reçoit le document intitulé « À notre Proviseur bien-aimée », Marie-Claire Ogoula-Ozoume n’est déjà plus à la tête du lycée Joseph Ambourouè Avaro de Port-Gentil. Le texte, porté par le Club de français de l’établissement qu’elle avait contribué à faire naître, vient rappeler ce que son passage a laissé derrière elle.
Les mots choisis sont révélateurs : « Dame de fer », « Dame de cœur », « symbole de rigueur », « symbole de dignité ».
Ils racontent une femme d’autorité. Mais ils racontent surtout une femme qui a compté.
Car lorsqu’un établissement tout entier prend le temps de rendre hommage à celle qui l’a dirigé, ce n’est plus seulement une fonction que l’on salue. C’est une présence, une manière de diriger, d’encadrer et de transmettre qui a laissé une trace.
Une formation qui forge l’exigence
Née le 12 août 1962 à Libreville, Marie-Claire Ogoula-Ozoume obtient son baccalauréat A4, option philosophie et lettres, en 1982.
Elle poursuit des études d’espagnol à l’Université Omar-Bongo, où elle décroche son D.U.E.L. puis sa licence. Son parcours universitaire la conduit ensuite en France, notamment à l’Université de Perpignan, où elle obtient une maîtrise et un DEA.
Elle entreprend également un doctorat à l’Université de Lille III et complète sa formation à l’École supérieure de traducteurs, interprètes et cadres du commerce extérieur de l’Institut catholique de Lille.
Ce parcours universitaire ne constitue pas une simple accumulation de diplômes. Il révèle déjà un goût prononcé pour l’apprentissage, la transmission et l’exigence.
En 1989, elle devient professeur d’espagnol. Après une expérience d’enseignement en France, elle revient au Gabon en 1996 et retrouve Port-Gentil.
Mais l’école, pour elle, ne se résume pas à la salle de classe.
De l’éducatrice à la « Dame de fer »
Au lycée d’État de Port-Gentil, devenu en 2001 le lycée Joseph Ambourouè Avaro, elle encadre les jeunes et participe à la création de plusieurs clubs. Elle accompagne également de jeunes sportifs.
Le sport occupe une place ancienne dans son parcours. Au sein de la coopérative, elle s’investit notamment dans la gestion des équipements de la section handball féminine et masculine. À l’université, au Gabon comme à l’étranger, elle poursuit également cette pratique et cette implication collective.
Cette expérience contribue à façonner son rapport à la jeunesse : encadrer, organiser, responsabiliser.
Puis vient la direction.
Après avoir exercé les fonctions de Censeur I puis Censeur II, Marie-Claire Ogoula-Ozoume devient proviseur du lycée Joseph Ambourouè Avaro en 2003. Elle restera à la tête de l’établissement jusqu’en 2014.
Onze années durant, elle dirige un établissement dont le souvenir reste associé, chez ceux qui l’ont fréquenté, à une autorité assumée.
L’hommage rendu à son départ en donne une illustration saisissante. La communauté scolaire évoque une « femme de fer », une femme de poigne, mais aussi une mère, une femme de cœur et une femme digne.
Cette apparente contradiction résume peut-être le mieux son personnage.
La fermeté n’exclut pas l’humanité. Et l’autorité peut aussi être une manière d’assumer pleinement une responsabilité.
Le cœur derrière la rigueur
L’engagement de Marie-Claire Ogoula-Ozoume ne commence pourtant pas avec sa carrière professionnelle.
Dès son enfance, elle découvre la vie collective à travers les groupes et mouvements de l’Église. Elle devient notamment Âme Vaillante puis choriste au secondaire, au sein de la chorale de Raponda. Elle suit également le catéchisme pour ses différents sacrements.
Ces premières expériences contribuent à installer une constante dans son parcours : ne pas rester spectatrice de son environnement.
L’éducation, le sport, l’Église et le mouvement associatif constituent autant d’écoles de responsabilité. Plus tard, la politique locale prolongera cette trajectoire.
De l’école à la cité
En 2013, Marie-Claire Ogoula-Ozoume franchit une nouvelle étape en entrant dans la vie municipale. Elle devient première adjointe au maire du 1er arrondissement de Port-Gentil, chargée du personnel.
En 2018, elle devient quatrième adjointe au maire de Port-Gentil, avec des responsabilités dans la coopération, la communication, les relations extérieures et le protocole.
Mais ces attributions ne resteront pas de simples intitulés administratifs.
Dans ces fonctions, elle contribue à dynamiser l’ouverture de la mairie de Port-Gentil sur le reste du monde, en donnant davantage de relief aux relations avec les collectivités étrangères et aux opportunités offertes par la coopération décentralisée.
La coopération entre Port-Gentil et la mairie de Nice illustre cette volonté d’inscrire davantage la capitale économique du Gabon dans un réseau d’échanges dépassant les frontières nationales.
Cette nouvelle responsabilité élargit considérablement son champ d’action.
La femme qui avait appris à administrer un établissement scolaire doit désormais composer avec les exigences d’une collectivité : administration, représentation, communication publique, protocole, relations institutionnelles, coopération et développement local.
Port-Gentil n’est plus seulement son territoire professionnel. Il devient un espace d’action publique, de coopération et d’ouverture.
Le changement de fonction est important. Le fil conducteur, lui, demeure.
La jeunesse comme fil rouge
À travers ses différentes responsabilités, la jeunesse revient comme une constante.
Dans le cadre de la coopération décentralisée, Marie-Claire Ogoula-Ozoume accompagne notamment de jeunes conseillers municipaux de Libreville et de Port-Gentil engagés dans le réseau Y.E.L.O., consacré aux élus locaux de moins de 35 ans.
L’objectif dépasse la seule formation. Il s’agit aussi de permettre à une nouvelle génération d’élus de prendre part aux réseaux africains de gouvernance locale et d’y porter la voix de leur génération.
Cette dimension internationale complète une expérience profondément ancrée dans le territoire.
Car Port-Gentil reste le centre de gravité de son parcours.
Quand l’engagement devient solidarité
Dans le mouvement associatif, Marie-Claire Ogoula-Ozoume poursuit également son engagement.
À Convergence, elle participe aux activités du bureau chargé de la Culture et du social. Prix d’excellence destinés aux meilleurs élèves, concerts socioculturels, actions en faveur des familles vulnérables : l’engagement prend ici une forme concrète.
À l’approche des fêtes, une formule résume cette philosophie : « Pour que Noël n’oublie personne, un cadeau pour chaque enfant. »
Des cadeaux sont distribués à des enfants issus de familles vulnérables. Des paniers de fin d’année sont également remis dans les quatre arrondissements de Port-Gentil.
Les actions se poursuivent avec la distribution de denrées alimentaires et de kits scolaires, notamment des cartables garnis pour les élèves du primaire.
L’ensemble contribue à son parcours associatif, jusqu’à la cofondation de l’ONG Port-Gentil du Cœur.
Ce sont des actions simples dans leur forme. Mais elles traduisent une conception précise de l’engagement : la solidarité ne doit pas rester un discours.
Port-Gentil, territoire et laboratoire
Raconter Marie-Claire Ogoula-Ozoume sans raconter Port-Gentil serait impossible.
La capitale économique du Gabon est à la fois le territoire de son expérience professionnelle, le lieu de son engagement municipal et l’espace où se sont déployées nombre de ses initiatives sociales, éducatives et institutionnelles.
Son implication dans le projet « Port-Gentil Ville Verte » s’inscrit dans cette logique. Elle explique avoir adhéré à la vision du projet et l’avoir soutenue par un travail de sensibilisation, convaincue de son potentiel pour le développement de la ville.
Son engagement en faveur de l’enfance constitue un autre marqueur fort.
Elle a notamment été présidente du Comité de suivi Mairie/UNICEF dans le cadre de l’initiative « Port-Gentil, Ville amie des enfants ». Cette démarche a notamment permis, en 2024, de favoriser l’accès d’une centaine d’enfants issus de ménages vulnérables à l’éducation préscolaire.
Là encore, les mêmes thèmes se retrouvent : enfance, jeunesse, collectivités, coopération et développement local.
Ce que les fonctions ne disent pas
Un CV peut indiquer qu’une femme a été enseignante, censeur, proviseur, adjointe au maire puis conseillère.
Il ne dit pas tout ce que ces fonctions ont exigé.
Il ne dit pas les décisions prises, les responsabilités assumées, les relations humaines nouées ni les difficultés rencontrées.
Il ne dit pas non plus comment une enseignante devient progressivement une responsable capable de passer de la salle de classe à la gestion municipale, puis de la politique locale aux réseaux de coopération.
C’est précisément ce que révèle le parcours de Marie-Claire Ogoula-Ozoume.
Elle a changé de fonction sans véritablement changer de centre de gravité.
L’éducation, la jeunesse, le social, la responsabilité collective et le développement local reviennent constamment.
Cette continuité donne une cohérence à un parcours qui pourrait, à première vue, sembler dispersé entre plusieurs univers.
Elle permet surtout de comprendre la femme derrière les titres.
Une expérience à l’épreuve du nouveau Gabon
Le Gabon traverse aujourd’hui une nouvelle séquence politique et institutionnelle. Cette période pose une question essentielle : comment mobiliser les compétences, les expériences et les énergies capables de contribuer à la construction du pays ?
Marie-Claire Ogoula-Ozoume possède, de ce point de vue, un profil qui dépasse une seule fonction.
Elle connaît le système éducatif de l’intérieur. Elle a dirigé un établissement pendant onze ans. Elle a travaillé avec la jeunesse et le monde sportif. Elle a exercé des responsabilités municipales. Elle connaît les problématiques sociales de terrain. Elle a pratiqué la coopération décentralisée et développé une expérience des relations avec des collectivités étrangères.
Cette combinaison constitue un capital d’expérience singulier.
Elle associe la connaissance du terrain à l’expérience institutionnelle. Elle relie l’éducation à la gestion publique, l’action sociale à la coopération et la jeunesse au développement local.
Il ne s’agit pas de transformer ce parcours en promesse politique.
Il s’agit de constater qu’une femme ayant consacré une partie importante de sa vie à l’éducation, à la jeunesse, à l’action sociale, à la gestion publique et à l’ouverture internationale de son territoire dispose encore d’une expérience susceptible d’être mobilisée.
De l’héritage à l’utilité
Le document « À notre Proviseur bien-aimée » prend alors une dimension particulière.
Il a été conçu après son départ du lycée. Le Club de français, dont elle avait encouragé la création, est lui-même l’une des traces de cette volonté de transmettre.
L’hommage rendu par l’établissement dit finalement beaucoup de ce que les fonctions officielles ne peuvent pas mesurer.
On y retrouve la rigueur. L’autorité. La dignité.
Mais aussi le cœur.
C’est peut-être là que se trouve la meilleure lecture de son parcours.
Marie-Claire Ogoula-Ozoume n’a pas seulement occupé des fonctions. Elle a traversé plusieurs espaces de responsabilité en conservant une même ligne : encadrer, transmettre, accompagner et agir.
Aujourd’hui, la question n’est donc plus seulement de savoir ce qu’elle a fait.
Elle est aussi de savoir ce que cette expérience peut encore produire.
Dans un Gabon qui cherche à transformer ses institutions, à renforcer ses territoires et à mobiliser ses compétences, les parcours construits dans la durée peuvent trouver une nouvelle utilité.
Celui de Marie-Claire Ogoula-Ozoume appartient à cette catégorie.
Elle a été enseignante avant de devenir dirigeante d’établissement. Elle a dirigé avant d’entrer dans la politique locale. Elle a exercé des responsabilités municipales avant de mettre son expérience au service de la coopération, de l’action sociale, de la jeunesse et du développement de Port-Gentil.
Son histoire n’est donc pas celle d’une femme qui aurait simplement accumulé les responsabilités.
C’est celle d’une femme qui les a progressivement transformées en expérience, en réseau et en capacité d’action.
Les fonctions passent. L’expérience demeure.
Et dans le Gabon qui écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire, la question pourrait bien être moins de savoir ce que Marie-Claire Ogoula-Ozoume a déjà accompli que de déterminer ce que le pays saura faire de ce capital d’expérience.
Thomas René pour Globe Infos « Le monde décrypté depuis le Gabon »
