[TRIBUNE] Sénégal : la longue liste des départs de PASTEF, symptôme ou simple bruit de fond ?

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Par Thomas René pour Globe Infos

Libreville, le 20 juillet 2026. Une lettre de plus. Un nom de plus sur une liste qui s’allonge chaque semaine. Ngoné Diop a rendu son tablier. Elle était investie sur la liste départementale des législatives. Elle siégeait au bureau exécutif de PASTEF Mbacké. Elle formait les femmes du MOJIP local.

Le ton de sa lettre reste sobre, presque cérémonieux. Elle dit ne plus se reconnaître dans la vision du parti. Elle remercie ses camarades de lutte. Puis elle s’en va, sans éclat.
Prise seule, cette démission ne mérite pas les honneurs de la presse nationale. Mais ce genre de courrier s’accumule à un rythme qui, lui, commence à raconter une histoire.

Une vague de démissions qui devient routine

Depuis le début du mois de juin, les démissions se succèdent au sein de PASTEF. Le rythme est presque mécanique. Cheikh Thioro Mbacké et Ismaïla Diallo ont quitté leurs postes de vice-présidents de l’Assemblée nationale. Ismaïla Diallo a justifié son choix par un souci de fidélité à son engagement.

Makane Diop, cadre historique du parti à Mbour, a claqué la porte à son tour. Il dénonce une dérive autoritaire. Il pointe aussi un affaiblissement des instances internes. Ngoné Fall a quitté le cabinet du ministre Alioune Dione. Gade Kunta a fait de même à Birkelane.

Chaque départ, pris isolément, relève de l’anecdote locale. Mais l’accumulation dessine une cartographie précise du malaise qui traverse le parti d’Ousmane Sonko.

Le paradoxe d’une opinion à deux vitesses

L’opinion publique traite ces départs avec une incohérence révélatrice. Quand une militante de terrain rend son mandat, les soutiens inconditionnels du leader minimisent aussitôt. Elle n’aurait jamais pesé, disent-ils. Son départ ne changerait rien à l’équilibre du parti.

Mais que la dynamique s’inverse, et le même camp change de discours. Qu’une personnalité rejoigne les rangs de PASTEF, et on célèbre une prise stratégique. On y voit un signal de puissance retrouvée.

Cette asymétrie n’est pas neutre. Elle révèle une difficulté classique des mouvements bâtis autour d’un leader charismatique : admettre que l’addition de départs modestes finit par peser lourd, même quand chaque pièce du puzzle paraît négligeable.

De Matignon au perchoir : une chute qui n’en est pas vraiment une

Pour mesurer l’ampleur de ce qui se joue, il faut remonter au 22 mai 2026. Ce jour-là, le président Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions de son Premier ministre. Un décret officialise la rupture. La télévision nationale la diffuse en direct.

Les deux hommes avaient pourtant porté ensemble l’alternance de 2024. Leur collaboration aura duré deux ans, un mois et vingt jours. Elle s’achève sur fond de désaccords accumulés autour de la coalition présidentielle et des ambitions de Sonko pour 2029.

Quatre jours plus tard, coup de théâtre : Ousmane Sonko retrouve un fauteuil institutionnel de premier plan. Il devient président de l’Assemblée nationale. Le qualifier de disgracié serait donc inexact.

Le glissement, en revanche, est bien réel. Sonko passe du statut de chef du gouvernement, arbitre quotidien de l’action publique, à celui de président d’une chambre parlementaire. Le poste reste prestigieux. Il éloigne pourtant son titulaire des leviers exécutifs. C’est dans cet interstice que prospèrent les interrogations sur la solidité de son socle politique.

L’erreur d’assurance ou l’illusion de la durée

Une question s’impose, et les observateurs les plus critiques la formulent sans détour : Ousmane Sonko a-t-il surestimé sa capacité à tenir tête frontalement au chef de l’État ? Plusieurs analystes lisent le limogeage du 22 mai comme un acte d’émancipation. Bassirou Diomaye Faye aurait ainsi choisi de s’affranchir de la tutelle de son ancien mentor.

Un chercheur du think tank Wathi a résumé la difficulté à venir auprès de l’AFP. Il anticipe une cohabitation délicate entre un président désormais autonome et une majorité parlementaire toujours acquise à PASTEF.

Le péché de Sonko, s’il existe, ne réside sans doute pas dans son ambition présidentielle pour 2029. Cette ambition reste légitime dans toute démocratie. Il réside peut-être ailleurs : dans la conviction implicite que le rapport de force né en 2024 resterait figé indéfiniment.

La politique ne connaît pas de rente acquise. Chaque avantage doit se reconduire. Chaque loyauté doit se retisser. En pariant sur la permanence de son leadership moral, Sonko a peut-être sous-estimé une chose : la capacité du pouvoir présidentiel à recomposer patiemment les allégeances internes, jusque dans les cellules locales de Mbacké ou de Nguékokh.

Macky Sall, ou le rappel silencieux d’une autre trajectoire

Le 17 juillet dernier, un autre épisode est venu éclairer ce débat, presque involontairement. Macky Sall a foulé le sol dakarois. Une foule de militants de l’Alliance pour la République l’a accueilli à l’aéroport. Le Palais de la République l’a ensuite reçu en audience.

Cette rencontre portait officiellement sur sa candidature au secrétariat général de l’ONU. La présidence sénégalaise a salué la démarche. Elle y a vu un symbole fort : la permanence des institutions par-delà les alternances.

L’image mérite d’être pesée, sans excès d’interprétation. Un ancien chef d’État, longtemps désigné comme l’adversaire à abattre par le duo Diomaye-Sonko, retrouve un accueil protocolaire soigné. Cet accueil survient quelques semaines à peine après que l’un de ses deux anciens adversaires a lui-même perdu la primature.

Le contraste politique frappe les esprits. Il serait toutefois excessif d’y voir un désaveu direct de Sonko. Il s’agit avant tout d’un exercice diplomatique classique, où les intérêts d’État transcendent les rancunes de la conquête du pouvoir. La scène rappelle néanmoins une évidence : les positions présumées irréversibles en politique le sont rarement.

Trois leçons à tirer de cette séquence

Cette séquence enseigne d’abord la fragilité structurelle des mouvements bâtis autour d’un charisme personnel. Quand la figure tutélaire perd un peu de sa centralité institutionnelle, les défections locales s’accélèrent. Chacune paraît mineure. Ensemble, elles se donnent en spectacle.

Elle révèle ensuite le risque d’une lecture binaire de la loyauté politique. Cette lecture empêche de percevoir à temps les signaux faibles. Chaque lettre de démission compte, quel que soit le rang de son auteur.
Elle rappelle enfin une leçon plus universelle : aucune assise politique ne dispense de l’entretien constant des alliances, même scellée par une victoire électorale retentissante.

Turbulence passagère ou effritement durable ?

L’histoire politique sénégalaise reste à écrire, et elle seule tranchera. Ousmane Sonko traverse-t-il une simple zone de turbulences, dont il pourrait ressortir renforcé avant 2029 ? Ou assiste-t-on aux premiers signes d’un effritement plus profond ?
Les tenants de la première hypothèse ont un argument solide. PASTEF conserve une majorité parlementaire écrasante. Sonko occupe désormais le perchoir de l’Assemblée nationale, position loin d’être négligeable.

Les tenants de la seconde y voient au contraire les prémices d’une érosion patiente. Cette érosion commence toujours, selon eux, par les départs que l’on croit sans conséquence. Entre ces deux lectures, l’opinion sénégalaise observe. Elle retient chaque nom qui s’ajoute à la liste.

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