Centrafrique-Gabon : à Libreville, Manuela Kazangba ressuscite le manuscrit de son père, 30 ans après

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Par Thomas René pour Globe infos 

Escale littéraire. De passage à Libreville avant de rejoindre Bangui, l’écrivaine centrafricaine Manuela Kazangba a présenté, jeudi après-midi, dans le 6ᵉ arrondissement de la capitale gabonaise, Naissance d’une nation, Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance. Cet ouvrage posthume de son père, Georges Kazangba, acteur de la lutte indépendantiste aux côtés de Barthélémy Boganda, a attendu près de trois décennies avant de rencontrer ses premiers lecteurs. À travers cette publication, une histoire familiale rejoint désormais la mémoire collective centrafricaine.

Il y a des livres qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux dont la propre histoire mérite d’être racontée.

À Libreville, jeudi après-midi, Manuela Kazangba est venue présenter l’un de ces ouvrages. Dans une cour du 6ᵉ arrondissement, l’écrivaine centrafricaine a dévoilé au public Naissance d’une nation, le manuscrit laissé par son père, Georges Kazangba, décédé en 1997.

Pendant trente ans, le texte a dormi dans le cercle familial. Sa publication aux éditions L’Harmattan lui offre aujourd’hui une seconde vie. Elle permet aussi à une nouvelle génération de découvrir le regard d’un homme qui a participé à une période décisive de l’histoire de la Centrafrique.

Manuela Kazangba transforme son escale à Libreville en rendez-vous littéraire

Rien ne destinait initialement Libreville à accueillir cette présentation.

Installée en France, Manuela Kazangba se rendait à Bangui lorsqu’elle a fait escale dans la capitale gabonaise. Une amie, Madel, l’avait invitée au mariage de sa fille. L’occasion familiale s’est finalement transformée en rencontre avec la presse locale autour de son actualité éditoriale.

« Manuela Kazangba est une amie de longue date. Nous vivons tous en France. Je connais sa détermination, son engagement et surtout sa passion pour l’écriture », explique Madel.

Cette dernière se réjouit d’avoir contribué à ouvrir au Gabon la promotion africaine de l’ouvrage.

L’escale de Libreville prend ainsi une dimension particulière. Avant même de rejoindre Bangui, l’auteure choisit de faire connaître en Afrique un livre qui plonge dans les origines politiques et historiques de la République centrafricaine.

Georges Kazangba, témoin de l’indépendance centrafricaine

Derrière le livre se trouve un homme dont le parcours s’inscrit dans l’histoire politique de la Centrafrique.

Georges Kazangba (1929-1997) s’engage très jeune dans la vie politique de son pays. Il rejoint le Mouvement de l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), mouvement associé à Barthélémy Boganda et à la lutte pour l’émancipation de la Centrafrique.

En 1956, alors qu’il a 27 ans, Boganda le nomme adjoint à la mairie de Bangui. Quelques années plus tard, Kazangba participe activement à la campagne électorale du père fondateur de la nation centrafricaine.

Le 29 mars 1959, un accident d’avion emporte Barthélémy Boganda alors qu’il se trouve en pleine campagne électorale. La disparition du dirigeant bouleverse le processus politique qui conduit la Centrafrique vers l’indépendance, proclamée en 1960.

Georges Kazangba poursuit ensuite sa carrière dans la haute administration jusqu’en 1981.

Pour sa fille, son engagement résume celui d’une génération convaincue que l’émancipation politique devait ouvrir une nouvelle étape pour le continent.

« C’était un homme engagé dans la politique, engagé pour son pays, un grand patriote », témoigne Manuela Kazangba.

Trente ans plus tard, le manuscrit de Georges Kazangba sort enfin de l’ombre

L’histoire de Naissance d’une nation commence véritablement après la disparition de son auteur.

Georges Kazangba avait confié son manuscrit à son fils Guy avant sa mort. Pendant près de trente ans, Guy conserve le texte dans le cercle familial. Sa sœur Manuela n’en connaît même pas l’existence.

Entre-temps, elle devient écrivaine.

C’est alors que son frère lui révèle l’existence du document et l’encourage à lui donner une nouvelle vie.

« C’est quand je suis devenue écrivaine qu’il m’a dit : ça serait vraiment bien que ce livre sorte, et toi qui es dans l’écriture, tu peux faire en sorte qu’il soit vu, qu’il soit connu », raconte-t-elle.

Cette révélation transforme le manuscrit familial en projet éditorial.

La démarche prend d’autant plus de sens que Georges Kazangba ne cherche pas à construire un récit centré exclusivement sur sa propre personne. Il privilégie les événements et les témoignages des acteurs qu’il a côtoyés durant cette période historique.

Son regard apporte ainsi un éclairage de l’intérieur sur les années qui précèdent l’indépendance centrafricaine.Guy Kazangba le conservateur du patrimoine familial 

Naissance d’une nation explore la Centrafrique avant et après l’indépendance

Le livre ne se limite pas à la chronique des événements politiques.

Georges Kazangba aborde également les questions linguistiques, économiques et identitaires qui traversent la société centrafricaine durant la période coloniale et au moment de l’accession à l’indépendance.

L’ouvrage accorde aussi une place à la littérature. Des poésies réunies à la fin du volume prolongent le récit historique et donnent au lecteur une autre entrée dans la culture centrafricaine.

Pour Manuela Kazangba, cette dimension culturelle renforce la portée pédagogique du livre.

Elle estime que Naissance d’une nation pourrait notamment servir de support dans les établissements scolaires et contribuer à transmettre aux jeunes générations une partie de l’histoire de leur pays.

L’enjeu dépasse donc la simple publication d’un ouvrage posthume. Le livre remet dans le débat une mémoire portée par un acteur de l’époque.

Georges Kazangba, une voix parmi les acteurs de l’histoire centrafricaine

Les récits historiques mettent souvent en avant les présidents, les ministres et les grandes figures nationales.

Pourtant, les transformations politiques reposent également sur des hommes et des femmes qui travaillent dans leur sillage, organisent les mouvements, transmettent les idées et participent aux décisions.

Le parcours de Georges Kazangba s’inscrit dans cette histoire collective.

Son manuscrit permet ainsi de regarder la période de l’indépendance centrafricaine depuis une autre perspective : celle d’un acteur politique et administratif qui a côtoyé certains des protagonistes majeurs de cette période.

Cette mémoire personnelle ne remplace évidemment pas le travail des historiens. Elle peut toutefois constituer une source supplémentaire pour comprendre les hommes, les débats et les aspirations qui ont accompagné la naissance de l’État centrafricain.

Manuela Kazangba prolonge l’héritage de son père par l’écriture

La publication du livre crée également un dialogue particulier entre deux générations d’écrivains d’une même famille.

Georges Kazangba écrivait sur la politique, l’histoire et les transformations de son époque. Sa fille a choisi une autre voie : la littérature jeunesse.

Elle est notamment l’auteure d’un album consacré à deux enfants nés en France, qui évoluent entre plusieurs références culturelles. Son récit met en avant le partage, l’hospitalité, la confiance en soi et le vivre-ensemble.

Manuela Kazangba accorde également une place à l’inclusion, notamment à travers la représentation d’enfants en situation de handicap.

« Lui écrivait sur l’histoire et la politique parce que c’était son époque, tout ce qu’il a vécu. Moi j’écris pour les enfants, je les fais voyager à travers la culture et les valeurs. Au final, les deux se rejoignent », explique-t-elle.

Deux générations, deux publics, deux approches. Mais une même conviction : l’écriture peut transmettre une histoire et des valeurs au-delà des frontières.

De la mémoire familiale à un message panafricain

Pour Manuela Kazangba, la publication du manuscrit possède une dimension intime.

Son père est mort alors qu’elle était encore jeune. Une partie de son histoire familiale et de son engagement politique lui revient aujourd’hui à travers les pages qu’il a laissées.

« C’est une grande fierté pour moi, parce que c’est quelque chose qu’on nous a inculqué dès la plus jeune enfance », confie-t-elle.

Mais cette fierté familiale s’accompagne d’un message plus large.

L’écrivaine défend une vision de l’Afrique fondée sur la connaissance mutuelle, le partage des cultures et le dépassement des frontières.

« Ce n’est pas la couleur qui fait le rassemblement d’un peuple, c’est parce que le sang n’a pas de couleur », affirme-t-elle.

À travers cette formule, elle inscrit la publication de Naissance d’une nation dans une réflexion plus vaste sur l’unité africaine.

Le livre parle de la naissance d’une nation. Sa fille souhaite désormais faire circuler son message au-delà de cette nation.

À Libreville, un manuscrit familial devient un objet de mémoire

L’histoire de Naissance d’une nation tient finalement en une succession de transmissions.

Un père écrit. Un fils conserve. Une fille découvre. Puis une écrivaine décide de publier.

Trente ans après la mort de Georges Kazangba, son travail quitte ainsi l’espace privé pour rejoindre les rayons des librairies et la mémoire des lecteurs.

Cette trajectoire rappelle aussi l’importance des archives personnelles dans la conservation des mémoires nationales. Certains témoignages historiques ne dorment pas dans les institutions. Ils restent parfois dans les bibliothèques familiales, les maisons ou les tiroirs de ceux qui en ont hérité.

À Libreville, Manuela Kazangba n’a donc pas seulement présenté le livre de son père.

Elle a fait connaître une voix longtemps restée silencieuse et donné à une nouvelle génération la possibilité de revisiter une partie de l’histoire centrafricaine.

Une manière, aussi, de transformer un héritage familial en patrimoine partagé.

Où trouver Naissance d’une nation ?

Naissance d’une nation, Centrafrique : de la colonisation à l’indépendance, de Georges Kazangba, paraît aux éditions L’Harmattan, dans la collection « Historiques ».

L’ouvrage est proposé au prix de 22 euros, soit environ 14 400 francs CFA. Il peut être commandé en ligne, notamment sur les principales plateformes de vente de livres, ainsi qu’en librairie.

De son côté, Manuela Kazangba prépare le tome 2 de son album jeunesse, dont la parution est annoncée prochainement sur les plateformes en ligne.

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