Port de Kribi : le géant silencieux qui redessine le commerce en Afrique centrale

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Comment le Port Autonome de Kribi (PAK) est devenu en 2026 le premier port à conteneurs du Cameroun, entre bilans record, ambitions industrielles et défis logistiques régionaux.

Par la rédaction Globe Infos

Dans les salons feutrés de Yaoundé, la discrétion porte parfois le message le plus retentissant. Ce 24 juin 2026, l’Assemblée générale ordinaire du Port Autonome de Kribi a validé les comptes de l’exercice 2025. Derrière la sécheresse des chiffres, une réalité s’impose. Le PAK est devenu le premier port à conteneurs du Cameroun.

Inauguré en 2018 pour désengorger le port de Douala, ce mastodonte portuaire n’en est plus aux promesses. Il livre des résultats. Enquête sur un hub camerounais en pleine métamorphose, entre ambitions industrielles et défis de taille.

Les chiffres clés du Port Autonome de Kribi en 2025

La communication publique africaine abuse parfois des superlatifs. Pas à Kribi. Ici, le management préfère laisser parler les chiffres validés en Assemblée générale.
Le chiffre d’affaires du PAK atteint 38,9 milliards de FCFA en 2025. Le résultat net s’élève à 4 milliards de FCFA. Le total du bilan dépasse les 194 milliards de FCFA.

Plus significatif encore pour les caisses de l’État : le port a injecté près de 350 milliards de FCFA de droits de douane en 2025. Une bouffée d’oxygène pour le Trésor public camerounais. La preuve aussi qu’une infrastructure publique, adossée à des partenariats solides avec CMA CGM et Bolloré/Africa Global Logistics, peut tenir la cadence des standards internationaux.

À la tribune, l’émotion perçait sous la rigueur comptable. Gilbert Didier Edoa, président du conseil d’administration du PAK, a tenu à saluer le travail collectif :
« C’est le lieu pour moi de saluer l’ensemble des personnes qui œuvrent directement ou indirectement pour la bonne marche de cet édifice nouveau qui fait, en si peu de temps, rayonner notre pays le Cameroun sur la scène internationale. »

Un expert en logistique maritime basé à Douala, qui suit le dossier depuis ses débuts, résume l’enjeu sous couvert d’anonymat :
« Kribi est en train de réussir son pari. Passer du statut de port de substitution à celui de hub de transbordement incontournable. Mais le plus dur commence maintenant. Il faut tenir la cadence face à Abidjan, Lomé et Pointe-Noire. »

Kribi et l’offensive multimodale vers l’arrière-pays

Un port ne vaut que par les routes qui en partent. Kribi le sait depuis toujours. Avec ses 16 mètres de tirant d’eau, le port en eau profonde peut accueillir les navires de nouvelle génération. Mais sans connexion fluide vers l’hinterland, cet atout reste lettre morte.
2026 marque le tournant. Les travaux routiers reliant Kribi aux régions Sud et Est viennent de démarrer. Le chantier durera quarante mois. Son ambition est double : désenclaver les bassins agricoles et forestiers du pays, et planter un jalon logistique vers le nord du Congo et du Gabon.

Le serpent de mer ferroviaire, lui aussi, prend enfin forme. Le projet de voie ferrée Édéa-Kribi-Campo doit sortir le PAK de son isolement routier. L’objectif : ancrer définitivement le port dans la multimodalité, pour transformer ce hub conteneurs en véritable porte d’entrée régionale.

KPIZ : la matrice industrielle du Cameroun de demain

L’ambition dépasse largement la manutention de conteneurs. À la périphérie des terminaux, la zone industrielle KPIZ (Kribi Port Industrial Zone) sort de terre. Le modèle s’inspire des grandes zones économiques spéciales, celles qui ont fait la réussite de Tanger Med ou de Singapour.

L’objectif des autorités est clair. Rompre avec l’économie de rente. Imposer la transformation locale des matières premières avant toute exportation. Plusieurs projets industriels lourds avancent simultanément :
Projet / Infrastructure Partenaires clés et Objectifs stratégiques

Cette volonté de reprendre la main sur l’exploitation des ressources naturelles n’est pas isolée à l’échelle régionale. Au Gabon voisin, les autorités ont récemment suspendu l’ensemble des permis d’orpaillage à petite échelle à Libreville, dans une démarche similaire de reprise de contrôle sur le secteur extractif. Un signal qui confirme une tendance de fond en Afrique centrale : la fin progressive de l’économie de rente non régulée.

Les défis du port de Kribi face à sa croissance

Les feux sont au vert. Mais le journalisme d’investigation impose de regarder aussi les zones d’ombre.
Le basculement des flux de Douala vers Kribi crée des frictions. La place portuaire de Douala, poumon économique historique du pays, doit désormais se réinventer. Elle a perdu son leadership sur le conteneur.

Les bailleurs de fonds, eux, surveillent un autre indicateur. Les délais. Quarante mois pour les routes et les rails, c’est un pari osé dans une région habituée aux glissements de calendrier.

Reste enfin l’enjeu social. Intégrer les communautés locales de la cité balnéaire de Kribi au cœur de ce pôle industriel. Éviter à tout prix le syndrome de l’enclave économique, coupée de sa population.

Kribi, nouveau centre de gravité du commerce régional

Face à l’océan Atlantique, Kribi n’est plus un projet sur le papier. C’est un centre de gravité qui se déplace, redéfinissant les corridors commerciaux de toute l’Afrique centrale. Au PAK, le silence managérial fut longtemps une stratégie. Désormais, ce sont les chiffres et les hommes derrière eux qui portent la parole.

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