Libreville, le 11 Avril 2026. Dans le Haut-Ogooué, un litige immobilier opposant une haute fonctionnaire à Jeff Thierry Bongo Ondimba soulève des questions systémiques. Entre un Titre Foncier légalement inattaquable et une revendication basée sur l’héritage oral d’un ancien Chef d’État, la justice gabonaise semble naviguer en eaux troubles. Enquête sur un dossier où le droit foncier se cogne au mur des privilèges.
Par la Rédaction de Globe Infos
C’est un dossier qui ressemble à s’y méprendre à un vestige de « l’ancien monde ». À Bongoville, une villa de grand standing (Parcelle n°66, Section D) cristallise toutes les tensions. D’un côté, Marie Clara Ewandzi, détentrice du Titre Foncier n°28497 délivré en bonne et due forme le 13 février 2023. De l’autre, Jeff Thierry Bongo Ondimba, qui revendique la propriété du bien au nom d’un don paternel remontant à 2005.
Le verdict, pourtant, a de quoi laisser pantois les puristes du droit : malgré l’absence de documents cadastraux probants du côté du demandeur, la balance judiciaire semble pencher en faveur du fils du défunt Président. Comment un titre de propriété, censé être « définitif, inattaquable et imprescriptible » selon la loi gabonaise, peut-il être ainsi malmené ?
Le mystère de la preuve absente
Au cœur des plaidoiries de l’Etude ERANGAH, un constat de carence est dressé : Jeff Thierry Bongo Ondimba n’a produit, jusqu’ici, aucun document administratif fiable confirmant son appartenance aux lieux querellés. Pas de titre foncier, pas de décret de cession, pas de certificat d’urbanisme.
La défense de l’héritier repose sur une narration presque sentimentale : une remise de clés en 2005 et une barrière érigée en 2008. Or, en droit foncier, la possession ne vaut pas titre face à une immatriculation régulière. Mieux, le témoignage du maçon Mboyi Vivien fragilise la thèse des travaux personnels : ce dernier affirme avoir construit la clôture sous les ordres d’un entrepreneur marocain mandaté pour l’ensemble de la cité, et non pour le compte privé de M. Bongo.
Dès lors, une question brûlante s’impose : comment la justice peut-elle valider une revendication de propriété face à un adversaire muni d’un titre de propriété d’État ?
De l’intérêt public au « bien familial » : Le grand glissement
L’origine même de la « Cité Marocaine » de Bongoville interpelle. Les documents rappellent que ce projet immobilier, lancé en 2004, s’inscrivait initialement dans une dynamique étatique visant à résorber la pénurie de logements.
[Image de la villa litigieuse à Bongoville, objet du conflit]
Comment un projet financé, construit et géré par la puissance publique a-t-il pu, par un tour de passe-passe foncier, se muer en un patrimoine familial que l’on se distribue de la main à la main ? L’argument du « bien familial » utilisé par Jeff Bongo Ondimba est, pour de nombreux observateurs, l’aveu d’une dérive de gouvernance.
« Si le terrain appartient à l’État et que la cité a été construite sur fonds publics, aucun don manuel ne peut légalement transférer la propriété sans une procédure de déclassement et de cession formelle », analyse un expert du cadastre.
Les zones d’ombre d’un procès tronqué
Deux absences de taille marquent ce dossier, jetant un voile d’opacité sur la manifestation de la vérité :
1. Où est passée Martine Andjoua ?Cédante initiale du bien à Mme Ewandzi, elle est la clef de voûte de cette transaction. Son absence à la barre empêche de clarifier les conditions de la cession initiale et la légitimité de son droit de disposer du bien.
2. Le silence du Tribunal Administratif : Pourquoi avoir ordonné une enquête *in situ* et imposé des frais d’expertise à une partie (Mme Ewandzi) qui n’avait rien sollicité, tout en ignorant le caractère absolu de son Titre Foncier ?
Conclusion : Un test pour l’État de Droit
Ce litige dépasse le cadre d’une simple querelle de voisinage. Il pose la question de la sécurité foncière au Gabon. Si un citoyen, après avoir suivi tout le parcours légal (avis à opposition, immatriculation, paiement des redevances à l’ANUTTC), peut être expulsé de chez lui au profit d’un nom illustre dépourvu de papiers, alors c’est la valeur même de la signature de l’État qui s’effondre.
La « mal-gouvernance » de l’époque, où les projets d’État étaient perçus comme des réserves foncières privées, semble encore hanter les couloirs du palais de justice de Franceville. Pour Marie Clara Ewandzi, le combat ne fait que commencer. Pour la justice gabonaise, c’est l’occasion de prouver que la Loi est, selon les mots de l’avocat de la défense, véritablement « générale, impersonnelle et coercitive » pour tous.

